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Après cinq années d’une crise sans précédent, l’euro, tel qu’il existe aujourd’hui, est cliniquement mort. Pour sauver l’Europe, il faut sortir de la monnaie unique, revenir aux monnaies nationales réunies au sein d’une monnaie commune. C’est la thèse de Casser l’euro, ouvrage écrit par quatre journalistes.

Pourquoi sortir de l’euro maintenant, alors que la crise de la dette est passée?
La crise n’est pas passée. Le coup de bluff de Mario Draghi en 2012 – qui a “déclaré être prêt à tout” pour sauver l’euro – a permis de calmer les marchés, temporairement. Pour autant, les problèmes de fond ne sont pas du tout résolus: la déflation menace, le chômage des jeunes est endémique dans les pays du Sud, et des pays comme la Grèce sont plongés dans une véritable dépression, au sens psychologique du terme. Le chômage ne cesse d’augmenter en zone euro (plus de 12 %), et la France est dans la situation que l’on sait.
Pourquoi en France ne peut-on pas débattre sereinement de la sortie de l’euro?
Nous sommes d’accord. Il s’agit d’un sujet tabou, dont beaucoup refusent de parler pour ne pas avoir à reconnaître que l’on s’est trompé depuis 20 ans. Par ailleurs, il s’agit effectivement d’un sujet en définitive démocratique: le peuple est dépossédé de sa monnaie, et donc d’une parcelle de sa souveraineté. Il ne faut pas s’étonner, dans ce contexte, que les partis contestataires aient le vent en poupe.
Ne pensez-vous pas qu’une difficulté de sortir (pour la France) de l’euro est que c’est considéré comme incongru, vu le conformisme ambiant des idées, et la mauvaise image de marque du FN qui soutient cette idée?
C’est un vrai problème. La sortie de l’euro est un sujet économique, qui doit être débattu et non pas livré aux anathèmes. Or, bien souvent, on refuse même de discuter du sujet, sous prétexte qu’il a été préempté par le Front national. Peut-être vaudrait-il mieux se demander pourquoi les principaux partis de gouvernement refusent d’en parler ? Peut-être parce qu’il faudrait faire un bilan critique de ce qu’ils ont défendu depuis vingt ans. On peut comprendre qu’ils s’y refusent, mais pendant ce temps, la jauge du chômage continue à augmenter. Il est donc temps d’en parler !
L’Express





