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Des voix venues de la Louisiane de 1935, enregistrées il y a 91 ans, peuvent de nouveau être entendues. Des chercheurs ont identifié les plus anciennes archives connues de paroles en français louisianais et en créole louisianais, deux langues héritées de l’histoire francophone de cet État américain.

À l’origine de ces documents, le linguiste américain Lorenzo Dow Turner, qui avait parcouru la Louisiane en 1935 avec un imposant appareil d’enregistrement. Sur des disques d’aluminium, il avait recueilli les récits d’habitants de La Nouvelle-Orléans, de Lafayette et des environs, dont plusieurs étaient nés au XIXe siècle.

Longtemps restés méconnus, ces enregistrements, conservés puis numérisés aux États-Unis, ont été retrouvés et étudiés par Oliver Mayeux, chercheur à l’université de Cambridge. Ses travaux ont été rendus publics à la fin d’octobre 2026.

Écouter une voix de la Louisiane d’autrefois

La vidéo ci-dessous relaie un extrait de ces archives. Elle donne à entendre un témoignage ancien, dans un parler français de Louisiane. Les enregistrements étudiés comprennent à la fois du français louisianais et du créole louisianais : ces deux variétés ne doivent pas être confondues.

Parmi les personnes enregistrées figure Emma Benoit (1868-1939), ouvrière agricole de la région de Lafayette. Elle évoque son existence, ses douze enfants, les quatre orphelins qu’elle a élevés et les années de travail dans les champs. Ces témoignages constituent autant d’archives de vies ordinaires que de documents linguistiques.

Un héritage francophone en voie de disparition

Le créole louisianais, parfois appelé Kouri-Vini, s’est formé dans la Louisiane coloniale au contact du français et de plusieurs langues africaines. Il emprunte une large part de son vocabulaire au français, mais possède sa propre grammaire. Le français louisianais relève quant à lui des variétés régionales du français.

Il s’agit des plus anciens enregistrements connus de paroles dans ces deux langues, et non des premières traces sonores absolues : des chants avaient déjà été enregistrés en Louisiane en 1934. L’intérêt exceptionnel des disques de 1935 tient à la possibilité d’entendre des personnes raconter leur vie avec leurs propres mots.

Alors que la transmission de ces langues a fortement reculé au XXe siècle, leur redécouverte offre aux linguistes et aux descendants des locuteurs un témoignage précieux de l’histoire louisianaise.

Sources : Université de Cambridge, 30 octobre 2026 ; Trinity College, Cambridge, 30 octobre 2026 ; Oliver Mayeux, Language Documentation and Description.

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