Des peines de trois à huit ans de prison ont été prononcées fin octobre à Mayotte contre des passeurs ayant participé à une filière reliant la Tanzanie, les Comores et le département français de Mayotte. Le procès devant le tribunal de Mamoudzou, le 27 octobre 2026, a permis de reconstituer une traversée particulièrement périlleuse : 74 passagers, parmi lesquels une vingtaine d’enfants, avaient été transportés jusqu’aux abords des côtes mahoraises.
Selon les éléments judiciaires rapportés le 7 novembre par Le Monde, les voyageurs embarquaient en Tanzanie, notamment à Zanzibar et à Dar es-Salaam, sur un boutre pour plusieurs jours en mer. Au large de l’île comorienne de Mohéli, ils étaient transbordés sur deux petites barques rapides, des « kwassa-kwassa », afin d’approcher Mayotte discrètement. Ces embarcations ne disposaient pas d’équipements de secours, pas même de gilets de sauvetage. Un guetteur devait faciliter leur arrivée sur le territoire français.
La route était notamment empruntée par des ressortissants de République démocratique du Congo, du Rwanda et du Burundi, dont certains fuyaient des persécutions. Les sommes exigées par les passeurs allaient de 700 à 2 500 dollars par personne. Plusieurs femmes ont témoigné avoir subi des violences sexuelles et des contraintes pendant leur parcours.
Une organisation structurée et un responsable encore recherché
Les investigations avaient débuté après une interception opérée par la Marine nationale dans la nuit du 4 au 5 mars 2025, suivie de l’arraisonnement des deux embarcations. Elles se sont appuyées sur des téléphones, des documents saisis et les auditions des passagers et de l’équipage. Le parquet présente l’affaire comme celle d’une organisation criminelle structurée exposant délibérément des personnes vulnérables à un risque de mort.
Les condamnés ont également été frappés d’une interdiction définitive du territoire français. Le ressortissant tanzanien soupçonné d’être l’un des principaux organisateurs, absent des embarcations, fait toujours l’objet de recherches dans une procédure distincte. Une autre enquête sur une filière comparable est en cours, avec sept passeurs déjà mis en examen et placés en détention provisoire, selon une source judiciaire.






















