À Toulouges, près de Perpignan (Pyrénées-Orientales), les archéologues viennent de dégager une crypte du XIe siècle sous l’église Sainte-Marie. Cet espace sacré médiéval, longtemps masqué par des gravats, doit bientôt devenir visible du public grâce à un plancher vitré. Les fouilles s’inscrivent dans un vaste programme de restauration, à l’approche du millénaire de la Paix et Trêve de Dieu, célébré en 2027.
Une crypte romane longtemps enfouie
Depuis le 26 octobre, les archéologues du service départemental d’archéologie des Pyrénées-Orientales ont étudié les maçonneries situées sous le chœur de l’église. Leur intervention, achevée le 6 novembre, a permis de dégager l’abside semi-circulaire d’une crypte médiévale, particulièrement rare dans les édifices religieux du Roussillon.
La crypte n’est pas une découverte totalement inédite : son existence était connue et elle avait été redécouverte lors de travaux au milieu du XXe siècle, avant d’être comblée de gravats dans les années 1960. C’est son dégagement et son étude détaillée qui constituent la nouveauté de ce chantier.
À quoi servait une crypte ? Cet espace, aménagé sous le sanctuaire, pouvait abriter et présenter des reliques de saints ou de martyrs, accessibles à la dévotion des fidèles. À Toulouges, trois petites fenêtres ménagées dans le chevet permettaient également de laisser voir cet espace depuis l’extérieur.

Les spécialistes examinent les matériaux de construction — galets, pierres taillées, briques, mortiers de chaux — pour distinguer les phases successives de l’édifice. Des prélèvements de charbon emprisonnés dans les mortiers pourraient permettre des datations au carbone 14. Le futur aménagement vitré doit rendre le vestige visible sans obliger les visiteurs à descendre dans cet espace fragile.
1027 : à Toulouges, l’Église tente d’imposer la paix aux seigneurs
L’histoire de Sainte-Marie dépasse largement celle de son architecture. En 1027, une assemblée ecclésiastique réunie à Toulouges sous l’impulsion de l’abbé Oliba contribue au mouvement de la Paix et Trêve de Dieu (Pau i Treva de Déu, en catalan). Dans une société où les conflits entre seigneurs exposent les populations aux pillages et aux violences, l’Église cherche à imposer des limites à la guerre privée.
La Paix de Dieu vise notamment à protéger les personnes non combattantes et les lieux sacrés. La Trêve de Dieu tend à proscrire les combats durant certaines périodes de la semaine et lors des grandes fêtes chrétiennes, sous menace de sanctions religieuses. Ces initiatives, élaborées et renforcées progressivement, comptent parmi les tentatives médiévales de réglementer la violence armée.
Le concile de Toulouges demeure un épisode majeur de cette histoire. La municipalité prévoit d’en célébrer le millénaire en mai 2027 : la remise en valeur de la crypte doit accompagner cet anniversaire.
Une restauration évaluée à 500 000 euros
L’église nécessite également d’importants travaux de conservation. La municipalité souligne les effets d’enduits au ciment appliqués autrefois, qui empêchent les murs anciens de respirer et favorisent des désordres liés à l’humidité. Le portail roman sculpté, les vitraux, les enduits et l’éclairage figurent dans le programme de sauvegarde.
Selon ICI Roussillon, le coût global envisagé atteint environ 500 000 euros, avec un chantier étalé dans le temps. Une aide de 15 000 euros a été obtenue pour le patrimoine roman et une collecte est ouverte auprès de la Fondation du patrimoine. La commune sollicite également le mécénat local afin de sauvegarder ce témoin de près d’un millénaire d’histoire.
Sources : ICI Roussillon, 7 novembre 2026 (reportage de Tanguy Bocconi) ; Département des Pyrénées-Orientales, visite du 6 novembre ; Mairie de Toulouges, suivi du chantier ; Fondation du patrimoine.
Photographies de l’église : Cantepien, CC BY 4.0 (portail roman) ; Michou66, CC BY-SA 4.0 (chœur, 2020). Les images montrent le bâtiment et non les fouilles de novembre 2026.






















