«Bien sûr que je n’ai jamais fait de demande de visa !» Casquette Gucci et jean troué, Hakim, 24 ans, touille son café, vissé à la terrasse d’un café populaire, dans une banlieue de Tanger, dans l’extrême nord du Maroc. Sans travail stable et avec zéro dirham sur son compte bancaire, le jeune homme n’a aucune chance de recevoir une réponse positive. Ne serait-ce que pour voyager quelques jours. N’importe où.
S’il pouvait, il irait d’abord à Tokyo «mais pas pour les gratte-ciels !» Non, pour s’essayer à sa passion, le «drift», dans un souterrain apparemment célèbre de la capitale nippone. Puis, il s’envolerait pour la Suisse y découvrir «les montres, le chocolat évidemment, et la nature». Comme un enfant qui se languit d’une sucrerie, Hakim égraine les espaces dont il rêve. «Il faut imaginer un prisonnier enfermé depuis vingt-quatre ans et qui essaie tout simplement de s’échapper», dit-il.
En juillet, Hakim a tenté sa chance. Comme 70 000 autres jeunes, majoritairement marocains, il s’est jeté à l’eau, pour gagner l’enclave espagnole de Ceuta, à 45 km de Tanger à vol d’oiseau.
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