Perpignan, la préfecture des Pyrénées-Orientales est, selon les études, la plus ségréguée scolairement de France. La ville est scindée entre des établissements privés qui font partie des plus favorisés du pays, et des écoles et des collèges publics qui pointent, pour la quasi-totalité, à l’exact opposé de l’échelle sociale. La longue érosion sociale amorcée dans les années 1970 a concentré les populations précaires, qui sont aussi souvent celles issues de l’immigration maghrébine ou de la communauté gitane, au cœur d’une ville où la moitié des enfants vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.
La file de voitures serpente sur des dizaines de mètres, au pied des remparts médiévaux de la citadelle de Perpignan. Comme tous les matins, 8 h 30 passées, la quinzaine de places d’arrêt minute ne jugule plus le flot de véhicules venus de toute la ville pour s’engouffrer dans la rue à sens unique qui dessert l’école privée Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus. […]
Le courant de la circulation semble avoir été détourné de l’autre partie de la rue où, un peu plus bas, d’autres parents et élèves convergent vers l’entrée de l’école publique Jordi-Barre. Ici pas de défilé de voitures, ni d’ailleurs de place pour se garer. La plupart des familles ne viennent qu’à pied, en grimpant la rue adjacente qui monte du quartier Saint-Mathieu, l’un des plus précaires de la ville.
Entre les deux, cent mètres de trottoir, et un abîme social. On le devine aux abords des écoles, on le mesure en sondant les fameux indices de position sociale de l’éducation nationale : Sainte-Thérèse apparaît dans le peloton des 10 % des écoles les plus favorisées du pays ; comme une parfaite image en négatif, Jordi-Barre pointe à l’exact opposé de l’échelle sociale. Tout le paysage scolaire de Perpignan est contenu là, dans cette rue à l’image d’une ville où la mixité sociale à l’école a presque disparu. […
La cité catalane, dirigée par le Rassemblement national (RN) depuis 2020, offre un exemple de ségrégation sociale sans équivalent parmi les villes de plus de 100 000 habitants. Ses établissements ne se répartissent qu’en deux catégories : parmi les plus défavorisés du pays ou parmi les plus favorisés. Ceux qui accueillent les enfants des familles précaires d’un côté, ceux qui drainent les enfants des classes moyennes ou des cadres supérieurs de l’autre. […]


