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Dans son bureau du tribunal de Valence, une magistrate interroge Yanis B. Ce 17 juillet, le jeune homme de 21 ans, mis en examen avec 13 autres pour le meurtre de Thomas Perotto à Crépol, répond aux questions. Il a été avisé cinq jours plus tôt que la justice envisage une mise en examen supplétive des mis en cause, visant à ajouter la circonstance aggravante de racisme aux chefs d’accusations de «meurtre» et «tentative de meurtre» qui pèsent déjà sur eux. Celle-ci pourrait bouleverser les contours du futur procès. «Quand j’entends (le mot) “Français”, je me sens concerné. Quand j’entends “bougnoule”, “Arabe”, je me sens concerné. Je n’ai rien à voir avec tout ça, avec les propos racistes. Je suis autant Français que tout le monde (sic)», explique Yanis B. (…)

Ce 17 juillet, face aux magistrats, la quasi-intégralité des suspects nie avoir proféré, ou entendu des menaces racistes. Seul l’un d’eux reconnaît avoir perçu les propos «sale Blanc», «sale Français», auxquels des rugbymen auraient répliqué aux cris de «sale Arabe», «sale bougnoule». En interrogatoire, les magistrats contournent donc les dénégations et questionnent les mis en cause sur leur rapport à leur propre identité. Les investigations numériques font en effet état de plusieurs éléments qui soulignent la distinction que les membres du groupe de la Monnaie opèrent entre eux et les autres.

Dans ces échanges, émis quelques heures après que le groupe de la Monnaie a fui Crépol, le soir du drame, un membre mineur de la bande revient sur l’affrontement. Il évoque le cas de l’un de leurs amis, blessé d’un coup de couteau involontaire : «Je crois que c’est Yano qui a charclé sans faire exprès, il voulait charcler un Français, il a charclé [un membre de la bande] sans faire exprès.»

Ilyes Z. explique : «Je pense que c’est plutôt un délire de marginalisation. On s’invente des ennemis, on s’invente des problèmes, alors que tout ça, c’est dans la tête des gens. On a tous grandi avec des Français, des Arabes.»

Mathys I. pense, lui, qu’il s’agit d’une opposition entre ruraux et citadins, les habitants des collines d’un côté, ceux de Romans-sur-Isère de l’autre. «En gros dans le langage du quartier, quand on dit “Français”, c’est pas péjoratif, c’est comme quand vous, vous dites “les Maghrébins”, c’est pas péjoratif (sic)», expose aussi Jawed K. «Il faut être né là-bas pour comprendre», achève-t-il. Chaïd A. renvoie également au «langage de rue». «Je ne vois aucun mal à utiliser le mot “Français”», explique-t-il. (…)

Quelques mois plus tard, dans une conversation Snapchat où quatre des 14 mis en cause sont identifiés et comportant, au total, 62 participants, des propos menaçants à l’encontre des Juifs, de la police, et de la France circulent aussi. À l’époque, neuf suspects sont déjà mis en examen et placés en détention provisoire. Les enquêteurs viennent d’en interpeller cinq autres, le 11 mars 2024. L’un d’eux, Chaïd A., qui est déjà en détention, est suspecté d’avoir «chouk», c’est-à-dire «balancé» des comparses. «Pays de juif», gronde un premier internaute anonyme. «Faut que la niker la France wlh wlh (wallah, ndlr)». «Comment tu veux aller travailler alors que, wallah, 12,50 le paquet d’clopes. L’État, le Coran, il v*ole les citoyens. C’est pour ça, il faut que la niquer sa mère la pute la France (sic)», poursuit-il. «Faut que leur prendre de l’argent wallah. Faut que les voler, faut que vendre la drogue sa mère, faut tout niquer.» «Moi j’b*ise la France 5-6 millions, wallah j’me casse sa mère en Afrique», répond un autre, quelques minutes plus tard. (…)

Désormais, une ordonnance de mise en accusation est attendue par les parties en septembre. C’est dans ce document que les juges trancheront, pour de bon, les chefs d’accusation, et renverront les mis en cause devant la cour d’assises de la Drôme. (…)

Le Figaro – Article en intégralité

(Merci à Géraldine.)

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