Fdesouche


En l’espace de six mois, 300 candidats ont obtenu frauduleusement leur code dans un centre d’examen de l’Hérault. Une tricherie rendue possible par une réforme de 2016 qui transfère l’organisation de l’examen aux opérateurs privés.

« Je regrette que ces personnes soient rentrées dans ma vie. Si j’avais su… » En mai 2025, devant les gendarmes du peloton motorisé de Clermont-l’Hérault (Hérault), Cédric M. déroule l’engrenage dans lequel il a mis le doigt un an plus tôt, au printemps 2024 : « Tarik est venu (…) me demander s’il pouvait passer le code pour quelqu’un d’autre. Il m’avait donné un billet de 100 euros en échange. »

[…]

L’argent de poche gagné par l’employé commence à susciter des questions de sa conjointe. « J’ai dû lui dire, car j’allais faire les courses tous les soirs et elle se demandait comment c’était possible. (…) Elle n’était pas très contente. » Effrayé par l’ampleur que prend la fraude, Cédric M. tente de freiner les ardeurs de ses nouvelles connaissances – en vain. « Début janvier 2025, j’ai dit “stop” à Momo [Mohamed A.] car il venait tous les jours et c’était trop voyant. (…) Il a dit qu’il me dénoncerait si je ne continuais pas. Je qualifierais cela d’intimidations, c’est ce que j’ai ressenti. »

[…]

Plus haut dans la filière, Tarik M. tenait, lui, un carnet de comptes. Mais il en arrachait les pages une fois les examens passés et payés. Tout juste sait-on qu’il facturait sa prestation 150 euros pièce, en plus du billet glissé à Cédric M. En haut de la pyramide, Mohamed A., celui qui démarchait des candidats sur Snapchat, n’a pas voulu donner accès à son téléphone pour permettre aux gendarmes d’évaluer l’ampleur de son carnet d’adresses. Il semble avoir empoché le plus gros des sommes : ses clients ont déclaré lui avoir versé 900 euros par code de la route, un chiffre qu’il conteste.

Avec son compte Snapchat, Mohamed A. draine une foule de clients, qu’il envoie pour la plupart à Tarik M. Son arrivée va aussi permettre d’élargir l’offre : Reda B. est recruté afin de passer le code du permis bateau pour de nouveaux clients

[…]

« Momo » se charge aussi de faire taire les scrupules de ses acolytes. Comme Cédric M., Rémy L., gérant d’un centre de bateau-école, expliquera aux enquêteurs qu’il a bien « essayé de dire non plusieurs fois, mais [que] Momo (…) pouvait se montrer menaçant ». Ce dernier conteste vigoureusement être la tête du réseau et rejette la faute sur Cédric M. Quand les premiers clients ont été auditionnés par les enquêteurs et ont alerté la tête de la filière, Cédric M. n’a pourtant pas réagi – comme s’il n’était pas au courant. Tarik M. et Mohamed A., eux, ont changé de téléphone.

[…]

Le Monde

En direct sur X :

Fdesouche sur les réseaux sociaux

En direct sur X :