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Sur une feuille de papier, Cédric (tous les prénoms ont été modifiés) a couché un itinéraire précis. Point de départ, parcours, arrivée : tout est rigoureusement fléché. En plein milieu du cheminement, il y a un square et un point noir. Voilà le discret square Emmanuel-Fleury, entre le boulevard Mortier et le périph, dans le XXe arrondissement de Paris. « C’est là qu’ils l’ont isolé et frappé. Enfin, lynché, si on veut être précis », pose Cédric.

L’homme parle de ce jour du 5 juillet où son fils de 14 ans, Matteo, a croisé la route d’une douzaine de jeunes plus âgés que lui. S’est ensuivi un déluge de coups ultra-violents, « tous à la tête », qui ont laissé l’adolescent sérieusement blessé, hagard. Matteo ne sort plus de chez lui depuis, entre mâchoire fracturée et peur au ventre. (…)

Ce dimanche 5 juillet, l’ado vient de quitter un copain du quartier et rentre chez lui. Selon son récit, Matteo, alors sur le boulevard Mortier, sent quelqu’un lui taper la nuque, par-derrière. Il se retourne : une douzaine de garçons, un peu plus âgés que lui, l’air menaçant. Matteo comprend vite. Son père : « Ils lui ont ordonné de les suivre dans le square. » (…)

« Ils ont frappé tellement fort qu’à l’hôpital, le médecin a remarqué qu’il avait la marque d’une chaussure sur le visage », grimace, horrifiée, la mère de la victime.

La bande en a-t-elle après son portefeuille ? Son téléphone ? Rien de tout ça, semble-t-il, puisque tout lui a été rendu. L’ado semble avoir été « gratuitement » lynché, sans raison évidente, en pleine journée ou presque : il était environ 18h30, le soleil était encore haut dans le ciel parisien.

Alors que la bande est partie prestement, Matteo déambule comme un zombie vers son domicile. Les blessures sont telles qu’il doit s’arrêter sur un banc. Un badaud le croise dans un triste état et appelle les pompiers. (…)

Hématomes, ecchymoses, mais surtout trois fractures, dont deux à la mâchoire, sont mis en exergue. Le médecin délivre à Matteo une ITT (incapacité totale de travail) de six semaines, de quoi mesurer l’ampleur des violences subies. (…)

« Il ne parle quasiment pas depuis une semaine, développe sa mère. Il reste à la maison et refuse de sortir. On sent un gros traumatisme, qu’il garde au fond de lui. C’est très dur. »

C’est pour « se faire entendre » que ses parents ont décidé de s’exprimer. Avec, à l’esprit, les autres agressions mortelles survenues dans la capitale, dont celle d’Elias, en 2025 dans le XIVe arrondissement, tué pour son téléphone portable. Un garçon qui avait le même âge que Matteo. (…)

Le Parisien

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