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Convoqué à Fleurance pour des tweets jugés “racistes” et “haineux”, l’écrivain gersois a répondu point par point aux questions du gendarme chargé de son dossier. Il livre ici la reconstitution de cet interrogatoire — et ses réponses.

L’affaire

Le 8 juillet 2026, Renaud Camus, écrivain, s’est présenté à la gendarmerie de Fleurance (Gers) — la même qui avait récemment été au centre de la tragique affaire Lyhanna — pour y être entendu dans le cadre d’une procédure initiée à Paris. La convocation, reçue le mois précédent, émanait d’un procureur de la République et visait deux chefs d’accusation : injure à caractère racial et incitation à la violence et à la haine raciale.

Les faits poursuivis sont deux tweets publiés les 16 et 31 mars derniers. Le premier, largement relayé, avait accompagné un extrait télévisé mettant en scène Bally Bagayoko, le nouveau maire de Saint-Denis, et le journaliste Darius Rochebin : Camus y avait forgé le mot-valise “négropole des rois”, synthèse facétieuse de nécropole — Saint-Denis abrite la basilique funéraire des rois de France — et de la description de la ville comme « ville des noirs » avancée par les deux interlocuteurs. Le second tweet, commentaire d’une publication de l’avocat Gilles-William Goldnadel appelant à l’arrêt de l’immigration, affirmait : « Il ne suffit pas de faire cesser l’immigration imposée par le Bloc Génocidaire, il faut la renverser et procéder par la remigration à la décolonisation de la France et de l’Europe. »

Le gendarme chargé du dossier a conduit l’audition avec courtoisie, dispense faite des prises d’empreintes — les fichiers de la gendarmerie n’en manquant pas… Il a en revanche refusé de remettre à Camus copie du procès-verbal. C’est donc de mémoire, et sous toutes réserves quant à l’ordre et l’exactitude exacts des termes, que l’écrivain en propose ici la reconstitution.

L’interrogatoire

« Qu’avez-vous voulu dire par l’expression négropole des rois ?

— Je n’ai rien voulu dire de particulier, c’est une plaisanterie d’enfant qui fait la synthèse des termes utilisés par le maire tout nouvellement élu de Saint-Denis, M. Bally Bagayoko et son interlocuteur, M. Darius Rochebin, dans l’extrait télévisuel que je commentais. Ils avaient rappelé que Saint-Denis n’était pas seulement la nécropole des rois mais aussi une ville où il y avait beaucoup de noirs, la ville des noirs. Changer une seule lettre à nécropole permettait de combiner ces deux observations.

— Votre observation avait-elle un caractère racial ?

— Sans doute, puisqu’elle reprenait les considérations raciales échangées entre M. Bagayoko et son interlocuteur sur Saint-Denis, “ville des noirs”. Je tiens à préciser que le mot “nègre” ne présente dans mon esprit aucun caractère péjoratif. Il est purement descriptif, c’est une façon littéraire, poétique et savante de dire “noir”. J’ai toujours trouvé ridicule qu’on prétende interdire ce terme au motif qu’il serait associé à la seule horreur de l’esclavage. Il est certes associé à l’esclavage et à ses crimes, mais il l’est tout autant à toute sorte de traits éminemment positifs et flatteurs, notamment à l’Art Nègre, à la Revue Nègre et à la négritude chère à Léopold Senghor, poète et premier président de la République du Sénégal, et à Aimé Césaire, le poète noir et communiste qui fut cinquante années durant maire de Fort-de-France, à la Martinique. C’est comme si les femmes refusaient qu’on les appelle des femmes au motif qu’elles ont été victimes de coups, de viols et d’injustices de toute sorte. C’est bien sûr la vérité, mais les femmes ne peuvent pas être réduites à ces horreurs. Le mot “femme” comme le mot “nègre” est chargé de prestiges et de gloires qui interdisent de l’interdire.

— Qu’avez-vous pensé de l’élection de M. Bally Bagayoko ?

— J’en ai pensé qu’elle était éminemment prévisible. Les résultats des élections dépendent étroitement des électeurs qui y sont convoqués.

— Avez-vous pensé que cette élection confirmait votre théorie du Grand Remplacement ?

— Le Grand Remplacement n’est pas une théorie, le Grand Remplacement est un constat, un nom pour un phénomène. Il est d’ailleurs à noter que le parti de M. Bagayoko partage parfaitement ce constat, quelquefois en donnant au phénomène constaté un autre nom, créolisation, quelquefois en gardant celui que je lui ai donné : mais, dans les deux cas, pour s’en féliciter.

— Que voulez-vous dire par “Bloc Génocidaire” ?

— Le tweet ici incriminé est un assez bon résumé de mes positions politiques sur les questions concernées. Par “Bloc génocidaire” je désigne l’ensemble des forces économiques, politiques, judiciaires, policières, intellectuelles et médiatiques qui promeuvent et imposent le changement de peuple et de civilisation, ou Grand Remplacement, ou génocide par substitution, selon l’expression forgée par Aimé Césaire.

— Que voulez-vous dire par “l’immigration, il faut la renverser” ?

— Pardonnez-moi, la formule me semble évidente. Il y a eu migration dans un sens, il peut tout aussi bien y avoir migration dans un autre. C’est la remigration.

— Que voulez-vous dire par “remigration à la décolonisation” ?

— La remigration est l’élément majeur de la décolonisation. La plupart des colonisations se sont terminées par le retour des colons dans leur pays, comme en témoignent le départ des Pieds-Noirs lors de l’indépendance de l’Algérie ou celui des colons portugais, les retornados, après l’indépendance de l’Angola et du Mozambique. Les exemples ne manquent pas. Je suis pour ma part ardemment indigéniste et décolonial.

— Reconnaissez-vous les faits qui vous sont ici reprochés ?

— Je reconnais absolument être l’auteur des tweets incriminés. En revanche, je dénie de la façon la plus formelle l’exactitude des qualifications qui leur sont apportées par l’accusation. Il n’entre dans ces tweets pas la moindre injure à qui que ce soit, et bien moins encore la moindre incitation à la haine et à la violence. Ils sont d’un caractère strictement politique. La haine n’a absolument rien à voir là-dedans. »

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