À Marseille, le programme éducatif Le Grand Bain cherche à encourager la mixité scolaire dès l’école primaire. Expérimenté depuis 2022, il repose sur un principe simple : jumeler des classes d’écoles situées dans des quartiers très différents, afin que des enfants des quartiers aisés et des quartiers populaires se rencontrent et mènent des activités ensemble.
Cette année, 1 300 élèves ont participé au dispositif. Parmi eux, des CM1-CM2 de l’école Vincent Leblanc, dans le 2e arrondissement, quartier populaire, ont été jumelés avec des élèves de l’école Rouet Charles Alle, dans le 8e arrondissement, présenté comme l’un des plus chics de Marseille. Les enfants ont échangé des lettres, visité leurs quartiers respectifs et réalisé un podcast commun.
Les différences sociales sont apparues très concrètement au fil des rencontres. Ritège, 9 ans, élève dans le 2e arrondissement, a relevé que le quartier de Ketjona ne ressemblait pas au sien : « Il y avait des bâtiments très jolis comparés aux nôtres, qui sont un peu délabrés. » Marion Chapulut, directrice de l’association CitizenCorps, explique l’objectif du programme : « Ces enfants ne se croiseraient jamais, ou de temps en temps au Vieux-Port, mais ils n’auraient pas l’idée de se parler. Ils n’ont pas du tout la même vie. »
Le programme confronte aussi les élèves à des écarts de religion, de couleur de peau, d’argent ou de niveau scolaire. Des enfants de quartiers populaires ont ainsi traité de menteurs des enfants de quartiers aisés qui disaient avoir des piscines dans leurs jardins. Dans un autre cas, des élèves d’une école favorisée ont mal interprété les fautes d’orthographe contenues dans les courriers de leurs camarades. Malgré ces préjugés, des liens se créent : Ketjona espère rester amie avec Ritège. En 2026, 35 classes d’écoles publiques et privées ont participé à Marseille, et le programme doit se développer dans d’autres villes dès la rentrée prochaine.





