Près de huit mois après une motion de défiance votée contre Eve Szeftel, directrice de la rédaction de Marianne, les tensions internes ressurgissent. Selon Le Monde, un article publié le 7 mai sous pseudonyme, consacré à la première année de Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel, aurait été modifié après des échanges avec l’actionnaire. Eve Szeftel conteste formellement cette version.
L’affaire a éclaté lors d’une conférence de rédaction, le 6 mai. Des journalistes se sont interrogés sur la signature de l’enquête, attribuée au pseudonyme Thomas Vallières, ainsi que sur des initiales finales, « E.C. », qui renverraient au journaliste Etienne Campion. Selon la directrice de la rédaction, celui-ci n’aurait pas accepté les modifications apportées à son article, jugé insuffisant au regard des règles du contradictoire. Mais plusieurs membres de la rédaction affirment au contraire qu’il avait accepté une première série de corrections, avant de demander le retrait de sa signature après avoir appris une supposée intervention de l’actionnaire dans le contenu éditorial.
D’après le récit interne attribué à Etienne Campion, Eve Szeftel lui aurait reproché d’avoir été « piégée » avec cet article, en expliquant qu’à Marianne, « on n’écrit pas sur Ferrand ». Richard Ferrand est présenté dans l’article comme un proche de Denis Olivennes, président du conseil de surveillance de CMI France, groupe propriétaire de Marianne. Eve Szeftel dément : « Je conteste absolument » cette version, assure-t-elle au Monde. « Je n’ai jamais d’échanges avec CMI sur le contenu du journal. Le seul échange que j’ai, c’est avec le marketing sur la une. Pas le fond, la forme. » Denis Olivennes parle, lui, d’un « tissu de conneries ».
Cette nouvelle séquence s’ajoute à d’autres réserves exprimées par la rédaction. En mars, un article signé par Eve Szeftel sur l’extrême droite, les juifs et les insoumis avait déjà suscité un « malaise », notamment en raison de la proximité évoquée entre son mari et le collectif cité. La société des rédacteurs avait alors adopté à 82 % un courrier dénonçant une situation jugée « éthiquement » contestable, des « accroches trompeuses », des « promesses éditoriales » potentiellement « non tenues » et la « tonalité partisane » de certaines unes. En 2025, Marianne affiche 106 990 exemplaires vendus chaque semaine, en baisse de près de 17 % par rapport à 2024.





