« J’ai été une merde, j’ai été lâche, ça n’aurait jamais dû se passer », souffle-t-il en faisant référence à cet après-midi du 30 mars 2022. En conflit avec Emidio, un autre jeune, il lui avait porté plusieurs coups de couteau devant le centre commercial La Forêt à Montgeron. « Le jour où je sors, je pars, reprend-il. Je déménage, je recommence ma vie à zéro. »
Le jour des faits, lorsque Aymen C. se retrouve nez à nez avec son pire ennemi, les insultes fusent. Un des coaccusés empoigne la victime mais cette dernière parvient à s’échapper en se délestant de sa doudoune. Poursuivi par Aymen C. qui brandit un couteau, le jeune homme tente de s’enfuir. Puis s’écroule. Malgré les coups de couteau, il se relève et trouve refuge dans la pharmacie toute proche. Une heure plus tard, il est conduit en urgence à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Là-bas, les médecins dénombreront six plaies dont une particulièrement importante à l’abdomen qui laisse apparaître ses viscères et une autre qui a touché les tendons de sa main gauche.
Après avoir soutenu aux policiers qu’il ne connaissait pas la victime, puis assuré au juge d’instruction « qu’il s’agissait d’une histoire de fille », Aymen C. a reconnu que le différend qui les opposait trouvait son origine dans le trafic de stupéfiants. « Je n’aurai pas fait ça s’il n’y avait pas eu des problèmes avant entre nous », a-t-il confié. (…)
Ce contentieux ancien, la sœur aînée de l’accusé l’a confirmé devant la cour. « À plusieurs reprises, on lui est tombé dessus, déroule la trentenaire à la barre. Il est rentré plusieurs fois amoché à la maison. C’était limite de la légitime défense, j’ai déjà vu la victime frapper mon frère. » (…)
Aymen C. a été contrôlé au sud de l’Espagne. Mis en cause dans une autre procédure, il sera cueilli à son retour en France par les policiers de Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne). Au regard des éléments du dossier, il est placé en détention provisoire. (…)
« Dans ce dossier, vous avez largement assez d’éléments pour condamner Aymen C. pour la tentative de meurtre qui lui est reprochée », a martelé l’avocate générale avant de requérir 18 ans de réclusion criminelle. « Rien que les plaies sur le corps de la victime démontrent cette intention de tuer. »
Pour la représentante du ministère public, Aymen C. a fait preuve « d’acharnement ». Autre fait accablant pour elle, les paroles proférées par l’accusé lors de l’agression. Un témoin a notamment rapporté avoir entendu : « je vais te tuer enfant de Satan ». (…)
Lundi, lors du premier jour du procès, les premières années d’Aymen C. marquées par une série de drames familiaux ont longuement été abordées par la cour. À peine âgé de 7 ans, il perd son demi-frère dans un incendie. Puis, deux ans plus tard, lors de vacances en Tunisie, sa sœur et son père se noient sous ses yeux.
Très jeune, ce père de trois enfants bascule dans la délinquance. Cette condamnation est la 17e sur son casier judiciaire.
Après plusieurs heures de délibéré, la cour a requalifié les faits en violence avec arme ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de 8 jours (30 jours) et l’a condamné à 10 ans de réclusion criminelle. Une nuance juridique, plaidée par son conseil, Me Sarah Mauger-Poliak, qui sous-entend que l’auteur n’avait pas l’intention de tuer. « C’est un immense soulagement, réagit l’avocate. La cour d’assises a retenu notre raisonnement en redonnant aux faits leur juste qualification. » Jugés pour violences volontaires en réunion, ses deux coaccusés ont quant à eux été acquittés. (…)





