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Une marche des Fiertés LGBT s’est finalement tenue ce samedi à Faches-Thumesnil, dans l’agglomération de Lille, au terme d’une polémique sur son annulation par le nouveau maire de droite, accusé d’homophobie. Sauf que seul un préfet peut annuler une vraie Pride…

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En réalité, le maire d’une ville n’a guère le pouvoir d’annuler une marche des Fiertés. Comme toute manifestation, c’est en préfecture qu’une Pride doit en effet être déclarée, et seul le préfet peut alors refuser à son organisation la date proposée ou le parcours prévu, en motivant sa décision. Mais la marche des Fiertés de Faches-Thumesnil, commune de 18.000 habitants dans la banlieue lilloise, n’est pas une Pride classique, c’est-à-dire portée par une association LGBT, mais l’un des événements prévus dans le cadre des “Fiertés faches-thumesniloises” organisées par la municipalité. Cet événement existe depuis 2021, à l’initiative de l’ancienne majorité La France insoumise (LFI) de la ville. Au programme cette année de la sixième édition, prévue du 6 avril au 14 mai : un bal et un village des Fiertés, une fresque et des expositions, la projection d’un documentaire ou encore des ateliers. “En revanche, annonce le 17 avril la municipalités sur son site, la marche des Fiertés, qui devait avoir lieu le 25 avril en collaboration avec la ville de Ronchin, est annulée en raison du retrait récent de notre voisine.”


Ronchin, c’est la ville voisine de Faches-Thusmenil. Contacté par têtu·, Ulric Vanacker, son nouveau maire élu en mars sous l’étiquette divers-gauche, confirme la version donnée par son homologue : c’est bien Ronchin qui est à l’initiative de la marche, ainsi que de son annulation cette année. “On avait décidé il y a deux ans de faire une marche des Fiertés, retrace l’édile, qui à l’époque était directeur du cabinet du maire. Pour la petite histoire, j’ai la photo de cette première marche, qui était restée très confidentielle : on y voit quatre élus, ainsi que ma fille lesbienne et trois de ses potes qui sont des militants LGBT de la métropole.” En 2025, poursuit-il, “pour faire grossir l’événement, on propose à Faches-Thumesnil de faire une petite marche symbolique, une mini-Pride qui part de la mairie de Ronchin pour rejoindre la salle Jacques Brel où se déroulent les Fiertés faches-thumesniloises.” Selon des participants, cette nouvelle formule inaugurée en 2025 rassemble 200 à 300 personnes.

Mais l’organisation en 2026 de la deuxième édition est perturbée par les élections municipales, reconnaît le maire de Ronchin. Si lui est élu dès le premier tour, le 15 mars, son homologue de Faches ne l’est qu’au second tour, une semaine plus tard, et ne s’installe dans ses fonctions que le 28 mars. “Ça ne paraît pas grand-chose, mais c’est encore une semaine de retard”, poursuit Ulric Vanacker, rappelant que, toute symbolique qu’elle soit, la manifestation nécessite de mobiliser des associations ainsi que la police municipale, qui normalement ne travaille pas le samedi. “Le 14 avril, n’ayant pas de nouvelles sur la marche, je dis à ma collègue : ‘Écoute on n’a pas le temps de s’organiser en huit jours, on annule et on fera ça plus tard’, explique l’édile, encore surpris de l’ampleur des retombées médiatiques. J’ai dit ça entre deux portes à ma secrétaire, je ne pensais pas provoquer une telle polémique !” Un échange de mail, daté du 14 avril et que nous avons pu consulter, confirme cette version : “La marche est maintenue telle quelle”, écrit l’équipe de Faches-Thumenil, qui se voit répondre par celle de Ronchin que le délai est désormais “trop court” pour passer des paroles aux actes.

Confirmant l’explication donnée par la municipalité de Faches-Thumesnil, les précisions de la ville de Ronchin n’enrayent pas la polémique. Dans un message publié le 19 avril sur Instagram, le collectif Lille Pride fustige “un nouveau renoncement face aux LGBTQIAphobies”, y voyant la preuve “que nos Fiertés sont politiques et que la droite en est une adversaire acharnée”. Le lendemain, La Voix du Nord écrit que “le nouveau maire annule la marche des Fiertés et reçoit plus de mille messages de haine”. Confirmation de la radio ICI Nord : “La 6e marche des fiertés LGBTQIA+ prévue samedi 25 avril à Faches-Thumesnil annulée par la nouvelle municipalité”.

Ni une ni deux, la presse nationale s’empare du scandale. “Ces maires d’extrême droite ne cachent plus leur homophobie”, cingle l’émission Quotidien, sur TMC, où Jean-Michel Aphatie rapproche le cas nordiste de celui d’Elne, dans les Pyrénées-Orientales, dont le nouveau maire Steve Fortel, élu sous les couleurs du Rassemblement national (RN), a fait retirer les couleurs de l’arc-en-ciel du passage piéton situé devant la mairie, ainsi que de son fronton. “Dans le Nord, la mairie de droite de Faches-Thumesnil annule la Marche des fiertés”, titre encore Libération, accréditant la lecture politique des faits. “Tout ça ressemble à une volonté de faire table rase des précédentes décisions”, appuie dans ses colonnes l’ancien maire de Faches, Patrick Proisy, élu de LFI battu en mars par Brice Lauret.

Alors, homophobe le nouveau maire de Faches ? “Je ne le crois pas”, tempère son homologue de gauche à Ronchin, qui revendique pourtant son amitié avec l’Insoumis Patrick Proisy. Un détail l’interpelle dans cette polémique : “J’ai vu un reportage dans lequel était interviewé le coordinateur de Lille Pride, et j’ai reconnu ce monsieur puisqu’il y a encore quelques mois, il travaillait pour l’ancien maire de Faches-Thumesnil…” En effet, Nicolas Heyn, l’actuel coordinateur de Lille Pride, n’était autre que le directeur de cabinet de Patrick Proisy, jusqu’à la défaite de celui-ci aux municipales de mars. Interrogé par têtu·, l’intéressé dément toute manœuvre politique : “J’ai fait mon travail pendant six ans à Faches-Thumesnil, maintenant c’est derrière moi.”

Une fâcheuse décision de Brice Lauret nourrit par ailleurs son procès en homophobie : le retrait du fronton de la mairie du drapeau arc-en-ciel installé par son prédécesseur. Se défendant “d’un acte politique dirigé contre une communauté”, la municipalité assure avoir “souhaité harmoniser l’affichage pour respecter le cadre légal de neutralité des édifices publics, avant les commémorations du 8 mai”. Auprès de têtu·, Brice Lauret admet qu’il “regrette” néanmoins le moment choisi : “J’aurais préféré que les drapeaux puissent rester jusqu’à la fin du week-end et qu’on les retire après.” Se montrant affecté par la polémique, il rappelle surtout le maintien de l’événement originellement organisé par sa ville : “Les Fiertés de Faches-Thumesnil sont maintenues c’est important de le rappeler. Or, je ne vois pas pourquoi un homophobe maintiendrait huit des neuf événements prévus !” Et de dénoncer un climat politique “extrêmement violent”. De son côté, le préfet du Nord a condamné “fermement” les “menaces et intimidations” qui visent le maire depuis la médiatisation de l’affaire.

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