Selon plusieurs témoignages recueillis par « Libération », la présence de Wassila Meddas à un poste de direction du groupe Combat, maison-mère de Radio Nova, des Les Inrockuptibles et du festival Rock en Seine, suscite un malaise parmi des salariés, qui dénoncent également un management jugé brutal.
Le 13 mai 2025, les salariés de Combat découvrent par mail la nomination de Wassila Meddas au poste nouvellement créé de « directrice des marques ». Âgée alors de 31 ans, elle est chargée de travailler à « l’identité, au positionnement, et à la cohérence des marques du groupe ». Les salariés apprennent ensuite qu’elle est la compagne de Matthieu Pigasse, actionnaire du groupe.
Onze mois plus tard, malgré les audiences records revendiquées par Radio Nova, plusieurs salariés interrogés anonymement décrivent un climat tendu dans les locaux parisiens du groupe. Peu présente physiquement, Wassila Meddas serait active dans les échanges par mail et WhatsApp, avec un management qualifié d’autoritaire voire dégradant. Une salariée évoque un « climat de pression et d’humiliations verbales », mentionnant des propos qualifiant certains collaborateurs de « nuls » ou affirmant qu’ils « ne savent rien faire », ainsi que des menaces de renvoi. Certains salariés auraient demandé à ne plus travailler directement avec elle. Wassila Meddas n’a pas répondu aux sollicitations du journal.
Sa nomination en mai 2025 constitue en réalité une promotion : elle occupait déjà depuis six mois des fonctions liées aux relations externes de Combat. Plusieurs salariés disent ne pas comprendre précisément le périmètre du poste de « directrice des marques », certains parlant d’emploi « fictif », d’autres d’emploi « tout puissant », lui permettant d’intervenir dans toutes les entités du groupe.
Plusieurs salariés estiment également que sa relation avec Matthieu Pigasse empêche toute contradiction, craignant que leurs propos soient rapportés à l’actionnaire. Interrogé, le directeur général Emmanuel Hoog affirme que ces accusations ne correspondent ni à l’appréciation de son travail ni à la réalité de son engagement. Il juge par ailleurs « totalement déplacées » les allusions à la vie privée des collaborateurs.
Un autre épisode a ravivé les tensions à l’occasion du 40e anniversaire des Les Inrockuptibles. Wassila Meddas pilote la promotion d’un maillot commémoratif. Après un shooting jugé insatisfaisant, elle privilégie un visuel apparemment généré par intelligence artificielle montrant deux faux mannequins, dont une femme portant uniquement le maillot avec des bottes. Des salariés disent avoir alerté sur un rendu jugé « moche », contraire à l’image du journal et sexiste. Malgré cela, le visuel est publié sur Instagram le 6 mars et suscite des réactions indignées.
Emmanuel Hoog rejette l’accusation de sexisme, affirmant qu’il n’y a ni image dégradante, ni stéréotype, ni assignation, et assure que la vigilance du groupe est totale dans le cadre de la loi.
Le like, par une salariée de la régie commerciale, d’un commentaire interpellant le compte @pepitesexiste aurait ensuite provoqué la colère de Wassila Meddas, selon plusieurs témoignages. Cette salariée reçoit ensuite un mail lui demandant de retirer son like, puis un blâme pour « déloyauté », avant d’être convoquée à un entretien avec la direction.
En réaction, des mouvements de soutien apparaissent au sein de Radio Nova et des Les Inrockuptibles. Les deux rédactions adressent une lettre à la direction pour dénoncer une sanction jugée disproportionnée et injuste.
Selon les dernières informations rapportées, le blâme aurait finalement été suspendu après l’intervention de Guillaume Meurice auprès de Matthieu Pigasse. Le caractère sexiste du visuel avait également été critiqué à l’antenne par Juliette Arnaud dans l’émission la Dernière du 22 mars.
D’autres tensions concernent enfin Radio Nova autour de l’émission la Riposte, animée par Akim Omiri, recruté directement par Matthieu Pigasse après le succès de la Dernière. Des membres de la rédaction auraient signalé des chroniques comportant des blagues jugées homophobes, antisémites ou misogynes, notamment un sketch diffusé en janvier puis supprimé de YouTube.
Contacté, Akim Omiri défend une liberté totale de ton dans les limites du droit et rejette toute accusation d’homophobie, de transphobie ou d’antisémitisme. Des salariés lui reprochent également un management directif et parfois brutal, ce qu’il conteste, assurant qu’il n’existe aucun malaise au sein de son équipe.
Selon plusieurs salariés, Wassila Meddas serait intervenue en soutien d’Akim Omiri face aux équipes de Radio Nova. Ils estiment que certains dossiers seraient devenus intouchables car décidés directement par l’actionnaire.
Emmanuel Hoog conclut en affirmant que la liberté d’expression est totale en interne et rappelle que, dans un groupe de presse, les débats peuvent comporter éclats de voix et désaccords, chacun n’ayant ni le même tempérament ni les mêmes opinions.





