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07/04/26

À Libération, un cas singulier cristallise les tensions : celui de Jean Quatremer, journaliste de 68 ans présent au sein du quotidien depuis près de quarante ans. Sans fonction hiérarchique et travaillant à distance depuis Bruxelles, il est accusé par certains salariés de provoquer une « souffrance » au sein de la rédaction, forte d’environ 250 personnes, pigistes compris.

Spécialiste des coulisses européennes, il intervient peu à Paris et publie depuis la Belgique ses articles, ses messages sur les réseaux sociaux ainsi que sa chronique hebdomadaire sur LCI, « Quatremer en liberté ».

Ses prises de position alimentent régulièrement la controverse. En 2019, sur X (alors Twitter), il avait qualifié les Gilets jaunes de « beaufs d’extrême droite », « poujadistes », « racistes » et « homophobes ». La direction de Libération avait alors rappelé que ces propos n’engageaient pas le journal, invoquant la pluralité des opinions.

Une partie des salariés, via les délégués du personnel, conteste cette ligne. Dans un message interne consulté par « Le Point », ils rappellent que la liberté d’expression « n’est pas absolue » et ne doit pas servir de « cheval de Troie » à des propos discriminatoires. Bien qu’aucune poursuite judiciaire ne vise Jean Quatremer, ils estiment que la « souffrance » ressentie pourrait justifier une sanction.

La direction des ressources humaines conteste toutefois toute qualification juridique de « harcèlement discriminatoire », jugeant ces ressentis insuffisants pour caractériser une faute. Son avocat, Richard Malka, abonde dans ce sens, estimant qu’une telle interprétation ne pourrait être validée par un tribunal.

Le journaliste est néanmoins convoqué à un entretien disciplinaire. Deux épisodes sont évoqués : une intervention sur LCI le 11 février 2026 et un message relayé sur X le 13 février, reprenant un post de Géraldine Woessner. Sur LCI, il commentait des propos de Francesca Albanese, qu’il qualifiait d’antisémites, opposant « presse de droite » et « presse de gauche », sans mentionner Libération. Le message relayé visait, sans les nommer, certains acteurs de Mediapart, Libé ou du Conseil de déontologie journalistique et de médiation, à propos du non-lieu rendu dans l’affaire Adama Traoré.

Un « temps de parole » collectif est également prévu en interne, sans initiative de la Société des journalistes et du personnel, qui refuse de commenter.

Pour certains, l’affaire dépasse le cadre disciplinaire. Luc Le Vaillant, journaliste à Libération, évoque « un épisode de la guerre des gauches » et conteste toute « souffrance au travail ». En interne, des tensions opposeraient notamment des profils social-démocrates, comme Jean Quatremer, à une sensibilité plus proche de La France insoumise, décrite comme influente malgré sa relative ancienneté.

Dans ce contexte, la direction cherche à apaiser sans sanctionner, afin d’éviter une motion de défiance. Denis Olivennes, président de la structure propriétaire du journal, soutient Jean Quatremer et souhaite son maintien. Il représente l’actionnaire Daniel Kretinsky, qui a injecté 60 millions d’euros dans Libération, dont 17 millions supplémentaires en mars 2026.

Un ancien du journal alerte enfin sur les conséquences possibles : un départ de Jean Quatremer pourrait entraîner celui de Denis Olivennes et fragiliser davantage la position de l’actionnaire, dans un contexte économique déjà délicat.

Le Point

12/03/26

04/03/26

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