A plusieurs reprises Lionel Jospin a nié son passé.
Le 12 avril 1995, il expliquait au Monde : « Je n’ai jamais été trotskiste, mais la rumeur est née de la confusion avec mon frère Olivier », membre actif de cette organisation jusqu’à la fin des années 1980.
Le 18 janvier 1996, il répétait à Florence Muracciole et Gérard Leclerc, auteurs de la seule biographie qui lui est à ce jour consacrée, Lionel Jospin, l’héritier rebelle (Jean-Claude Lattès) : « A l’UNEF, à l’UGS et au PSU, j’ai rencontré des tas de gens, et notamment des trotskistes, sans que je sache d’ailleurs précisément où ils étaient. Quand, à la fin de 1969, je quitte le Quai d’Orsay, je suis libre au plan politique de toute attache. J’ai eu des contacts, je m’en souviens. Mon frère m’a emmené à des réunions, mais ce n’est pas allé au-delà. Ancien fonctionnaire du Quai, professeur et directeur de département dans un IUT, je me posais plus les problèmes à ce niveau-là. Je n’ai donc jamais adhéré au PCI ni payé la cotisation, la «phalange». » Confronté par les deux auteurs au témoignage d’un ancien militant, Yvan Berrebi, il ajoutait : « Je n’étais pas au meeting de la Commune de Paris, je n’ai d’ailleurs jamais vu Mitterrand entre sa campagne de 1965 et mon adhésion au PS. Votre témoin fait peut-être une confusion avec mon frère. Je n’en sais rien. Mais le propre des rumeurs, c’est de se perpétuer comme rumeur.
Un engagement trotskiste dans la jeunesse
Dans les années 1960, alors qu’il est étudiant à l’ENA, Lionel Jospin s’engage dans les milieux trotskistes, en lien avec l’Organisation communiste internationaliste, dirigée par Pierre Lambert.
À cette époque, il milite sous pseudonyme, pratique courante dans ces organisations, et participe à certaines activités militantes. Cet engagement s’inscrit dans un contexte plus large de forte politisation de la jeunesse, marqué par les mouvements sociaux de la décennie et culminant avec Mai 1968.
Une stratégie d’« entrisme »
L’un des aspects les plus commentés est la stratégie dite d’« entrisme », utilisée par certains groupes trotskistes. Elle consiste à infiltrer des partis politiques plus larges — en particulier le Parti socialiste — afin d’y diffuser leurs idées de l’intérieur.
Dans ce cadre, Lionel Jospin rejoint le Parti socialiste au début des années 1970, période de refondation de la gauche autour de François Mitterrand. Certains historiens et anciens militants estiment qu’il a alors conservé des liens avec l’OCI pendant plusieurs années, ce que Jospin lui-même a reconnu partiellement par la suite.
Des révélations tardives
Pendant longtemps, Lionel Jospin n’a pas publiquement détaillé cet épisode de sa vie. Ce n’est qu’en 2001, alors qu’il est Premier ministre, qu’il reconnaît officiellement avoir eu un engagement trotskiste dans sa jeunesse, tout en affirmant qu’il avait rompu avec ces milieux depuis longtemps.
Ces révélations interviennent dans un contexte politique tendu, à l’approche de l’élection présidentielle de 2002, et alimentent les critiques de ses adversaires.




