Depuis plusieurs mois, le rappeur Booba multiplie sur les réseaux sociaux des attaques publiques contre d’autres artistes noirs, en utilisant un vocabulaire explicitement issu de l’histoire de l’esclavage. Sur Instagram et X, il emploie régulièrement les expressions « nègre de maison » ou « négresse de maison », accompagnées d’injonctions telles que « retourner au champ », devant plusieurs millions d’abonné·es.
Le 8 janvier, depuis son compte Instagram @piratefinal, Booba s’en est pris à SDM, ancien artiste de son label 92i, écrivant : « J’ai encore donné naissance à un gros traître nè… de maison !!! ». En novembre 2025, il avait déjà ciblé la chanteuse Theodora avec la même expression, assortie de propos misogynes et de montages humiliants. Le fondateur de Booska-P, Fif Tobossi, a également été visé en octobre, Booba déclarant notamment : « Quand le nègre de maison retourne au champ », et affirmant dans une vidéo vouloir lui « mettre des gifles ».
Fif Tobossi affirme ne pas se sentir personnellement atteint, mais souligne la gravité de ces propos, notamment pour ses enfants, évoquant l’impact de masse des réseaux sociaux. Il estime que le caractère intracommunautaire de ces insultes ne les rend pas acceptables et juge qu’elles seraient unanimement condamnées si elles provenaient d’artistes perçus comme blancs.
Sur le plan juridique, l’avocate pénaliste Victoire Stephan rappelle que ces propos peuvent constituer des injures raciales pénalement répréhensibles, indépendamment de l’origine de leur auteur. En revanche, sur le plan sociologique, Maboula Soumahoro et Fania Noël estiment qu’il ne s’agit pas de racisme antinoir au sens structurel, celui-ci reposant sur des mécanismes institutionnels et sociaux durables. Elles soulignent toutefois la violence symbolique de ces termes, leur imprécision historique, leur dimension misogyne lorsqu’ils visent des femmes noires, ainsi que leur instrumentalisation dans un contexte de rivalités économiques et médiatiques.






