Entre eux, ils appelaient ça « faire des sous ». Des plans crapuleux, élaborés à Marseille et sa région, et qui en général revenaient à « faire des coups sur Coco ». À savoir se connecter sur ce site Internet à la sinistre réputation, prétendre être gay, trouver un partenaire et lui fixer un rendez-vous dans le but de le dépouiller. Le soir du 5 mars 2023 à Sorgues (Vaucluse), Intissar A. et Aymène L. ont initié un tel guet-apens qui s’est soldé par la mort violente de Mickaël Roussin, 30 ans, chef de salle dans un restaurant.
Le procès de ces deux hommes de 25 et 24 ans s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises du Vaucluse. Détenus, ces accusés sont jugés pour « meurtre » et « vol aggravé », leurs compagnes respectives étant poursuivies seulement pour la seconde infraction. Intissar A. comparaît par ailleurs avec deux autres jeunes hommes pour l’agression violente d’un homosexuel, à Avignon moins de deux semaines après le piège fatal à Mickaël.
[…]Absente de la procédure et des poursuites, la question de l’homophobie sera évoquée au procès. Tel est le souhait des proches de Mickaël, « ciblé » de façon évidente en raison de son « homosexualité », comme ils l’ont soutenu dans une enquête de Sept à huit sur TF 1. Une cible gay car « forcément » riche.
« L’objet d’un procès n’est pas simplement de punir en fermant les yeux. Il faut aussi comprendre. En reconnaissant la circonstance aggravante de l’homophobie manifeste dans ce dossier, la cour apaiserait la douleur des proches, et ne passerait pas à côté de cette question dans l’intérêt de la société », estime Me Étienne Deshoulières, avocat de « Stop Homophobie » et deux autres associations qui plaidera en ce sens.
Au printemps 2023, cette bande d’amis aux casiers déjà bien remplis décide de passer quelques jours dans la cité des papes pour se retrouver et « faire des sous ». Intissar propose de cibler des gays sur des sites de rencontre pour obtenir leur adresse et les dépouiller. Il l’a déjà fait à Marseille et compte bien le refaire à Avignon.
[…]Les deux hommes se font passer pour des homosexuels intéressés par une relation sexuelle. « Je suis sur la route. Prépare-toi, mets-toi en mode sexy, ouvres-moi la porte, dis-moi dans quel étage, tu m’ouvres l’immeuble, envoie l’un d’entre eux à Mickaël quelques minutes avant. Tu laisses la porte ouverte, comme cela on se voit discret tu as vu ? Et prépares toi mets toi en mode sexy, j’arrive mon coeur [sic]. »
[…]Après cela, les cinq ami·es poursuivent leur séjour dans un hôtel à Avignon et persistent à vouloir cibler des hommes gays. Entre le 6 et le 13 mars 2023, ils dialoguent à plusieurs reprises sur le site Coco, cherchent des photos de pénis pour être plus crédibles, mais échouent à commettre un nouveau guet-apens. Tous leurs interlocuteurs se méfient.
[…]Les enquêteurs font le rapprochement avec Malek, opportunément interpellé par un équipage de la brigade anticriminalité. Finalement, Christophe indique avoir été agressé dans le cadre « d’une rencontre homosexuelle » et confie avoir tu ce détail parce qu’il « [se] sentai[t] gêné ». Il complète son témoignage et ajoute avoir été victime d’insultes homophobes. « Malek lui avait mis le couteau sous la gorge ; lorsqu’il lui avait mis un coup de pied dans les côtes avant de partir, Intissar lui avait dit : “Sale pédé, pédé de merde” », peut-on lire dans la procédure. Les policiers font alors le lien avec le meurtre de Mickaël et interpellent toute la bande comme l’avait révélé l’émission Sept à huit.
En audition, Intissar conteste avoir insulté Christophe et, si tous confirment les faits, tous jurent aussi que l’homophobie n’a jamais guidé leurs actions. Le parquet et les magistrats instructeurs vont dans leur sens : « En l’état des éléments recueillis, il semblerait que la circonstance aggravante de l’orientation sexuelle n’ait pas été retenue dans la mesure où, s’il est exact que des personnes homosexuelles ont été ciblées, ce n’était pas en raison à proprement parler de leur orientation sexuelle mais davantage parce que leur mode de fonctionnement, notamment avec des rencontres de partenaires à domicile, permettait de s’introduire plus facilement et plus rapidement chez les victimes pour les détrousser, ce qui était l’objectif premier », justifie la procureure de la République d’Avignon à Mediapart. « Cette appréciation sera peut-être débattue à l’audience », ajoute-t-elle aussi. Si cette circonstance était retenue, Intissar et Aymène risqueraient non pas trente ans de prison, mais une peine de perpétuité.
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