Dans une tribune publiée dans Libération, l’écrivaine marseillaise Esther Teillard décrit le désenchantement de jeunes ménages parisiens venus s’installer à Marseille après le Covid, attirés par l’espace, le soleil et des prix immobiliers plus accessibles. Présentée comme un nouvel eldorado pour designers, graphistes, « cultureux » et couples de moins de 40 ans, la ville aurait d’abord incarné une promesse de renouveau.
Mais selon l’autrice, cette installation tourne souvent à l’épreuve. Elle évoque des arrivées marquées par une hostilité ressentie, des humiliations et une incapacité à s’adapter aux codes locaux. Le cas d’Elodie, 32 ans, responsable merchandising, est détaillé : venue avec son compagnon pour « changer de vie » et envisager un enfant dans un cadre plus aéré, elle dit avoir vécu son emménagement comme une « expérience traumatisante ». Elle rapporte notamment des agressions verbales liées à son apparence, dont cette phrase : « Tu t’es crue à la Fashion Week ? »
Le texte insiste aussi sur l’écart entre l’image idéalisée de Marseille et la réalité vécue par certains nouveaux arrivants. Elodie décrit une ville où « le bruit et la pollution se font sentir », où « Marseille suinte, pègue et vente ». Elle affirme également que « certains endroits refusent ostensiblement leur accès aux Parisiens, des bars nous interdisent d’aller aux toilettes car on n’a pas l’accent et triplent leurs prix à la gueule ». Après des difficultés professionnelles, un burn-out et la naissance de leur enfant, le couple finit par quitter Marseille pour Lyon.
La psychologue marseillaise Anaïs Papazian, citée dans l’article, estime que ces départs s’expliquent aussi par le décalage entre les attentes projetées sur Marseille et les fragilités déjà présentes chez certains couples. Elle souligne le poids des déceptions liées à l’immobilier, aux chantiers, à des « manières de travailler différentes » et à « l’impression constante de se faire rouler ». Selon elle, au bout d’« un an et demi, deux ans », vient souvent le désenchantement, pouvant mener à la séparation puis au départ vers « une ville plus lisse comme Bordeaux, Toulouse ou Nantes ».




