Après trente-cinq ans de carrière parlementaire, l’ancien président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, 74 ans, s’est reconverti dans le lobbying via sa société Nouvel Horizon. Selon des informations de Mediapart, cette structure a perçu plus d’un million d’euros entre 2022 et 2024 de la part du promoteur immobilier Emerige, engagé dans plusieurs projets en Seine-Saint-Denis, département dont Bartolone a été président entre 2008 et 2012.
Ces honoraires comprennent une rémunération fixe de 12 000 euros par mois, ainsi qu’un versement complémentaire de 780 000 euros début 2024, lié notamment à des opérations immobilières dans la ZAC des Docks de Saint-Ouen, un projet d’aménagement de 100 hectares confié à l’aménageur Sequano, qui a cédé plusieurs îlots à Emerige. Le groupe immobilier est dirigé par Laurent Dumas et a réalisé 433 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 pour près de 200 salariés.
Le projet est situé dans une commune dirigée par le socialiste Karim Bouamrane, considéré comme un proche de Claude Bartolone. Le 3 octobre 2024, lors de la présentation du microparti « La France humaine et forte » lancé par Bouamrane, Bartolone était présent à ses côtés, tout comme Laurent Dumas, fondateur d’Emerige. Le groupe a également été présidé entre 2022 et 2024 par Benoist Apparu, ancien ministre du logement du gouvernement François Fillon, rémunéré 600 000 euros net par an. En décembre 2025, Emerige a nommé à la tête de sa filiale Emerige Territoires Jean-Luc Porcedo, ancien directeur de cabinet de Claude Bartolone à l’Assemblée nationale et au conseil général de Seine-Saint-Denis.
Interrogé par Mediapart, Claude Bartolone affirme que son intervention s’inscrit dans « un cadre contractuel classique de conseil stratégique et institutionnel » et assure ne pas être intervenu « en amont du projet, ni dans sa définition, ni dans son instruction administrative, ni dans l’obtention des autorisations d’urbanisme », ni auprès de la Drieat, la direction régionale et interdépartementale de l’environnement, de l’aménagement et des transports, qui suivait notamment un dossier de dépollution du site concerné.
Le groupe Emerige, interrogé via son directeur général adjoint Arthur Toscan du Plantier, ancien conseiller ministériel socialiste, a indiqué être « un acteur économique de la ville de Saint-Ouen depuis presque vingt ans », affirmant que ses activités « n’ont jamais été affectées par les changements successifs d’équipes municipales (qu’elles soient PCF, UDI ou PS) ».
Contrairement aux anciens ministres et à leurs conseillers, dont les reconversions sont examinées par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, le passage dans le privé d’un ancien président de l’Assemblée nationale comme Claude Bartolone n’est soumis à aucun contrôle spécifique.




