Fdesouche

La Grande Mosquée de Paris publie, ce 10 février aux Éditions Al-Bouraq, un ouvrage de 1 000 pages intitulé Musulmans en Occident : pratique cultuelle immuable, présence adaptée. Dirigé par son recteur, Chems-eddine Hafiz, ce guide entend répondre aux interrogations concrètes des musulmans de France sur la manière de concilier leur foi avec le cadre laïque républicain.

Un guide pour répondre aux dilemmes du quotidien

L’ouvrage passe en revue 200 notions susceptibles de susciter tensions ou incompréhensions : port du voile, jeûne au travail ou dans le sport, blasphème, mariage religieux, avortement…

Objectif affiché : ne pas « dissoudre » la pratique religieuse, mais en « adapter » la présence dans un contexte occidental. Selon le recteur, « aucun principe de l’islam ne s’oppose à ceux de la République ».

Exemple avec le port du voile à l’hôpital : lorsqu’une prescription religieuse entraîne un préjudice disproportionné, elle peut être allégée. Autrement dit, retirer son voile si la loi ou le cadre professionnel l’exige n’est pas incompatible avec la foi.

Même logique concernant le jeûne : un fidèle dont l’activité professionnelle rend le jeûne trop pénible peut interrompre sa journée, à condition de la compenser ultérieurement.

Une commission pluraliste

Le texte est issu des travaux d’une commission religieuse composée d’imams et enrichie par les contributions de personnalités politiques, intellectuelles et civiles. Parmi elles figurent les anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, l’ex-ministre Jean-Michel Blanquer, l’ancien sélectionneur Raymond Domenech, le journaliste Philippe Val, la gynécologue Ghada Hatem ou encore Ahmad Massoud.

Des chercheurs et des élus locaux ont également participé aux réflexions.

Une charte sur islam et citoyenneté

En parallèle, l’institution publie une « Charte de Paris, islam et citoyenneté », élaborée avec des intervenants extérieurs comme l’avocat Richard Malka, connu pour avoir défendu Charlie Hebdo, ainsi que des représentants des mosquées Zitouna (Tunisie) et Al-Azhar.

Cette charte énonce quinze principes, parmi lesquels :

  • le rejet de toute pression morale en matière religieuse ;
  • l’égalité inconditionnelle entre femmes et hommes ;
  • la primauté de l’union civile sur le mariage religieux ;
  • la supériorité des lois nationales, notamment en matière de restrictions vestimentaires.

Un débat sur l’islam et la modernité

Pour le spécialiste de la laïcité Charles Mercier, cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de confrontation de l’islam à la modernité en Occident. Il rappelle que la majorité des croyants pratique sans difficulté majeure et que la foi tend de plus en plus à devenir une ressource personnelle plutôt qu’un instrument d’organisation sociale.

Le professeur d’histoire-géographie Iannis Roder estime que cette initiative peut contribuer à dépasser une conception de la religion perçue comme une identité indépassable.

Une influence à mesurer

Reste la question de la portée réelle de ce travail dans un paysage musulman français dépourvu d’instance représentative unique. L’influence de la Grande Mosquée de Paris — historiquement liée à l’Algérie — sur des structures d’autres sensibilités, notamment turques ou marocaines, demeure incertaine.

Enfin, un défi majeur consiste à toucher les jeunes générations, souvent exposées aux discours religieux via les réseaux sociaux et des prédicateurs non formés.

Le recteur assure vouloir convaincre le plus grand nombre d’ouvrir et de lire ce document, présenté comme un outil de clarification destiné à faciliter la conciliation entre pratique religieuse et cadre républicain.

Le Parisien

Agence de marketing prémonition présentation

Fdesouche sur les réseaux sociaux