C’est le genre d’appels qui réveille les douleurs enfouies. « Surtout 10 ans après, au moment où l’on commence presque à accepter son deuil », se lamente Lamy. Ce mercredi 21 janvier, ce jeune Niçois a appris une nouvelle à peine croyable : quelqu’un aurait utilisé la carte d’identité de son défunt cousin, à plusieurs centaines de kilomètres de chez lui, pour frauder les transports…
« Entendre cela, ça nous replonge dans ce cauchemar. C’est insupportable de savoir qu’il y a des gens qui utilisent l’identité de notre cousin. C’est une deuxième douleur. »
C’est un policier du commissariat d’Évry-Courcouronnes (Essonne) qui l’a mis au parfum. La situation s’avère bien plus navrante quand on sait que ce cousin, Ludovic, est mort le soir du 14 juillet 2016, heurté par le « camion terroriste » sur la promenade des Anglais. Ludovic est ainsi l’une des 86 victimes décédées lors de l’attentat de Nice. Il avait 15 ans à peine.
Un voyageur qui présente la pièce d’identité d’une victime d’attentat pour frauder ? Cela serait une triste première. La scène, bien réelle, se serait pourtant répétée ces dernières semaines, dans les transports franciliens…
Il est environ 9 heures, ce 21 janvier, dans une rame du RER D, entre la Seine-et-Marne et l’Essonne. Peu avant d’arriver à Corbeil-Essonnes, un jeune majeur est contrôlé. Il présente à l’agent une photo de carte d’identité complète, ancienne génération : apparaissent le nom (Rodier), prénom (Ludovic), lieu de naissance, taille et numéro complet. Malgré quelques années d’écart, le fraudeur pense pouvoir berner l’agent.
Sauf qu’en face, le fonctionnaire a tilté. La pièce d’identité au nom de Ludovic Rodier a fait l’objet d’un signalement récent aux forces de l’ordre. En effet, ces dernières semaines, dans différents secteurs, les autorités auraient constaté que de nombreux voyageurs présentaient la même carte d’identité, toujours sur téléphone. De quoi éveiller les soupçons. Le jeune homme est débarqué du RER et emmené au commissariat.
En garde à vue, il reconnaît sans mal la fraude. Et l’explique : selon lui, c’est un ami qui lui aurait conseillé d’utiliser cette pièce dans les transports. Lui-même ferait pareil et ne serait jamais inquiété… Voulant imiter son ami, le jeune homme interpellé aurait téléchargé le document accessible en ligne. (…)
Ainsi, selon les éléments portés à notre connaissance, la carte d’identité de Ludovic aurait été partagée et repartagée par des jeunes désireux de frauder, se refilant le « tuyau », et dont le visage s’approche vaguement de celui du défunt.
Certains ignorent-ils le tragique destin de Ludovic ? C’est possible. Difficile, toutefois, d’imaginer que le jeune arrêté à Corbeil, qui a téléchargé le document à partir de l’appel à témoins, ait pu l’ignorer. À l’issue de sa garde à vue, il sera convoqué, en mars, dans le cadre d’une ordonnance pénale (procédure simplifiée pour les délits mineurs) au tribunal. (…)









