Régisseur depuis plus de vingt ans, Thomas Gache reste marqué par le souvenir de cette nuit de 2024, lors du tournage d’une série internationale à gros budget dans le secteur de la gare du Nord à Paris (Xe). En pleine nuit, il reçoit un appel anonyme. Au bout du fil, un homme, le ton menaçant, lui ordonne d’appeler son producteur et réclame la somme de 25 000 euros.
« Il m’a dit : autrement, ça va mal se passer, se remémore le régisseur. Puis il a ajouté : si tu ne veux pas qu’il y ait de la casse dans les loges dans quelques heures, il va falloir faire un geste rapidement. » Le régisseur ne cède pas. La production dépose plainte, et l’affaire est finalement sans conséquences, malgré un surcoût important pour assurer la sécurité du reste du tournage. Un effort financier loin d’être à la portée de toutes les productions, à la marge financière souvent restreinte.
Racket, menaces, chantage… dans la capitale, qui a cumulé 5 708 jours de tournages en 2024 selon la Ville de Paris, les productions sur la voie publique sont devenues des cibles de choix. Connu depuis une quinzaine d’années, le phénomène s’est accentué ces derniers mois, et inquiète les professionnels et les autorités.
« Les deux dernières années ont été très compliquées », confirme Thomas Gache. La problématique a fait l’objet d’une réunion en septembre dernier, entre la préfecture de police, la Ville de Paris, la commission Film Paris Région et plusieurs associations de professionnels du secteur. (…)
Conséquence, les équipes de production doivent s’adapter pour minimiser les risques. « On ne tourne plus dans certains arrondissements », confirme Hélène (le prénom a été modifié), repéreuse indépendante de lieux de tournage à Paris depuis 30 ans.
Anciennement cantonnés au XVIIIe arrondissement, notamment à la Goutte d’Or, ces faits de racket concernent aujourd’hui une bonne partie du nord de la capitale et d’autres arrondissements périphériques (XIXe, XXe, XIIIe…). « On a aussi remarqué l’apparition d’une forme de délinquance en col blanc, notamment dans le centre de Paris ou sur l’île de la Cité, où certains commerçants mettent la pression en demandant des compensations », illustre Thomas Gache. (…)
Comment expliquer la recrudescence de ces menaces ? Les professionnels interrogés évoquent plusieurs phénomènes, à commencer par une plus grande difficulté à trouver des relais dans certains quartiers identifiés comme « sensibles ». « Il y a quinze ans, on pouvait facilement trouver des grands frères, des figures locales qui faisaient autorité », explique Thomas Gache.
Contactée, la préfecture de police indique que « de manière générale, la sécurité (des tournages) est assurée par des vigiles privés, de nuit comme de jour ». Mais ces sociétés privées ne seraient « pas toutes fiables ni honnêtes », précise le compte rendu de la réunion de septembre 2025, que le Parisien a pu consulter. (…)






