À trois mois des élections municipales parisiennes, un jeu d’équilibre discret s’installe entre Rachida Dati, ministre de la Culture et candidate de la droite, et Sophia Chikirou, députée La France insoumise. Officiellement adversaires, les deux femmes évitent pourtant toute confrontation directe et concentrent leurs attaques sur un même camp : le Parti socialiste parisien, au pouvoir à l’Hôtel de Ville depuis vingt-cinq ans.
Selon plusieurs responsables politiques, les deux candidates échangent régulièrement et s’épargnent publiquement. Cette proximité est reconnue dans les deux camps, même si chacun récuse l’idée d’un accord formel. L’objectif commun est clair : empêcher l’élection d’un maire socialiste, en particulier Emmanuel Grégoire, candidat du PS. Pour Rachida Dati, la stratégie suppose que Sophia Chikirou dépasse les 10 % au premier tour et se maintienne au second, sans fusion avec les socialistes.
Cette configuration s’inscrit dans une histoire plus ancienne. En 2007, Sophia Chikirou avait brièvement évolué dans l’orbite sarkozyste, admirant la trajectoire de Rachida Dati, avant de rejoindre durablement Jean-Luc Mélenchon. Les relations entre la ministre et les insoumis sont restées cordiales, Mélenchon lui-même ayant entretenu des échanges suivis avec elle, notamment au Parlement européen.
Les deux candidates partagent également une même fragilité judiciaire. Rachida Dati sera jugée en septembre dans l’affaire Renault pour corruption et encourt une peine d’inéligibilité ; elle est aussi visée par une information judiciaire liée au secteur énergétique. Sophia Chikirou sera jugée en mai pour escroquerie, notamment dans le dossier du Média et celui des comptes de campagne présidentielle de 2017. Malgré ces affaires, aucune des deux campagnes ne semble, à ce stade, ralentie.










