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Ordre du jour du 8 juin 2022

Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen, permettez-moi de commencer par quelques faits et chiffres.

Chaque année, entre deux et trois millions de personnes entrent légalement dans l’UE, contre 125 000 à 200 000 arrivées irrégulières. Je pense que nous avons vu pendant la pandémie que 13 % des travailleurs de première ligne – je parle des médecins, des infirmières, des chauffeurs – étaient des migrants. C’est donc un sur huit.

L’immigration légale a un impact positif car elle donne aux migrants la possibilité d’améliorer leur vie. Elle fournit des travailleurs qualifiés aux pays d’accueil, et elle stimule l’économie pour tous. Pour se remettre du COVID, nos économies avaient en effet grand besoin de nouveaux travailleurs pour le tourisme, l’hôtellerie, le secteur informatique, la santé et la logistique. Autant de secteurs qui connaissent des pénuries structurelles.

L’UE accueille les réfugiés qui fuient la guerre en Ukraine, mais cela n’exclut pas la nécessité d’une approche durable et commune de la migration de la main-d’œuvre pour répondre aux besoins de compétences de l’UE à long terme. Alors que nous avons besoin de plus de travailleurs dans l’UE, nous sommes de moins en moins nombreux à être en âge de travailler. Dans 50 ans, la population de l’UE en âge de travailler passera de 65% à 55%.

Le Parlement s’est fait entendre par le biais de différentes résolutions et débats pour demander à la Commission d’agir sur l’immigration légale. Vous nous avez demandé de l’ambition et nous avons répondu avec ambition, mais aussi avec pragmatisme et vision. Avec notre paquet, nous proposons un ensemble complet d’actions juridiques, opérationnelles et prospectives.

Pour commencer, nous suggérons de réviser la directive sur le séjour de longue durée et la directive sur le permis unique afin d’attirer de nouveaux talents, d’améliorer l’attrait de l’UE dans la compétition mondiale pour les talents et de simplifier les procédures d’admission. Nous proposons également de créer une plateforme de mise en relation à l’échelle de l’UE – le vivier de talents de l’UE – afin d’améliorer le recrutement international et de mettre en relation les employeurs de l’UE et les talents.

Dans un premier temps, nous lançons un projet pilote de réserve de talents pour recenser les compétences des réfugiés d’Ukraine afin de faciliter leur intégration. L’immigration légale est essentielle pour notre économie et joue un rôle important dans notre gestion des migrations. Elle est au cœur des partenariats globalement et mutuellement bénéfiques que nous établissons avec les principaux pays d’origine et de transit.

La réduction de la migration irrégulière ouvre la voie à une intensification de la migration régulière. D’ici la fin de l’année, la Commission a l’intention de lancer des partenariats de talents sur mesure avec trois partenaires clés – la Tunisie, l’Égypte et le Maroc. Ces partenariats doivent être bénéfiques pour tous. Ils permettront de transformer le risque de fuite des cerveaux en gain de cerveaux. Ils aideront à identifier les secteurs prioritaires pour les compétences qui soutiennent le développement socio-économique des États membres et des pays partenaires, et fourniront de nouvelles formations et expériences professionnelles dans l’UE ou les pays d’origine.

Nous invitons les États membres à identifier les secteurs économiques d’intérêt mutuel et à y associer pleinement les partenaires sociaux, les syndicats et les employeurs. Nous espérons que ces trois partenariats pour les talents ouvriront la voie à d’autres dans un avenir proche.

Pour les prochaines étapes, nous voyons trois pistes d’action : les soins, la jeunesse et l’innovation. Nous lançons des études sur les soins de longue durée et la mobilité des jeunes, et nous discutons avec les États membres d’un programme européen pour les entrepreneurs innovants. Cet automne, nous organiserons un événement de haut niveau pour continuer à discuter avec vous et les États membres de la manière de mettre en œuvre ces propositions et d’en faire une réalité sur le terrain.

Vidéo / Transcription

Abir Al-Sahlani, au nom du groupe Renew (groupe du parti Renaissance/LREM)

Monsieur le Président, chers collègues, cher commissaire, je voudrais commencer par remercier la Commission d’avoir adhéré au Parlement lorsque nous avons envoyé un signal fort, avec le soutien de deux tiers des voix ici au Parlement, lorsqu’il s’agissait de la politique de migration des travailleurs et du rapport législatif dont j’étais le rapporteur. Je vous en remercie.

J’espère que nous obtiendrons également un soutien fort et que nous resterons unis sur cette question du Partenariat pour les talents, parce qu’ils sont d’une importance capitale pour notre travail, pour notre Union. Premièrement, parce que le partenariat pour les talents peut être utilisé pour créer des voies d’accès légales à l’Union pour les migrants qui veulent avoir une vie meilleure, qui veulent faire partie de nos communautés, qui veulent travailler – des voies d’accès meilleures, sûres et légales.

Deuxièmement, ils peuvent faire partie de nos solutions pour faire face aux défis du vieillissement de la population, où nous avons une diminution de notre force de travail, ce qui signifie aussi une diminution de notre État-providence ou aussi la construction de notre État-providence.

Troisièmement, le partenariat pour les talents peut améliorer la croissance de nos économies. À l’heure actuelle, nous perdons chaque jour 2 % de notre productivité en raison des postes vacants sur le marché du travail. C’est pourquoi ces partenariats pour les talents sont très, très importants.

Mais pour qu’ils puissent fonctionner, la première chose dont nous avons besoin est une bonne législation, et nous devons changer l’état d’esprit et le discours sur la migration, parce que maintenant nous mélangeons tout. Nous devons savoir que tout le monde ne veut pas venir dans l’UE. Nous sommes en concurrence à l’échelle mondiale pour ces personnes talentueuses et qualifiées et nous perdons en compétitivité. Nous ne sommes pas aussi attractifs qu’avant, ou que nous le pensons.

Troisièmement, je pense que nous devons également travailler sur la circularité de la migration, afin d’éviter la fuite des cerveaux et de faire en sorte que les personnes qui viennent reviennent également.

Une dernière chose que je voudrais dire, Monsieur le Président du Parlement, c’est que je suis très fatigué, j’en ai vraiment assez, d’être appelé “celui qui est différent”. Ce Parlement est composé d’Européens non ethniques. J’ai moi-même quitté l’Irak pour la Suède à l’âge de 15 ans en tant que mineur non accompagné, et je suis fatigué de ce discours raciste. J‘espère que chaque fois qu’il se présentera, vous l’arrêterez, car il n’est pas acceptable. Je fais partie de l’UE autant que vous et il y a encore plus de gens qui peuvent l’être !

(applaudissements)

Vidéo / Transcription

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