Ce dimanche, ils étaient plusieurs centaines à se mobiliser autour de Lucie, jeune étudiante de 22 ans agressée le 12 février sur les bords de la Deûle. Une course de 6,5 km pour se faire « entendre contre l’insécurité ». La présence du FN et de jeunes du mouvement Génération Identitaire pose cependant question.
« On court souvent seules dans le parc de Wattrelos. Maintenant, on s’interroge pour savoir si on va continuer », racontent Capucine et Mélanie, deux amies de 31 ans. Pointés du doigt, les Roms, en revanche, ce n’est pas vraiment leur souci. « Je ne pense pas qu’ils soient fautifs de tout. Des fous, il y en a partout », poursuit Capucine. Cédric, Philippe, Flavie et Laurent, eux, sont venus de Marcq-en-Barœul pour soutenir Lucie. Pour Cédric, c’est une première. « Je n’avais encore jamais répondu à un appel 2.0 pour manifester. » Mobilisé pour « avoir le droit de courir librement », Cédric avoue cependant se poser des questions sur une éventuelle récupération politique : « On serait très déçus si c’était le cas. » Pourtant, un peu à l’écart de la foule, on aperçoit Éric Dillies, le chef de file du FN lillois, mais aussi plusieurs membres de l’opposition municipale de droite, dont Thierry Pauchet. « On est là pour plusieurs choses. Parce que nous sommes des usagers, on s’identifie naturellement aux souffrances de la jeune fille. Et politiquement, il convient de faire passer un message et de lutter contre les violences aux personnes dans cette ville, c’est une priorité absolue », assène Thierry Pauchet. La majorité socialiste, en revanche, n’a pas fait le déplacement.
La création du groupe Facebook « Soutien à Lucie, joggeuse lilloise » est revendiquée par Léa et Amandine, deux amies de longue date. « On avait des amis en commun avec Lucie et, quand on a vu son témoignage sur Facebook, ça nous a choquées », explique Léa, étudiante infirmière de 22 ans. Quand on l’interroge sur l’opportunité de la présence d’un élu du FN, elle répond : « Ça ne me fait pas peur. Si ce sont les seuls à nous soutenir, ce n’est pas grave, tant qu’on peut courir en toute sécurité. » Sur la présence de jeunes du mouvement Génération Identitaire, là, elle botte en touche : « Je ne connais pas ce mouvement. De toute façon, on n’est pas au courant, on ne s’intéresse pas à ça, tout ce qui nous importe c’est soutenir Lucie. » Pour autant, la proximité des deux jeunes femmes avec plusieurs jeunes de Génération Identitaire Flandre-Artois-Hainaut et son leader, Aurélien Verhassel, également présent, interroge. Léa, qui s’est faite porte-parole ce dimanche au mégaphone, a passé le relais à une amie, Lore, sur le parcours. À son arrivée avec l’engin, on lui demande si celle-ci fait partie de l’organisation. « Non, je suis juste venue aider mes deux amies qui ne pouvaient pas courir aujourd’hui, et soutenir Lucie », répond-elle. Une « amie », pourtant, ouvertement militante Génération Identitaire. De son côté, Aurélien Verhassel – caméraman de la course – tient le même discours : « Je suis là en simple citoyen. » À croire qu’une telle concentration de jeunes Génération Identitaire sur la course relevait tout simplement du hasard.