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En 1983, Stuart Ewen publiait en France « Consciences sous influence – Publicité et genèse de la société de consommation ». Ce livre culte, devenu une référence incontournable de la critique sociologique d’inspiration situationniste, est aujourd’hui republié et préfacé par Lucien Cerise (auteur de Oliganarchy).

Stuart Ewen y retrace l’origine de ce que Guy Debord nomma “le Spectacle“, premier allié du productivisme industriel dans la guerre culturelle menée pour l’expansion du modèle de société américain, et dont l’iconographie fondée sur l’exhibition de corps jeunes, féminins et plutôt dévêtus a entièrement colonisé les médias et les imaginaires, élaborant au fil du temps une véritable société de l’indécence.

La « décence commune », notion bien connue de George Orwell et Jean-Claude Michéa, est la première cible dans ce travail d’influence des consciences étalé sur plusieurs décennies.

Car une telle régression n’a rien de naturel. Dans son ouvrage, Stuart Ewen démontre que ce nouvel ordre « libéral libertaire » mondial, loin d’être l’aboutissement d’une évolution spontanée, a bien été implanté de manière concertée selon des méthodes scientifiques de planification et d’ingénierie sociale. Les dévoiler pour s’en affranchir, tel est le défi auquel ce livre nous invite.

Extraits:

En 1930 [aux États-Unis], la vie active commençait plus tard qu’au début du siècle, mais c’est parmi les jeunes gens que l’industrie cherchait l’idéal du “travailleur efficace”. L’âge, qui était autrefois le signe d’un savoir capitalisé était devenu un handicap ; la retraite forcée signifiait bien la transformation du travail artisanal qualifié en surveillance de machine. Dans le premier quart de ce siècle, on avait vu à la fois augmenter le nombre relatif des personnes de plus de 65 ans et diminuer, dans la même tranche d’âge, la proportion de celle qui touchait un salaire. C’était là une sérieuse faille dans le soi-disant progrès prodigué par la technologie américaine, puisque cela supposait de sélectionner les travailleurs de telle sorte que les vieux, poussés hors de l’usine et incapable de gagner leur vie, représentaient finalement un fraction de plus en plus grande du peuple américain.

La publicité a bien servi cette idéalisation de la jeunesse. Puisque c’était les jeunes qui faisaient vivre l’industrie, il suffisait de décréter qu’ils se réaliseraient grâce à la consommation pour satisfaire à la fois les besoins individuels et ceux des grandes sociétés en matière de distribution de masse et de force de travail. En outre, l’exaltation de la jeunesse était en même temps une célébration de l’innocence et de la docilité.

En même temps que les vieux se sentaient de plus en plus exclus par la société, la publicité, porte-parole des industries, célébrait l’enfant, qui d’une part était une image de vitalité et d’endurance au travail et, de l’autre, symbolisait la conjonction du principe de consommation et du principe de plaisir.

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