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Alors que l’Etat s’apprête à en appeler aux marchés pour financer un grand emprunt auquel il prédit l’impasse, l’économiste Jean-Luc Gréau reste catégorique : les 85 à 90% du PIB contractés en dette par les Etats seront impossibles à rembourser.

Michael Briffaud et Matthieu Faramus (IUT de Cannes) : Les États prêtent mais s’endettent de plus en plus. Pourront-ils rembourser ?

Jean-Luc Gréau : Les États occidentaux ne peuvent plus rembourser les dettes publiques.

Même les moins endettés ont dépassé, semble-t-il, la ligne rouge en deçà de laquelle ils étaient capables de rembourser.

La dette moyenne des pays occidentaux se situera entre 85% et 90% du PIB en 2010. C’est une masse impossible à rembourser.

D’autant plus que tous ces pays sont affectés par le vieillissement de leur population qui surcharge, année après année, les dépenses sociales.

Ils sont en outre confrontés à la compétition mondiale où leur marge de supériorité s’est effritée.

Faut-il, comme pour les pays pauvres, effacer la dette des États ?

Les États eux-mêmes ne peuvent pas décider d’effacer leur propre dette en disant à leurs emprunteurs «je ne rembourse pas».

Le mécanisme est celui de la monétisation de la dette. C’est-à-dire que la banque centrale rachète une partie des titres émis par le Trésor Public – donc l’État – et crée de la monnaie supplémentaire. C’est ce qu’ont commencé à faire les États américain et anglais depuis mars.

En théorie ça génère de l’inflation, mais elle ne peut pas repartir sans activité économique importante. Deuxièmement : comme une grande partie de cette monnaie sert purement et simplement à boucher les trous dans les comptes des entreprises, des particuliers ou des banques, je ne vois pas l’inflation apparaitre au bout du processus.

Que pensez-vous du grand emprunt ?

Le grand emprunt représente 35 milliards d’euros. C’est une bonne occasion de faire deux choses. La première est de remettre l’État emprunteur en liaison directe avec les épargnants particuliers que nous sommes, en disant « je mène une certaine politique économique pour redresser notre situation, venez participer à l’effort ». Or il semble que le gouvernement et le président de la République renoncent à cette formule novatrice, sous l’impulsion de la commission Juppé-Rocard.

La deuxième, c’est de décentraliser l’utilisation des sommes. C’est à dire de ne plus passer par des administrations qui se font concurrence et d’essayer de confier à des agences décentralisées le soin de faire l’effort pour l’éducation et la recherche. Ça non plus ça n’aura pas lieu, je crains donc que le grand emprunt finisse dans une impasse.

Normalement ce sont des dépenses d’investissement à long ou à très long terme. Investir dans l’éducation peut être efficace en choisissant la bonne méthode. Mais les bonnes structures à soutenir financièrement, ça, vous ne pouvez pas le savoir. De même, la recherche n’aboutit pas toujours. En revanche le soutien à l’innovation peut aboutir à relativement court terme, non seulement dans le domaine économique mais aussi dans le domaine écologique. Une grande partie de la question écologique pourrait être résolue non pas en faisant des découvertes absolument fondamentales mais en étendant l’innovation.

La France peut elle rattraper son retard dans l’innovation et la recherche par le grand emprunt ?

Les pays sont très inégaux et les effets de la recherche sur l’économie sont très incertains. Le Japon dispose d’une recherche très importante grâce aux entreprises et à l’État. Voyez la situation économique dans laquelle il se trouve : un pays intrinsèquement très compétitif mais miné par une démographie défaillante et exposé à la compétition des pays d’Asie émergente.

Deuxièmement, le montant de recherche de l’Italie correspond à la moitié de celui de la France. Pourtant l’industrie de ce pays reste relativement compétitive grâce à l’innovation. En Italie, ils font de nouvelles chaussures, des nouvelles céramiques… ils trouvent mêmes de nouvelles façons de commercialiser les pâtes ! C’est aussi bête que ça ! Il faut donc se garder des clichés en disant « c’est le taux de recherche qui va déterminer notre compétitivité future ». C’est un facteur parmi d’autres. L’économie ne se réduit pas à des slogans simples.

Marianne2


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