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Pierre Tevanian : « le président des ultra-riches se réinvente en président des ultras blancs ou, si l’on préfère, des suprémacistes »

02/07

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Au-delà de son caractère infondé, la crispation identitaire du président est surtout très préoccupante. Car il faut se rendre à l’évidence : s’il existe une cohérence, une ligne directrice, entre l’évitement de tout mot de soutien, même minimal, au mouvement Black Lives Matter, la mise en garde agressive contre les périls « communautaristes » et « séparatistes », le soutien inconditionnel à une police dont les dérives racistes sont avérées et enfin la défense tout aussi inconditionnelle de toutes les statues, fussent-elles à la gloire des esclavagistes et des massacreurs d’« indigènes », cette idée directrice peut se résumer par ces mots terribles : « Black Lives Don’t Matter » – « les vies noires ne comptent pas ».

J’ai interrogé ailleurs les motivations possibles d’un tel naufrage éthique : une panique identitaire sincère, autrement dit, un racisme viscéral ? Un calcul électoraliste cynique, consistant à promouvoir l’extrême droite pour s’assurer un nouveau « second tour imperdable » ? Ou bien les deux ?

Mais cette question n’est au fond pas la plus urgente. Le plus préoccupant n’est pas la cause mais l’effet d’un tel positionnement : celui qui fut surnommé, non sans raison, « le président des ultra-riches » se « réinvente » en président des ultras blancs ou, si l’on préfère, des suprémacistes. Et cela n’augure rien de bon, ni en termes électoraux, ni en matière de climat social. C’est tout simplement le principe constitutionnel d’égalité qui se trouve attaqué, mais aussi la simple possibilité du vivre-ensemble.

Middle East eye

Pierre Tevanian est philosophe, enseignant, co-animateur du collectif Les mots sont importants. Auteur, notamment, de Dévoilements (éditions Libertalia, 2012) et La Mécanique raciste (éditions La Découverte, 2017).

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