Selon le LEAP, au second trimestre 2010, la crise s’aggravera brutalement

Francisco de Goya, Le naufrage (1793)

 » Pour le LEAP/Europe2020, l’effet des milliers de milliards dépensés par les Etats pour « traverser la crise » aura fait long feu. Ces sommes immenses auront permis de ralentir, pendant quelques mois, l’évolution de la crise systémique globale ; mais, comme anticipé dans les [numéros] précédents, cette stratégie n’aura servi, in fine, qu’à entraîner définitivement les Etats dans la crise générée par les institutions financières.

Notre équipe anticipe donc dans ce [numéro] une aggravation brutale de la crise pour le second trimestre 2010, générée par un double effet de rattrapage des phénomènes qui ont été provisoirement « gelés » au deuxième semestre 2009 et d’impossibilité de maintenir les mesures palliatives de l’année passée.

D’ailleurs, en ce mois de février 2010, un an après notre annonce que la fin de l’année 2009 allait marquer le début de la phase de dislocation géopolitique mondiale, chacun peut constater qu’un tel processus est bien en cours : Etats au bord de la cessation de paiement, montée inexorable du chômage, chute de millions de personnes hors des filets de protection sociale, baisses de salaires, suppressions de services publics, désagrégation du système de gouvernance globale (échec du sommet de Copenhague, confrontation croissante Chine/USA, retour du risque de conflit Iran/Israël/USA, guerre monétaire globale, etc.). Pourtant, nous ne sommes qu’au tout début de cette phase.

L’aggravation brutale de la crise systémique globale va ainsi être caractérisée par une accélération et/ou un renforcement de cinq tendances négatives fondamentales :

. l’explosion de la bulle des déficits publics et la montée corollaire des cessations de paiement d’Etats,
. la collision fatale du système bancaire occidental avec la montée des défauts de paiement et le mur des dettes arrivant à maturité,
. l’inéluctable remontée des taux d’intérêts,
. la multiplication des sujets de tension internationale,
. l’insécurité sociale croissante. « 

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L’Euro : implosion ou sursaut ?

Le pari de l’Euro était de construire une zone modèle. En exacerbant les différences, on affirme, voire on crée, et on enkyste des différences : modèle rhénan pour l’Allemagne ; modèle anglo-saxon pour l’Irlande ou l’Espagne, etc.

Lorsque la crise financière devient crise économique, et que les Etats s’épuisent à maintenir les demandes globales en creusant de façon historique les déficits publics, c’est le navire tout entier qui est menacé.

Si naguère, en résultante des abandons monétaires, les marchés politiques se sont assez spontanément dirigés vers la création d’une zone monétaire largement artificielle, vont-ils, à la faveur de la crise, poursuivre la construction européenne et arrimer la monnaie à un grand Etat européen ?

Sur le papier des croyants du constructivisme, les choses sont simples : il existe désormais un seul Etat, sans doute hétérogène, mais disposant d’une monnaie souveraine. Il n’y a plus de dettes souveraines au pluriel, mais une dette souveraine au singulier.

Le couple monnaie unique / grand Etat suppose d’énormes changements, qui se ramènent tous à la question de l’évaporation progressive des marchés politiques nationaux, au profit de la naissance de marchés politiques européens. Les énormes coûts d’une implosion de l’Euro pourraient faciliter cette perspective.

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La fallacieuse théorie du libre échange et la diabolisation du protectionnisme

Marc Rousset, auteur de « La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou. Le continent paneuropéen face au choc des civilisations » (Editions Godefroy de Bouillon, 2009), critique le dogme du libre-échangisme et prône le rétablissement du protectionnisme.

«  De tous les dogmes économiques, le libre-échange est celui sur lequel les néo-libéraux sont le plus intraitables. Formulé il y a presque deux siècles dans le contexte théorique de l’immobilité des facteurs de production (capital et travail) et de la division internationale du travail, il est toujours présenté comme le nec plus ultra de la modernité, et comme la recette du développement et de la croissance.

Ses hérauts ont réussi le tour de force de le pérenniser dans un contexte exactement contraire à celui de sa conception : aujourd’hui, le capital ne connaît plus aucune entrave à sa circulation internationale et la main d’œuvre devient, elle aussi, de plus en plus mobile. Quant à la division internationale du travail, elle appartient au passé, avec la multiplication des entreprises mettant en œuvre des technologies de pointe dans les pays à bas salaires. L’économie mondiale est devenue un bateau ivre, sans gouvernail.

(…) Alors que le discours dominant du journalisme économique proclame depuis deux décennies que le protectionnisme est le mal absolu, les travaux scientifiques les plus récents aboutissent à un résultat inverse. Il y a donc discordance entre les discours économiques médiatiques et le discours scientifique.  »

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