Municipales 2014 : la question ethnique

Papier de Charles Rojzman, écrivain

Les commentaires et les explications pleuvent après la percée spectaculaire du Front national dans de nombreuses villes et le chiffre record de l’abstention: un pouvoir socialiste qui a déçu, une UMP secouée par les affaires, une population qui ne sent pas représentée par ses élites politiques et médiatiques, le chômage… Toutes ces explications sont justes et valables.

Hebergeur d'imageUne seule n’a pas suffisamment, à mon sens, retenu l’attention ou plutôt reste embarrassante : le facteur « ethnique ». Je constate l’augmentation de l’abstention dans des quartiers populaires où habitent beaucoup de musulmans (majoritairement parfois) comme à Roubaix. Et à l’écoute de ce que se dit couramment dans les quartiers populaires, aussi bien chez des jeunes que des adultes, à la lecture de quelques sites sur la toile, j’ai une impression forte qui ne peut évidemment pas être confirmée par des prises de positions officielles ou des sondages, que Nicolas Sarkozy n’a pas seulement été rejeté par les habitants des cités parce qu’il a parlé de « racailles » mais parce qu’il était considéré comme un « juif », alors même qu’il ne l’est pas.

Par ailleurs, toujours dans cette logique de savoir qui est juif, qui ne l’est pas, le juif étant l’ennemi, puisque, par définition pro-israélien, selon eux, le vote pour Hollande a été massif aux présidentielles. Mais, peu à peu, en raison de la présence de ministres perçus comme « juifs » dans son gouvernement, soit parce qu’ils le sont réellement, soit parce qu’ils sont tout simplement imaginés comme tels, François Hollande a été considéré comme président sioniste et ainsi rejeté.  [...]

Hebergeur d'imageJ’ai le souvenir d’avoir assisté un jour à un grand meeting de Le Pen père à Rouen. Lorsque ce dernier parlait de l’Europe et de la corruption, il était chaleureusement applaudi mais ces applaudissements devenaient frénétiques lorsqu’il mettait en cause l’immigration maghrébine. « Arabi fora », « les arabes dehors », ce slogan corse a depuis toujours été la devise des partisans du Front national dans le Sud, le Nord et l’Est du pays.

Comme dans d’autres pays d’Europe, le rejet du multiculturalisme considéré comme le cheval de Troie d’un Islam envahissant et de la criminalité « des racailles de cités » a suscité le rejet des partis en place jugés favorables à ce multiculturalisme et une propension à élire les représentants de partis dits populistes. [...]

Il serait dommage de se tromper d’analyse et de ne pas accepter de voir l’importance de plus en plus grande des questions ethniques dans ce climat de désespérance des sociétés modernes. [...]

Huffington Post

France. Enclaves, communautarisme, vote ethnique : Le scénario yougoslave ?

Pour Joris karl, la présence de véritables «enclaves» de populations étrangères (Sevran, Montreuil, Roubaix, Marseille, etc.) rend la situation, à terme, ingérable et pourrait conduire à l’éclatement de la France.

Pour le moment, chaque camp s’affronte, virtuellement, sur des sujets périphériques. Sur le terrain, on vit autant que possible des existences séparées : Français d’origine européenne et arabo-africaine se mélangent extrêmement peu, fréquentent des écoles différentes, n’écoutent pas les mêmes musiques, ne s’habillent pas de la même façon ! Le vote lui-même est devenu ethnique.

L’Histoire, si elle ne se répète jamais exactement, nous enseigne les processus qui conduisent à l’éclatement des nations.

Parce qu’en certains points les ressemblances sont frappantes avec la France, le cas de la Yougoslavie est fascinant. Nous reproduisons les mêmes erreurs, l’État central cède aux mêmes forces centrifuges (revendications religieuses, linguistiques, scolaires)… Sans parler que, pour les municipales à venir, commencent à fleurir des listes ouvertement communautaires…

Mais sans qu’on y prenne garde, l’érosion est causée par de minuscules détails, gouttes insignifiantes qui, à force de s’accumuler, se transformeront en pluie torrentielle.

L’an passé, la victoire de Naöelle, candidate d’origine maghrébine, dans l’émission « Top Chef » sur M6, fut à mon avis révélatrice : dans les minutes qui ont suivi son triomphe, les réseaux sociaux ont explosé de haine envers la gagnante […] dont le comportement fut certes peu recommandable (caractère exécrable, pleurnicheries régulières). […]Le plus significatif était le fait que, parmi les rares soutiens de Naöelle, on trouvait essentiellement des internautes dont le nom était à consonance musulmane…

Nous pouvons observer dans cet exemple — apparemment anodin — le symptôme d’un mal profond. L’impression déjà vue dans d’autres domaines d’une «scission» dans la communauté dite nationale. En Yougoslavie, cela a commencé par des engueulades dans les bals, des petits différends entre clubs de supporters de foot. Qui se transformèrent en violentes bastons les soirs de match, qui finirent en bain de sang et en explosion du pays. […]

Peu à peu, des micro-nations émergent dans cette République de moins en moins réelle. Un jour, la fiction ne prendra plus.
bvoltaire

«Minorités majoritaires»

Addendum vidéo : Extrait du film « Président par accident » (2003)

(…) Pour les démographes attentifs à l’évolution de la population des Etats-Unis dans ses différentes strates, la nouvelle n’a rien de surprenant. Mais pour tous les autres, elle fait au moins sursauter, à défaut de provoquer un choc psychologique. Les bébés blancs dans les maternités américaines sont descendus de la barre des 50%, a révélé le Bureau du recensement dans des statistiques qu’il a publiées et qui portent sur une période de 15 mois d’avril 2010 à juillet 2011.

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Belgique. Philippe Moureaux (PS) : «Il n’y a pas de vote ethnique»

Philippe Moureaux (PS) est revenu sur la victoire de la N-VA en Flandre. Il estime qu’«il ne faut pas minimiser» ce qui s’est passé.

Il n’y a pas de vote ethnique (…) Il y en a eu naguère un peu. Maintenant, c’est totalement fini.

«C’est l’alerte rouge» , dit-il, car pour le bourgmestre sortant de Molenbeek, «la Belgique est vraiment menacée dans sa solidarité sur le plan social».

Concernant Saint-Josse, Philippe Moureaux s’est dit «choqué» par les propos tenus par le bourgmestre socialiste sortant de la commune qui a déclaré, en d’autres mots, sur nos antennes que si Emir Kir a remporté plus de voix préférentielles que lui c’est grâce aux votes ethniques.

«Je regrette ces paroles. Moi, je fais quasi 6000 voix à Molenbeek dont une grande partie vient…heu…de toute la population, y compris la population étrangère. Je pense qu’il faut pouvoir simplement avoir une attitude qui vous rapproche de ces populations», a-t-il dit.

Et d’ajouter : «Cela me choque car cela distille un discours qui pourrait aller jusqu’au rejet de l’autre». Avant de conclure : «[…] Il y a des candidats d’origine étrangère, comme on les appelle mais qui sont des Belges comme les autres , qui entre eux, ont une sorte de match donc tout cela fait partie des rêves ou des cauchemars de certains».

RTBF

Libération : Hollande élu grâce aux minorités ethniques

Une courte victoire démographique

Par Laurent Chalard, géographe, European Centre for International Affairs

François Hollande a été élu président à une courte majorité, avec un score de 51,6%. Ce résultat s’explique en partie par un facteur oublié des analystes politiques, la démographie, au rôle pourtant majeur, en France comme aux Etats-Unis. Le corps électoral évolue en fonction de la croissance démographique. [...]

Du fait des naturalisations (plus de 100 000 par an) et d’une hausse naturelle sensiblement supérieure aux populations d’ascendance européenne, leur part dans l’électorat s’accroît, faisant plus que compenser le vieillissement de la population, ce que n’ont pas su voir les dirigeants de droite, leur stratégie reposant sur l’espoir que cette population s’abstiendrait.

Sans le vote des immigrés extra-européens naturalisés et de leurs enfants et petits-enfants nés français (leur pourcentage dans l’électorat est impossible à déterminer), le candidat socialiste aurait été difficilement élu président, étant donné le vieillissement de la population.

[...] Il s’est produit à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012, le même phénomène qu’à celle de 2008 aux Etats-Unis, où Barack Obama a été élu grâce à l’apport des minorités ethniques, alors qu’il était minoritaire dans la catégorie «blanc non hispanique». François Hollande devra tenir compte de l’espoir qu’il porte pour cette jeunesse d’origine extra-européenne qui a des réelles difficultés d’insertion dans le pays, au risque sinon de la faire définitivement basculer dans le communautarisme, processus déjà engagé, mais encore potentiellement réversible. Quant à la droite, elle devra prendre en compte l’existence de cette population, appelée à croître dans l’électorat, si elle souhaite reconquérir le pouvoir. La stratégie de droitisation de son discours et d’éventuelle alliance avec l’extrême droite est donc suicidaire à long terme.

Libération

(merci à Artichaud)

93% des musulmans ont voté pour François Hollande

Une étude réalisée par l’institut de sondages OpinionWay le jour du deuxième tour révèle une adhésion massive des musulmans au parti socialiste. Elle témoigne d’un rejet du sarkozysme mais pas de toutes les valeurs de la droite, notamment sur les questions sociétales comme l’homosexualité.

Les musulmans réclamaient le changement, et ils l’ont eu. Selon une étude du corps électoral menée par OpinionWay et Fiducial le 6 mai pour Le Figaro sur 10 000 votants, 93% des pratiquants ont glissé un bulletin « François Hollande » dans leur enveloppe. Seuls 7% d’entre eux ont voté pour Nicolas Sarkozy.

Le candidat socialiste est plébicité depuis le début de la campagne par cette partie de la population, qui représente environ 2 millions d’électeurs selon l’institut de sondages.

Déjà au premier tour, la même étude avait montré que 59% d’entre eux avaient voté pour lui. Les deuxième et troisième places revenaient au candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon (23%) et au centriste François Bayrou (7%). Le président sortant, lui, arrivait quatrième, avec seulement 4% des suffrages.

Il est même un point qui les oppose totalement à la gauche et qui les rapproche du vote catholique : la libéralisation des moeurs. « C’est un électorat très conservateur, qui rejette en bloc l’homosexualité par exemple ».

La Vie