Francois Dubet, sociologue : «la France ne sera plus jamais 100% blanche, hétérosexuelle et chrétienne»

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[extraits] François Dubet, sociologue, directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’université Bordeaux-II-Segalen vient de publier : «Pourquoi moi ? L’expérience des discriminations».

« Les discriminations se raréfient, mais le sentiment de discrimination s’accentue . Nous discriminions probablement beaucoup plus autrefois mais le sentiment de ces discriminations s’est, lui, considérablement accru.

Jusque dans les années 1980, soit on ne «voyait» pas certaines discriminations, soit elles étaient jugées normales: souvenons nous de cette époque où le travailleur immigré était regardé comme un quasi «sous-homme», subissant infiniment plus de discriminations que son fils aujourd’hui. Pourtant, son fils se sent bien plus discriminé que lui.

« C’est que le fils de l’immigré est né en France, et il se sent un Français comme les autres. Ce qui n’était pas le cas de son père. » (…)

C’est toute la subtilité du sentiment de discrimination : pour se sentir discriminé, il est impératif de se définir d’abord comme égal. 

« Ce qui revient souvent dans la bouche des interrogés, c’est la surprise : la discrimination leur est « tombée dessus »… Eux qui se sentent si semblables aux autres, si comme-tout-le-monde, pourquoi diable les traite-t-on comme des êtres différents, des indésirables ? »

Les minorités affrontent rarement des discriminations agressives: ce sont plutôt des attitudes insidieuses, des préjugés. Cela se passe banalement: une personne noire se rend compte, dans un bus bondé, que personne ne s’est assis à côté d’elle… (…)

Nous sommes résolus à lutter contre les discriminations, mais personne ne semble encore prêt pour une seconde étape: tenir compte des caractéristiques culturelles, ethniques, religieuses du peuple français. (…)

« Peut-être est-il l’heure d’aller plus loin ? Et en tout cas de réaliser que la France ne sera plus jamais 100% blanche, hétérosexuelle et chrétienne. Et qu’un jour peut-être nous ne serons plus inquiets qu’une jeune Française porte un voile si elle l’a choisi, et paraît épanouie de le porter. »

Nouvel Obs
Merci Joyeux luron

Immigration : Eric Fassin, sociologue, demande le regroupement familial sans condition

Sociologie : Existe-t-il un lien entre délinquance et culture des immigrés ?

[extraits]

Devenu sulfureux malgré lui avec le « Déni des cultures » en 2010, Hugues Lagrange revient avec « En terre étrangère« , recueil de témoignages d’immigrés originaires du Sahel (à paraître le 7 février).

« Ses conclusions vont à l’encontre de la grande majorité des travaux sur la banlieue, qui expliquent son délitement par des facteurs sociaux. 

Son point de vue fait courir le risque de désigner les immigrés d’origine sahélienne comme impossibles à intégrer. »

Dans son bureau de Sciences-Po, notre sociologue a l’air bien embêté. Toute cette affaire l’a placé sous le feu croisé d’une bonne partie de ses pairs et de la presse de gauche, tandis que la droite s’émerveillait qu’un sociologue, espèce forcément «progressiste», ose enfin «briser les tabous du politiquement correct».

Son nouveau livre, En terre étrangère, est une compilation de témoignages d’hommes et de femmes originaires de la vallée du fleuve Sénégal, arrivés en France dans les années 70 et 80, et installés en banlieue ouest de Paris.

Ils racontent les difficultés professionnelles, la solitude, l’incompréhension et le repli sur soi, la nostalgie pour certains, d’hommes qui voulaient s’intégrer et se sont sentis rejetés et méprisés, le désir de rester pour d’autres.

« des hommes qui voulaient s’intégrer et qui se sont sentis rejetés et méprisés »

Au départ, le Déni des cultures était une enquête quantitative portant sur 4 400 élèves de 11 à 17 ans .

En comparant les taux de décrochage scolaire et d’absentéisme quatre ans plus tard avec les listes des tribunaux, il constate qu’une part importante d’«incivilités» et d’«inconduites répétées» sont commises par des jeunes originaires du Sahel (Sénégal, Mali, Mauritanie, Sud algérien, Niger).

Ce constat va amener Lagrange à s’interroger sur les liens entre facteurs culturels et délinquance, et à expliquer en partie l’une par les autres.

Pour lui, le poids des coutumes, de la religion, les structures familiales ont une influence sur le comportement et le développement des enfants : il évoque la taille des fratries («avec une moyenne de sept enfants»), la polygamie, le décalage d’âge entre des hommes venus travailler en métropole avant d’être rejoints par leur épouse, souvent plus jeune, les nombreuses familles monoparentales, la faible emprise des femmes sur leurs enfants, l’autoritarisme des hommes, une moindre pratique du français, le passage brusque d’un environnement rural, avec ses coutumes, à la ville…

Autant de facteurs qui entraveraient selon lui l’intégration : difficultés de concentration, faible image de l’autorité, perméabilité accrue au phénomène des bandes. Des caractéristiques qui seraient du reste moins marquées dans les familles d’origine subsahariennes et maghrébines, arrivées depuis plus longtemps, et où la taille des fratries serait moindre.

C’est autour de cette série d’interprétations que vont se cristalliser les débats. En France, il est en effet interdit de faire des statistiques ethniques, mais, surtout, ses conclusions vont à l’encontre de la grande majorité des travaux sur la banlieue, qui expliquent son délitement par des facteurs sociaux (chômage, discrimination à l’embauche, éloignement des centres urbains).

Certes, Lagrange ne les nie pas, et prend bien soin de préciser que ce ne sont pas les traditions en elles-mêmes qui posent problème, mais au contraire leur absence de prise en compte par le pays d’accueil.

Il n’en reste pas moins que, pour beaucoup, son point de vue fait courir le risque de désigner les immigrés d’origine sahélienne impossibles àintégrer.

Au premier rang de ses détracteurs, le sociologue Laurent Mucchielli.

Au premier rang de ses détracteurs, le sociologue Laurent Mucchielli, rédacteur en chef du site Délinquance, justice et autres questions de société. «En ciblant des ethnies et des pratiquants – les Sahéliens et les musulmans -, on les réduit à une définition, on trouve ce qu’on cherche, alors que tous ont des personnalités multiples, des vies plus riches. C’est très réducteur».

Au CNRS et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, l’hostilité est majoritaire.

Pour le sociologue Eric Fassin, spécialiste des questions raciales et membre du collectif Cette France-là, «invoquer la culture, c’est bien chercher les causes des problèmes sociaux, dont la délinquance est le symptôme, non pas du côté de la politique de l’Etat, ni du racisme ordinaire, mais dans l’origine même de ces populations. Ainsi, le problème, ce ne serait pas tant « nous » qu’ »eux ».»

Une conclusion dont se défend Lagrange : «On ne mesure jamais assez le fait que l’immigration, c’est le déplacement de populations qui ont leurs traditions et leur culture, dans un autre système culturel. Le problème vient aussi de la manière dont nous les avons reçus.»

Il n’empêche, pour Eric Fassin, il s’agit bien d’«une réhabilitation du culturalisme». Le culturalisme, rejeté par les sciences sociales françaises de longue date, contrairement aux pays anglo-saxons, est un courant qui met en évidence l’influence prépondérante des habitudes culturelles sur la personnalité des individus.

C’est justement là que le bât blesse, ou que le torchon brûle, comme on voudra : Lagrange se place dans une logique résolument culturaliste.(…)

« Il y a un moment, si l’on refuse de voir cette réalité des différences culturelles, où l’on confond le pays réel et le pays tel qu’on voudrait qu’il soit. »

Et, s’il se refuse à parler d’ethnies lorsqu’il parle de l’histoire de l’Afrique, Lagrange cite toutefois les travaux de Bernard Lugan, historien proche de l’extrême droite, rédacteur en chef de l’Afrique réelle, qui enseigna durant de nombreuses années à l’université Lyon-III.

Pour Lugan, les ethnies préexistaient au colonialisme, elles sont l’élément essentiel de compréhension du continent africain. Une théorie que réfute totalement Jean-Loup Amselle, anthropologue et directeur d’études à l’Ehess, auteur de l’Ethniticisation de la France (Lignes) : «J’ai passé de nombreuses années sur le terrain au Mali, avec les Peuls, les Bambaras, les Malinkés, et nous avons démontré qu’en réalité les ethnies telles qu’elles existent sont des créations coloniales. On a fabriqué des catégories intangibles alors que tout était auparavant beaucoup plus labile et fluide. En assignant aux personnes une culture définie, on présume de l’identité que les gens se choisissent. On les enferme dans des cases, et on leur enlève toute possibilité de choix.» (…)

Cette opposition entre empirisme et science amuse beaucoup Christophe Guilluy (…) Lui considère que cette querelle est injuste :

«Lagrange est un des seuls à aller sur le terrain. Ceux qui le critiquent sont les gardiens du temple et n’y mettent jamais les pieds. Occulter cette réalité est absurde. Ou alors on devient militant, c’est de l’idéologie et ça ne devrait pas interférer dans le débat.»

Et de conclure : «J’ai entendu dire les pires choses sur lui, qu’il était fasciste, raciste, il suscitait une véritable rage. C’est un milieu très violent, je ne pense pas qu’il s’attendait à ça.»

Une nouvelle polémique viendra peut-être de l’étude sur l’islam que prépare Lagrange pour le printemps à Sciences-Po. Pour le coup, un travail purement statistique. Il y constate que l’islamisme radical s’installe chez des jeunes d’origine sahélienne. (…)

Source

 

Olivier Bobineau, sociologue : « il faut former des médiateurs interculturels qui connaissent bien la religion musulmane »

Article de l’Express du 29 septembre. Titre original : Islam: « La peur grandit à l’heure où les musulmans sont intégrés »

Le sociologue des religions, Olivier Bobineau, ancien responsable de la formation « imams » à l’Institut catholique de Paris, et auteur, avec Stéphane Lathion du livre Les musulmans, une menace pour la république?

Comment expliquez-vous la peur de l’islam en France?

Jamais l’islam n’a été aussi pluriel, et jamais, premier paradoxe, les Français n’ont eu l’impression d’en savoir autant sur cette religion: ils la réduisent à une caricature médiatique. Le deuxième paradoxe, c’est que la peur grandit à l’heure où les musulmans se sont intégrés (2% seulement perturbent l’ordre public, d’après le ministère de l’Intérieur).
Le drame de l’islam est que les musulmans sont exclus de la société française, qu’ils ne savent pas s’organiser et que leurs leaders eux-mêmes se désintéressent d’eux. Ils ne peuvent pas s’en sortir!

Pourquoi le radicalisme musulman gagne-t-il du terrain?

A l’origine de la montée du radicalisme, on trouve un repli identitaire, qui concerne aujourd’hui toutes les religions. Dans le cas de l’islam intervient un facteur aggravant: depuis 1989 et l’affaire du voile de Creil, on n’arrête pas de désigner les musulmans comme les grands adversaires. Cela favorise la montée des extrémistes. Il s’agit d’un processus classique de contre-culture ! Les radicaux ont affaire à un public de plus en plus stigmatisé, qu’il leur est donc de plus en plus facile à recruter.

Que préconisez-vous?

Il est indispensable de définir, voire de redéfinir, le socle des valeurs auquel doivent adhérer les individus pour, dans un deuxième temps, leur permettre de se positionner par rapport à ce socle. Ce qui signifie que l’on doit arrêter de penser que l’imam peut faire de la médiation et être facteur d’intégration, comme le soutenait Nicolas Sarkozy, parce que l’opinion publique française considère que le culte est facteur d’exclusion. Ainsi, il ne faut plus former des imams mais des médiateurs sociaux et interculturels qui connaissent bien la religion musulmane. Le travail social sera ainsi assumé par des personnes -qui peuvent être des imams- qui auront été formés à la laïcité et qui auront une connaissance de la culture musulmane. Pour faire de la médiation, il faut un peu comprendre l’autre.

Source

Merci Zacht

Complément vidéo
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Complément de la rédaction : Où sont les sociologues qui n’ont pas d’apriori positif concernant l’islam et l’immigration ?

Amiens : pour Fabien Jobard, sociologue, « ces dégradations sont l’expression d’une colère politique »

[Extraits du Parisien du 15 aout 2012]

Chercheur au CNRS, Fabien Jobard est un spécialiste des questions de police et d’ordre public.

Quels facteurs retrouve-t-on dans le déclenchement d’une émeute urbaine?
FABIEN JOBARD. Les événements de cette nature sont toujours redevables de deux éléments : la poudre et l’étincelle. La poudre, ce sont les facteurs lourds; l’étincelle, les causes immédiates. Les analyses statistiques sur les communes qui avaient connu des épisodes émeutiers en 2005 ont montré de fortes corrélations avec la pauvreté, mais surtout l’écart de richesse entre les quartiers et les centres-villes, le chômage — mais surtout le chômage des jeunes —, l’immigration récente, celle des familles trop récemment arrivées pour être déjà bien intégrées.

(…)

Pourquoi prendre pour cible des équipements publics?
(…) les bâtiments publics incarnent la présence publique, la sphère politique. Les dégradations de biens publics sont l’expression d’une colère politique.

L’été n’est-il pas, en général, une période plus calme dans les quartiers?
Non, au contraire. Au début des années 1980, pour répondre aux émeutes, il y avait les « opérations anti-été chaud », qui finançaient les vacances des jeunes ou l’animation sur place. Les opérations de plage dans nos banlieues participent de cela. Mais la crise économique, on le sait, frappe directement la capacité des familles populaires à partir en vacances.

Insurrection, guérilla urbaine, guerre civile… Ces termes sont-ils adéquats?
Ceux qui emploient les termes de guérilla urbaine ou de guerre civile devraient aller passer quelques jours à Alep. L’exubérance verbale est souvent le luxe de ceux qui ne connaissent rien des phénomènes dont ils parlent.

Lire l’article

merci Alonzo Goguenot

Livres : Sommes-nous tous racistes ?

Jacques-Philippe Leyens, Sommes-nous tous racistes ?
Psychologie des racismes ordinaires, Editions Mardaga, 2012
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« Je suis un scientifique et non un rêveur. Mes convictions que le racisme est quasi universel sont basées sur une interprétation de recherches fiables et cohérentes. Cette interprétation n’est pas farfelue, même si nombre de collègues ne l’acceptent pas publiquement.»

Présentation de l’éditeur : « Je sais que je suis raciste, peut-être même envers plusieurs groupes. Je le regrette ; je préférerais dire que je ne suis pas d’accord avec certains groupes et, pourtant, il m’arrive d’avoir des accès jubilatoires quand des ennuis arrivent à un des groupes vis-à-vis desquels je me considère raciste. (…) Je sais encore que je ne suis pas excentrique ; je me considère dans la moyenne des gens. Je suis également un scientifique et non un rêveur. Mes convictions que le racisme est quasi universel sont donc basées sur une interprétation de recherches fiables et cohérentes. Cette interprétation n’est pas farfelue, même si nombre de collègues ne l’acceptent pas publiquement. Comme mes collègues, j’espère la disparition du racisme, mais nous différons sur les moyens à employer. J’écris ce livre avec la conviction que les conséquences les plus néfastes du racisme disparaîtront ou diminueront si l’on accepte tout d’abord ce côté nauséabond de notre personne. Se battre contre ce que l’on ignore ou occulte est totalement vain. Améliorer ses faiblesses commande qu’à tout le moins on soit conscient de ses déficiences ».

SourceAmazon

Sociologie : « Le viril contemporain »

En un demi-siècle, la gent masculine a bien évolué. Dans son comportement et ses priorités, tout comme dans les domaines de la mode et de la beauté. Dans la vie quotidienne, l’homme s’affirme, devient autonome et ne dissimule plus sa sensibilité derrière une image de «gros dur».

Est-il devenu «trop féminin» ou est-ce une nouvelle forme de virilité? La semaine dernière, Christine Castelain-Meunier, sociologue française, s’est expliquée sur le site Les quotidiennes: «Les hommes veulent tout avec leur partenaire: de la sensibilité, de l’émotion, de l’érotisme, de la communication, avec éventuellement un enfant et un ­investissement partagé pour l’éducation». Y compris en se montrant disponibles pour leurs enfants et affectueux avec eux.

Une attitude qui, pour la sociologue, relève du «viril contemporain»: «On peut être un vrai mâle sans forcément être perpétuellement conquérant, dominateur, compétitif ou obsédé par la performance, mais plutôt en s’intéressant à l’enfant, en le comprenant et en répondant à ses attentes».

Les femmes, elles, se disent plutôt touchées par ce nouveau genre :

Selon une récente étude, elles choisissent des mâles virils pour partager des liaisons de courte durée, mais elles préfèrent s’engager avec des hommes «plus féminins et plus sains» pour des relations à long terme.[...]

L’essentiel Online – 20/10/2011

Il y a trop d’étudiants…

Tribune libre de Paysan Savoyard

La réforme de l’université menée par le gouvernement de M. Sarkozy a laissé entiers les deux dysfonctionnements majeurs qui frappent l’enseignement universitaire : le taux d’échec est élevé ; et même lorsqu’elles sont réussies, les études universitaires ne débouchent pas nécessairement sur l’emploi.

Nous poursuivons notre survol thématique du mandat de M. Sarkozy.

Dans le domaine de l’enseignement supérieur, la réforme principale introduite au cours du quinquennat est celle de l’autonomie des universités (loi LRU de 2007). Les universités pourront désormais réaliser des arbitrages entre les dépenses de fonctionnement, les dépenses de personnel et les investissements immobiliers par exemple, tandis que jusqu’alors leurs crédits étaient répartis entre les différents postes par le ministère lui-même. Bénéficiant de marges de manœuvre accrues, les universités passeront avec l’État un contrat pluriannuel définissant les orientations à suivre et une évaluation interviendra a posteriori.

Il s’agit là d’étendre à l’enseignement supérieur la logique qui depuis une trentaine d’années commande désormais l’action publique dans son ensemble : l’État utilise moins ses prérogatives dites de puissance publique mais passe des contrats ; il ne gère plus directement mais délègue ; il n’agit plus lui-même au quotidien mais contrôle a posteriori. C’est cette logique qui a conduit à la politique de décentralisation engagée dans les années quatre-vingt.»

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Décès du sociologue Paul Yonnet, auteur de « Voyage au centre du malaise français »

Le sociologue Paul Yonnet, observateur de la société contemporaine, est décédé vendredi à l’âge de 63 ans à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif, annoncent aujourd’hui les éditions Gallimard. Il était l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont Voyage au centre du malaise français.L’antiracisme et le roman national. (1993) qui a suscité la controverse en critiquant l’antiracisme à travers l’association SOS racisme. Une idéologie qui a tenté de combler le vide après le «double effondrement de l’espérance prolétarienne et de l’encadrement catholique».

Le roman national- devenu difficile, stigmatisé par le nouvel ordre mondial- se reconstitue sur un terrain apparemment non politique, celui de l’identité culturelle. […] Moins il y aura de Nation, plus il y aura d’Identité française. (Voyage … p. 307)

Né dans la Manche en 1948, Paul Yonnet était l’un des auteurs phare de la Bibliothèque des sciences humaines et de la revue Le Débat dirigée par Pierre Nora et Marcel Gauchet. Enfant de ce baby-boom sur lequel il n’a cessé de réfléchir, Paul Yonnet a fait ses études de sociologie à Caen et à Toulouse. Il a mené toute sa carrière au sein de l’Union nationale des associations familiales (UNAF), qui lui a fourni un observatoire privilégié sur les faits sociaux qui lui paraissaient les plus significatifs.

Au fil d’une dizaine d’ouvrages, dont le premier Jeux, modes et masses en 1985, il avait bâti une œuvre sociologique originale qui partait de petits faits négligés ou jugés marginaux par la science sociale officielle, le tiercé, le jogging, le look, les animaux de compagnie, pour en tirer le sens profond, du point de vue de leurs acteurs. […]

Le Figaro France-Culture

Pau : Cas pratique d’étude de mœurs

Un an ferme pour un homme de 18 ans. Il a frappé une intellectuelle venue s’installer dans l’Ousse des Bois pour étudier «les sauvageons».

L’histoire avait la saveur d’une fable. Et se termine dans une salle de tribunal. Diplômée d’un Institut d’études politiques et détentrice d’une formation de journalisme, Estelle (Prénom modifié) s’était installée voilà trois ans dans le quartier populaire de l’Ousse-des-Bois, à Pau, pour nouer « le contact avec les sauvageons », selon ses mots. Il s’agissait d’étudier les difficultés de la jeunesse du quartier.

C’est dans ce contexte qu’elle noue des relations amicales avec certains jeunes, dont Abdelkader Merah, 18 ans. Cet étudiant en chaudronnerie industrielle au lycée professionnel de Gelos a été interpellé voilà trois jours par la police pour des faits survenus dans la nuit du 20 au 21 mai. Jugé hier en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel, il doit répondre de faits de violation de domicile et de violation avec usage d’armes suivie d’une ITT de trois jours.

Que s’est-il passé ? Selon l’enquête de police déclenchée après que l’arrivée de la victime au centre hospitalier à 5 h 30 ce 21 mai, le visage tuméfié, le jeune homme s’est pointé, accompagné par trois amis chez la victime. Elle dormait et a été réveillée à 1 h 17 par les coups frappés à la porte. Fracturée ensuite selon elle, ce que le prévenu a récusé. La police ne l’a en tout cas pas relevé dans ses constats.

Ensuite la bande de jeunes s’installe dans le salon, fume et boit. Se décrivant « apeurée », Estelle rappelle alors à un Merah passablement énervé, la nature particulière de leur liaison. Ils ont eu une relation sexuelle la semaine précédente.

Des propos qui ont le don de l’énerver. Il va blesser la victime avec des couteaux à la main et à la gorge. Des traces d’ADN des deux protagonistes seront retrouvées. Gifles, coups de poing et de pied ponctuent la séance de violence. (…)

Sud Ouest
(Merci à Docteur Bazooka)

Diam’s, porte-parole d’une génération ?

Denis-Constant Martin, directeur de recherches à la Fondation nationale des sciences politiques et spécialiste de sociologie de la musique, y analyse l’œuvre de la rappeuse Diam’s dans son livre « Quand le rap sort de sa bulle« , une œuvre qui est «autant digne d’étude que celle de Bach.»

Entre 2000 et 2007, Denis-Constant Martin enseigne la «Sociologie des musiques populaires modernes au département de musique de Paris 8 – Saint-Denis. Vu le succès de l’album de Diam’s, « Dans ma bulle« , il propose à ses étudiants d’en faire un sujet de recherche. «L’idée était de mettre en application des méthodes d’analyse qui combine sociologie et musicologie. Ce livre est le fruit d’un travail commun !»

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Tous les étudiants se mettent à décortiquer l’œuvre de la rappeuse. Paroles, notes, rythmes… tout y passe. Le prof gère la partie historique du rap, analyse ses valeurs et celle de Diam’s. Objectifs : démontrer que cette musique est autant digne d’étude qu’une symphonie de Bach et lutter contre les idées reçues. Dans son livre, l’auteur insiste : «il faut abandonner le cliché musique-des-cités qui lui colle au flow». (…)

Les fans de Diam’s seront ravis de lire que cette artiste mérite son succès. Selon Denis-Constant Martin, tout s’explique par « sa musique très soignée, la qualité de son écriture et de son flow. Implicitement, sans grandes prêches, cette rappeuse a porté dans le débat public le changement de valeurs en train de s’opérer dans la société. Des valeurs opposées, qui fonctionnent : individualisme et solidarité, tolérance en matière de mœurs sexuelles mais respect et importance de la famille… »

Respect Magazine

Intégration : « Tous les indicateurs sont positifs » selon le Figaro

Le Figaro publie les conclusions d’une étude réalisée par deux chercheurs, la sociologue Claudine Attias-Donfut et l’économiste François-Charles Wolff. En se basant sur un échantillon de 6000 immigrés et leurs 20 000 descendants, ils sont en mesure d’affirmer que « l’intégration est en marche ».

Tous les indicateurs sont positifs. Les plus pauvres ont clairement tiré profit de la migration. Pour autant, changer de pays ne les a pas plongés directement dans le rêve français, mais bien dans sa réalité. S’ils étaient démunis et peu éduqués, ils se sont retrouvés sur les mêmes rails que les prolétaires hexagonaux. Leurs enfants ont connu la même mobilité sociale. Pas plus. Les réussites éclatantes restent donc l’exception tandis que la masse a gardé le col bleu ou blanc.

Car l’école n’efface pas l’origine sociale des élèves. Qu’ils soient bretons, basques, ou algériens, leur sort sera similaire si leurs parents sont ouvriers. Les enfants d’immigrés auraient même tendance à mieux travailler. L’enquête confirme des spécificités que l’on pressentait. Les Asiatiques affichent les meilleurs résultats scolaires, bien au-dessus des autres. Les Maghrébins font mieux que les Français de souche, toute chose égale par ailleurs, mais ils ont investi des filières généralistes qui n’ont pas tenu leurs promesses et n’ont offert que peu de débouchés. Quand aux fils d’Africains, ils sont particulièrement nombreux en troisième cycle.

Selon le Figaro, « les auteurs de l’étude relèvent cependant «une difficulté spécifique aux enfants d’Algériens et aux descendants d’Africains». Ils quittent plus souvent le système scolaire, connaissent des parcours délinquants plus fréquents. » Mais tout cela ne doit pas obérer la réussite d’ensemble. Même si le quotidien convient que, concernant cette étude, « le tableau d’ensemble est touffu, trop sans doute, pour livrer un message simple. »   source

Est-ce parce que les conclusions de cette étude vont dans le sens de l’idéologie dominante que SOS Racisme n’a pas porté plainte pour « fichage ethnique » ?