Robert Badinter : homophobie = racisme

Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel français, ancien garde des Sceaux et ministre de la Justice.

Mi-décembre au Cameroun, une cour a confirmé une peine de prison prononcée contre un jeune homme en raison de son orientation sexuelle, de son homosexualité . Il y a trente ans, en France, en tant que ministre de la Justice, j’ai obtenu du Parlement que soient abrogées du code pénal les dispositions discriminatoires qui pénalisaient alors les homosexuels. Aujourd’hui comme hier, ma conviction est tout aussi forte : chaque adulte doit pouvoir disposer librement de son corps, et la sexualité entre adultes consentants doit relever de la sphère privée, de la vie intime, et non du code pénal. Trop de pays, dont beaucoup en Afrique, continuent d’incriminer les relations homosexuelles entre adultes consentants, légitimant ainsi des discriminations, voire des persécutions, contre des hommes et des femmes dont le seul tort est d’avoir une orientation sexuelle différente et moralement condamnée par la majorité de leurs concitoyens.

Il est temps que cela cesse et que le droit à disposer librement de son corps soit reconnu et protégé partout dans le monde. Car il ne s’agit pas ici d’un « caprice » ou « diktat » du monde occidental, comme je l’entends parfois, mais de la défense d’un droit individuel universel auquel chaque adulte doit avoir accès, quelles que soient sa nationalité, sa culture. L’Europe ou l’Occident en général n’ont d’ailleurs aucune leçon à donner sur ce sujet, car les homosexuels y ont subi pendant des siècles répression, persécutions et rejet, avant que la cause de l’égalité ne finisse par y triompher, au terme d’une prise de conscience collective et grâce à l’action résolue de nombreux militants.

Il est moralement inacceptable qu’au nom de préjugés homophobes, en eux-mêmes condamnables, soient punis de prison et parfois même de mort des êtres humains qui n’ont fait qu’user entre adultes consentants du droit fondamental de chacun à disposer de son corps. L’homophobie n’est rien d’autre qu’un racisme sexuel fondé comme tous les racismes sur l’ignorance, le préjugé et la violence. Nous devons combattre l’homophobie comme toutes les autres formes de racisme. (…)

Jeune Afrique

Pour Robert Badinter, « la lepénisation des esprits est toujours d’actualité »

L’ancien garde des Sceaux Robert Badinter (PS), qui avait inventé la formule « lepénisation des esprits » pour dénoncer la diffusion des thèses du Front national, a regretté dimanche que « le temps écoulé » n’ait fait que « renforcer ce constat ».

Lepénisation des esprits… J’ai été le premier à le dire et je suis navré de constater que le temps écoulé n’a fait que renforcer, hélas !, ce constat

, a déclaré le sénateur des Hauts-de-Seine sur Radio J. « De façon permanente, le climat entretenu autour des questions de sécurité et d’immigration a engendré une lepénisation des esprits, favorable à (Jean-Marie) Le Pen et aujourd’hui Mme Le Pen », a-t-il dit.

Evoquant le débat sur la laïcité récemment organisé par l’UMP, il a regretté qu’il ait été principalement « orienté vers nos concitoyens musulmans », qui n’ont pu le ressentir que « comme une sorte de mise en accusation (…), de ghettoïsation ». « L’exploitation du thème de la laïcité pour toujours pointer vers les mêmes n’est pas à l’avantage de l’unité républicaine », a encore déclaré l’ancien ministre du président François Mitterrand.

Le Midi Libre

Robert Badinter dénonce la «ghettoïsation morale des musulmans» (Vidéo)

L’ancien garde des Sceaux de François Mitterrand, Robert Badinter, dénonce avec virulence sur France-Inter le débat sur l’islam qui aboutit à la «stigmatisation» et à la «ghettoïsation morale des musulmans». Il estime que les derniers sondages sur les intentions de vote pour les élections de 2012 sont un «avertissement terrible» pour la droite et pour la gauche.

Le national-populisme triomphe dans toute l’Europe.

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Oumma.com

Robert Badinter contre le « populisme judiciaire »

Que pensez-vous de la proposition de Nicolas Sarkozy d’instaurer des jurys populaires en correctionnelle ?

C’est une forme de populisme judiciaire. Cela revient à dire : « Je n’ai pas confiance dans les magistrats correctionnels pour assurer comme il convient la répression. » Soyons sérieux ! Vous croyez que des jurés tirés au sort peuvent utilement contribuer au jugement d’affaires correctionnelles compliquées ? Vous les voyez dans l’affaire Clearstream ? Dans les montages financiers d’évasion fiscale ? Juger, c’est un métier, il faut un savoir et une expérience. J’ajoute que la réforme pose un vrai problème constitutionnel.

Des parlementaires UMP proposent d’abaisser la majorité pénale de 18 ans à 16 ans…

Là aussi c’est du populisme. Le côté « les jeunes nous menacent ». Un mineur et notamment un adolescent n’est pas un adulte en réduction ou un adulte plus jeune. C’est un être en devenir. Il faut absolument conserver une approche pénale qui prend en compte cette condition particulière de devenir [?].

Le Monde