L’immigration, un «problème factice»

Pour Michel Feher, philosophe, président de l’association Cette France-là, l’immigration est un faux problème qui permet d’occulter le «délabrement social».

Toutes les études sérieuses démontrent pourtant que l’immigration ne joue aucun rôle dans les problèmes économiques et sociaux qui affectent la France : en moyenne, les étrangers présents sur le territoire contribuent davantage qu’ils ne coûtent aux finances publiques et ne font pas plus croître le chômage que baisser le niveau des salaires.

Le réveil tardif des modérés de la droite ne doit pas faire illusion : même si le résultat des élections législatives semble leur ouvrir une petite fenêtre d’opportunité, on voit mal comment l’UMP pourrait fonder son projet de reconquête sur un programme dont l’attachement à la rigueur budgétaire et le combat contre l’assistanat seraient les seules composantes. […]

Bref, en dépit des remords exprimés par les nostalgiques de la droite d’avant Sarkozy, il est à craindre qu’en cas de désaveu d’une présidence «normale» insuffisamment audacieuse, l’alternance à venir permette à une coalition bleue-brune de s’imposer. […]

C’est donc parce que la stigmatisation de l’immigration lui permet d’occulter que la sauvegarde des rentes contribue au délabrement social qu’elle déplore qu’une fraction aussi importante de la population se montre réceptive aux discours xénophobes. Pour se dédouaner des conséquences funestes de l’adhésion au rêve néolibéral d’une société de propriétaires, il suffit en effet d’imputer la détérioration de ses conditions d’existence à l’accaparement des ressources raréfiées par les immigrés. […]

Libération

Le fabuleux lobbying de la finance américaine

Par Hélène Rey, professeur à la London Business School

Le lobby (vestibule, couloir) de la Chambre des Communes (Angleterre), 1886

Les universitaires commencent à se pencher attentivement sur le lobbying des institutions financières aux Etats-Unis. Un récent article de recherche pose une question importante : pourquoi la régulation du marché des prêts immobiliers a-t-elle été si défaillante avant la crise ?

La réponse des auteurs est simple et riche d’enseignements : les principales institutions impliquées dans les excès des marchés des « subprimes » sont également celles qui ont dépensé le plus d’argent dans le lobbying des députés américains. Entre 2000 et 2006, les institutions financières américaines ont investi de 60 à 100 millions de dollars par an pour faire du lobbying.

Il ne paraît pas exagéré de penser que ces institutions ont influé sur la qualité de la régulation mise en place sur ces marchés. La puissance de feu des institutions financières américaines en termes de lobbying est énorme. Dans la dernière décennie, le profit du secteur financier a constitué environ 40 % des profits totaux de l’industrie américaine, alors qu’il n’avait jamais excédé 16 % de 1973 à 1985.

Le secteur financier est engagé à présent dans un lobbying forcené pour limiter la réglementation sur les produits dérivés, et sur le marché des « credit default swaps » en particulier, au coeur de bien des stratégies spéculatives.

Durant les neuf premiers mois de 2009, les institutions financières ont dépensé aux Etats-Unis 126 millions de dollars pour influencer le Congrès.

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