Bac Nord de Marseille : presque tous les policiers réintégrés

L’ensemble des policiers de la brigade anti-criminalité (Bac) de Marseille accusés d’avoir eu des comportements de «ripoux» ont été réintégrés. L’information a été révélée par le site Mediapart mardi. Un seul d’entre eux n’aurait pas pu reprendre son service : l’homme qui a tenté de prévenir sa hiérarchie des dérives commises par ses anciens collègues.

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«Les 17 policiers de la BAC Nord mis en examen (…) ont tous été autorisés à reprendre leur travail, indique Mediapart. Même les sept policiers placés en détention provisoire pendant plus de deux mois pourront donc prochainement exercer sur la voie publique.» Cependant, ces policiers ne pourront plus exercer dans la BAC ou dans une unité en civil. [...]

Le Parisien

Merci à Lee H. Oswald

Nacira Guénif-Souilamas : «Un 21 avril a eu raison de toutes les illusions nourries sur l’exercice démocratique»

Nacira Guénif-Souilamas, sociologue et anthropologue, d’origine algérienne, redevenue française par «réintégration», n’attend rien de l’élection présidentielle.

Cinquante ans après la signature des accords d’Évian, vingt ans après avoir reçu ma première carte d’électrice, dix ans après avoir du voter contre mes convictions pour éviter le pire, est-ce tout ce qu’il me reste : voter pour du beurre, accepter d’abolir mon droit de vote à une raison politique vacillante ? Tout cela pour ça.

Pour ma part, l’inquiétude résulte de ce moment particulier qui tarde à venir, celui d’une décolonisation enfin accomplie et acceptée. Elle est pour l’heure différée par une matrice coloniale installée dans nos imaginaires et nos vies, entre oppression banalisée et silence complice. […]

Est-ce là donc le propos d’une écervelée de plus qui dispose du précieux droit de vote par erreur ? C’est possible : après tout je ne l’ai obtenu que tardivement. Mon premier bulletin portait sur le référendum de Maastricht, déposé dans une urne à 30 ans passés, une fois épuisée une procédure longue et mouvementée de réintégration dans ma nationalité de naissance[…].

Cette même année, un 21 avril a eu raison de toutes les illusions nourries sur l’exercice démocratique et sur les promesses qu’il lui revient de tenir. […] Si alors le portrait de la République était encore pimpant, voire pour beaucoup incomparable, à tout le moins regardable, depuis il s’est ourlé de convulsions politiques jusqu’alors dissimulées. Il s’est crevassé de toutes les haines que seuls les opprimés, les marginalisés et autres minorés colorés, migrants et descendants compris, connaissaient trop bien, de face, et de profil, au quotidien, dans leur expression routinière. Il est éclaboussé de toutes les vomissures d’un pays qui souffre d’indigestions identitaires répétées. […]

Le Nouvel Obs

Zhor, Fatah, Jihane, Ben, Ha et Mathurin : Ils veulent devenir français et voter

Chloé Leprince, de Rue 89, s’est rendue au bureau des naturalisations de la préfecture de police de Paris pour savoir si ceux qui demandent la nationalité française liaient leur démarche au droit de vote. Leur motivation sont diverses : Ne plus se sentir«humilié» ou faire barrage à «l’extrême droite».

Je cotise pour les impôts et tout le tralala. Il y a plein de trucs que je paye comme n’importe quel autre [sic] Français. (Fatah, Algérien)

Là, ils étaient trois Algériens, nés Français avant l’indépendance de 1962, à attendre que la préfecture acte leur «réintégration». Cette procédure est censée être moins longue que les trois années en moyenne que prend d’ordinaire une naturalisation.

Ben est lui arrivé en France à la fin de l’année 1980 pour entamer un troisième cycle de biologie. Sa thèse obtenue, il est resté. Il a enchaîné les missions d’intérim dans l’industrie pharmaceutique, épousé une Algérienne qui avait fui en France les années noires de l’islamisme. Ensemble, ils ont trois enfants nés en France et Ben dit qu’il est «Français qu’on le veuille ou non».

Fatah est arrivé en 1994 d’Algérie. Durant quinze ans et quatre albums, il fut l’un des chanteurs de l’Orchestre national de Barbès. […] Tant qu’il ne pourra pas glisser un bulletin dans l’urne, le musicien dit qu’il se sentira «humilié».

Parmi les plus jeunes, certains confient leur impatience à militer, alors même qu’ils ne votent pas ou faisaient jusqu’à présent peu de cas de leur citoyenneté dans leur pays d’origine.

C’est le cas de Jihane, 31 ans, Marocaine. Elle a commencé à voter au Maroc, et choisi «un parti islamiste mais pas trop, entre guillemets». Quand on objecte à Jihane qu’elle a déjà le droit de vote dans son pays mais ne l’utilise plus, elle qui vit encore largement au Maroc mais rêve d’accélérer les allers-retours pour s’établir définitivement à Paris. Jihane ne se sent pas Française. Pas davantage que Mathurin, Camerounais, qui affirme qu’il votera «évidemment». […]

Rue 89

«La France réinventée : les nouveaux binationaux franco-algériens»

Dans son livre, «La France réinventée : Les nouveaux binationaux franco-algériens», Séverine Labat, docteur en sciences politiques, chercheur au CNRS et à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales), analyse les demandes de nationalité française des jeunes algériens.

Nous sommes citoyens français, et nous sommes aussi Algériens.

Les chiffres d’Algériens naturalisés ou réintégrés dans la nationalité française retrouvent, ces dernières années, les niveaux de 1962 et 1963 avec plus de 17 000 en 2004, presque 20 000 en 2005, le record depuis 1964. Pourtant, de 1965 à 1990, le chiffre restait dans les eaux basses, autour d’un maximum de 1000 par an. Cela interpelle d’autant plus que les demandes de «papiers français» émanent bien sûr de la communauté émigrée, mais aussi de ressortissants algériens auprès des autorités consulaires en Algérie. [...]

L’auteure postule que les nouveaux binationaux revisitent «la mémoire coloniale», et «ils réalisent le rêve formulé par les ‘‘jeunes Algériens’’ et les partisans de l’assimilation, de réconcilier la nationalité et la citoyenneté, déconnectées durant la période coloniale».

Le franchissement vers un lien d’un nouveau type entre la France et l’Algérie est ainsi à l’œuvre. Sur l’autre versant, à l’opposé, les anciens d’Algérie, pieds-noirs, ou les harkis, sont, depuis 1962, «dans la douleur du manque d’Algérie», dans une espèce de «binationalité en creux», comme le dit Séverine Labat, une binationalité inversée, «algéro-française».

El Watan (lire les commentaires de l’article)

David M., Ivoirien et Français «tout court»

David M., 38 ans, est Ivoirien. Il est arrivé en France à l’âge de 12 ans dans le cadre du regroupement familial. L’administration vient de lui refuser sa demande de naturalisation française. Affirmant que que sa vie «est une vie française», il est prêt à se battre pour ce qu’il estime être «son droit».

 » Je ne vois pas en quoi je vais m’intégrer. J’ai été à l’école ici, je paie des impôts, mon enfant, ma famille sont français. Je suis là depuis 26 ans »

Des années 80 à aujourd’hui, quel bilan faites-vous de l’intégration ?

(…) Avec la crise, les enfants d’immigrés subissent encore plus.

Pour vous donnez un exemple, à la fin de mes études de logistiques, j’ai eu beaucoup de difficultés à trouver du boulot à cause de mon nom de famille. Tandis que mes camarades dits français en ont tout de suite trouvé un à la sortie de l’école. Je ne dis pas que tout le monde est raciste mais je vous assure que c’est une vraie difficulté, pour nous qui sommes d’origine étrangère. Mais j’aime ce pays, c’est mon pays d’adoption, je l’aime malgré le fait que la société me renvoie toujours à mes origines, qui représentent d’ailleurs une richesse pour moi.

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