École : l’offensive des mères voilées

Partout en France, des collectifs demandent l’abrogation de la circulaire Chatel de 2012 sur les sorties scolaires.

Hebergeur d'imageLes mères voilées repartent à l’offensive. Estimant que la circulaire Chatel de 2012 interdisant les sorties scolaires aux accompagnatrices voilées les «exclut de la vie scolaire de (leurs) enfants», que la charte de la laïcité de la rentrée 2013 n’a fait «qu’ajouter à la confusion» et que l’avis du Conseil d’État, rendu en décembre dernier, n’a rien réglé, ces mamans musulmanes, soutenues par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), se mobilisent contre une réglementation générale qu’elles considèrent comme «discriminatoire».

Regroupées en collectifs, elles «marquent des points», disent-elles, et font peu à peu «plier» les chefs d’établissement. [...]

Au CCIF, on affirme avoir reçu, «depuis la rentrée 2013, des centaines de demandes de mamans voilées exclues de sorties scolaires». «Des dizaines de cas se sont réglés après un travail de médiation, ajoute-t-on. Et, pour d’autres, on met en place une stratégie juridique.» Les mamans de «Sorties scolaires: avec nous !» ont, elles aussi, été contactées par d’autres mères de famille. «On leur explique qu’il faut se regrouper et réclamer un écrit des inspecteurs d’académie, raconte Ferouz Benamar, l’une des signataires de la lettre à Vincent Peillon. À Lyon et à Bordeaux, elles ont réussi.»

Dans la banlieue de Lyon, Ayche acquiesce : «Après une réunion avec l’inspecteur, il a accepté de faire passer un mot à toutes les écoles», précise cette mère voilée. Même succès dans le Nord, à Noyelles-sous-Lens. Sauf que les «ateliers lecture», qui ont lieu à l’intérieur des établissements, sont toujours interdits aux porteuses de foulard.

«On a juste droit aux sorties et on ne peut pas rentrer dans les classes !, s’énerve Naima Maalou. Moi, j’en resterai pas là !» [...]

Le Figaro

En Libye, les religieuses contraintes de quitter la Cyrénaïque

À quelques jours du deuxième anniversaire de la révolution contre le colonel Kadhafi, le 17 février 2011 à Benghazi, le vicaire apostolique de Tripoli, Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli, s’est inquiété auprès de l’agence vaticane Fides de la situation en Libye et notamment en Cyrénaïque (est).

« À l’occasion de l’anniversaire de la révolution, tout pourrait arriver », a mis en garde Mgr Martinelli, soulignant que, après avoir fait l’objet de pressions, la plupart des congrégations religieuses ont quitté la région. [...]

« À Tripoli également, où la situation est calme, nous avons reçu le conseil de la part de différentes sources de faire attention et de ne pas nous déplacer, poursuit l’évêque d’origine italienne. Il s’agit d’un avertissement qui a été adressé dans tous les cas à l’ensemble des Européens. La ville se prépare actuellement aux célébrations avec joie mais les mesures de sécurité ont été renforcées par crainte d’attentats. »

La Croix

Merci à LaurentLL

Boulogne/expulsions : « Ne pas mettre ces familles à la rue » (màj)

Addendum

Le ministre délégué à la Ville François Lamy doit discuter la semaine prochaine d’un dispositif pour accompagner les familles de jeunes délinquants dans les HLM avec la ministre déléguée à la famille Dominique Bertinotti et le président de l’Union sociale pour l’habitat (USH) Jean-Louis Dumont, a indiqué à l’AFP son cabinet.

« Il faut, bien entendu, que l’on ne mette pas ces familles à la rue », a souligné le ministre sur Europe 1. [...]

Sébastien Pietrasanta, maire PS d’Asnières, autre commune des Hauts-de-Seine, explique avoir « déjà demandé à des bailleurs sociaux la résiliation d’un bail locatif pour trouble de jouissance sans l’obtenir », soulignant « la réticence de certaines bailleurs et la lenteur de la justice dans sa prise de décision ». L’édile salue une « décision courageuse » tout en craignant que le problème se déplace « dans un autre quartier ».

7sur7.be

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Dans Carrément Brunet, Eric Brunet estime qu’il faut expulser les familles de délinquants du logement social. Il reçoit Moussa, qui affirme que sa famille n’a jamais eu vent du trafic de drogue du petit frère. Une auditrice avocate remet les pendules à l’heure là où Sonia Imloul (Respect 93) et Jean-Baptiste Eyraud (DAL) dénoncent la décision d’expulsion.

« Avec des membres du Front de gauche, on est en train de faire une pétition. Dans notre cité, il y a 180 logements. [...] Depuis 6 jeudi, on a déjà plus de 400 signatures. Donc ‘trouble du voisinage’, mais pourquoi est-ce que les gens signent la pétition ? Les gens nous soutiennent. » – Moussa

« Ils ne seront pas expulsés avant 2 ans, et certainement jamais. » – Marie, avocate

Sonia Imloul : On a quand même l’impression que c’est toujours les mêmes. On sait bien qu’il y a une monté du FN, y a quand même une montée de l’islamophobie… C’est encore l’histoire de l’Arabe, de l’Arabe délinquant. Et donc donc le restant de cette population va en subir les conséquences.

Eric Brunet : On sait pas si c’est des Arabes…

Sonia Imloul : Attendez, Moussa, c’est pas français !

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Reportage BFMTV

Merci à antibarbare

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Dans les GG de RMC, Alain Marschall semble justifier le trafic de drogue, ce qui met en colère Claire O’Petit. Même Etienne Liebig n’en revient pas.

« Et les commerçants locaux, ils étaient bien contents d’avoir l’argent liquide (de la drogue) quand ils venaient faire leurs courses etc. » – Alain Marschall

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Dans Bourdin & Co, un auditeur ancien habitant de la cité témoigne du mauvais climat qui y règne.

« Dans une de ces familles, la mère travaille dans une administration de la ville de Boulogne, je vais pas citer où… C’est quand même une administration qui est capable de donner des solutions à la police nationale. Donc je suis pas d’accord que la famille dise : « Ah bah non je suis pas au courant ! » [...] Pourquoi les habitants ont signé la pétition ? Parce que je pense qu’ils ont la pression de certains jeunes qui sont encore à l’heure actuelle dehors. » – Christophe

Christophe : Quand Marine Le Pen nous dit des choses, je suis 100 % d’accord avec elle ! Il faut…

Jean-Jacques Bourdin : Vous voulez que  je vous dise ? On va pas porter l’affaire sur le terrain politique !

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Malgré les nuisances, les habitants de la cité Pierre Grenier sont partagés sur l’expulsion des familles.

« C’est la responsabilité des parents par rapport à ce que font leurs propres enfants. C’est quelque chose de tout à fait normal, y a rien de choquant là-dedans. » – Etienne

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La pétition du Front de gauche en faveur des familles de délinquants, du 19 décembre 2012 :

Les militants du Front de gauche de Boulogne vont au contact des habitants la cité Pierre Grenier pour aider quatre familles menacées d’expulsion  à faire signer une  pétition  et demander le soutien de leurs voisins. Déjà près de 300 signatures ont été recueillies et de nombreux soutiens se sont exprimés.  De plus, les HLM prennent à la gorge ces familles modestes en exigeant qu’elles remboursent 3000 € de frais de justice des procès intentés contre elles. Ces familles, qui paient toutes leurs loyers bouclent difficilement leurs fins de mois. Ces pressions sont inhumaines et insupportables. [...]

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M6 avait évoqué cette affaire fin octobre 2012 :

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Le tribunal a ordonné l’expulsion de quatre familles dont les enfants dealaient en bas de leur immeuble et pourrissaient la vie des habitants, une première judiciaire. Les délinquants peuvent compter sur le soutien du Front de gauche, qui a lancé une pétition.

En Turquie, la pression monte sur les alévis et les athées

Ces dernières semaines, les alévis de Turquie, qui comptent entre 15 et 20 millions de membres, sont victimes de brimades de la part des autorités.

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La porte d’un appartement d’une famille alévie à Didim
« Mort aux alévis » (5 mai 2012)

Même phénomène pour les personnes faisant profession d’athéisme.

Qui sont les alévis ?

Les alévis sont souvent qualifiés de « progressistes » de l’islam. Courant hétérodoxe de l’islam, la confession alévie se base sur certains éléments chiites – adoration d’Ali et des douze imams – mais aussi sur des éléments chamanistes et mystiques. Ils ne pratiquent pas les cinq prières quotidiennes, ne se rendent pas à la mosquée mais dans des cemevi, ne font pas le pèlerinage à la Mecque ni le Ramadan. Ces dérogations aux « cinq piliers » poussent certains, parmi les alévis eux-mêmes, à douter de leur affiliation à l’islam.

Quels sont les récents revers qu’ils ont affrontés ?

En juillet, la Cour de cassation turque a décrété que les cemevis n’étaient pas des lieux de culte. Seules les mosquées bénéficient du soutien financier de l’État tandis que les cemevis restent à la charge de leurs membres. Quelques semaines plus tôt, le Parlement turc avait refusé de construire un tel lieu de culte en son sein.

C’est dans ce contexte qu’en juillet une famille alévie a évité de justesse à un lynchage dans la ville anatolienne de Malatya. Elle s’était plainte du passage dans son quartier d’un joueur de tambour qui, aux aurores, réveillait les sunnites lors du mois de Ramadan. Quelques jours plus tard, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, un fervent musulman sunnite, a lui même choqué en qualifiant de « monstruosité » l’une des cemevis stambouliotes.

À cela s’ajoute une autre décision de justice défavorable aux alévis. Un tribunal a refusé à une famille le droit d’obtenir une dispense pour les cours de religion obligatoire au collège. Critiqués pour la part prépondérante accordée à l’islam sunnite, ces cours ont valu en 2007 à la Turquie une condamnation de la part de la Cour européenne des droits de l’homme. Si, depuis, leur contenu a légèrement été modifié, les diverses associations alévis craignent la poursuite de la politique d’assimilation avec l’introduction d’un nouveau cours consacré à la vie du prophète de l’islam Mohammed, et facultatif… sur le papier. (…)

La Croix

Harry Belafonte met la pression sur le couple Beyonce-Jay Z

New York. Vendredi 17 aout 2012. CCN. Dans une récente déclaration à la presse l’ ex activiste Cari-Creole et africain-américain Harry Belafonte, qui a été très proche de Martin Luther King à ouvertement reproché a Beyoncé et de Jay-Z, de ne pas assumer leurs responsabilités «responsabilités sociales», envers la communauté noire.

En lançant cette polémique Belafonte a voulu interpeller cette nouvelle génération d artistes africains- américains, qui ont socialement réussi et qui ne semblent pas vouloir s’impliquer aux cotés des milliers de noirs américains laissés pour compte du «  Obama’s Dream » Mais les temps changent… (…)

Caribcréolenews

La panne de croissance met le gouvernement sous pression

La panne de croissance confirmée par les derniers indicateurs économiques met le gouvernement français sous pression en l’obligeant à des ajustements budgétaires inconfortables à six mois de l’élection présidentielle.

Valérie Pécresse et François Baroin

Alors que le gouvernement table encore sur une croissance de 1,75% en 2012, le consensus Reuters des économistes attend +0,9% à +1,0%. Paris s’est dit prêt à prendre acte du ralentissement économique en abaissant cette prévision et en prenant si nécessaire de nouvelles mesures.
L’incertitude porte désormais surtout sur le calendrier et la nature de ces nouvelles mesures.

Suite et commentaires sur Fortune

«Pour de nombreux musulmans, Nicolas Sarkozy reste aussi celui qui aura mis Rachida Dati, Fadela Amara au pouvoir»

Parcours de Marwan Muhammad, né en 1978 d’un père commerçant égyptien et d’une mère sage-femme algérienne. Il a cru à la gauche, puis s’est «recentré» sur l’islam». Aujourd’hui, il estime que la création d’une «force de pression» musulmane pourrait faire aboutir certaines revendications.

Aujourd’hui, Marwan qui renâcle à se définir comme «électeur musulman» cite pourtant, comme premiers critères de choix la Palestine ou «le respect des identités complexes».

Son père ne vote pas parce qu’il n’est pas Français mais pas dépolitisé pour autant, imprégné du non-alignement dans le sillage de Nasser ; sa mère marquée par la guerre d’Algérie durant laquelle elle fabriquait la poudre pour les Moudjahidins. Marwan est «cœur de cible» du PS qui tente de fédérer dans les quartiers populaires éclairés.

Pourtant, lui – qui choisit la finance après un échec en médecine «pour la simple raison que ce serait le secteur professionnel le moins discriminant pour quelqu’un de fort en maths» – en a justement nourri une amertume un peu féroce pour le PS. C’est cette amertume-là qui l’a tenu longtemps éloigné des bureaux de vote, même s’il confie plutôt une sensibilité de gauche : «Le racisme de droite ; il est identifiable et il a de gros sabots. Le racisme de gauche est plus diffus et il se positionne sur des thèmes progressistes qu’on n’a pas envie de démolir a priori.» […]

Est-il plus impliqué aujourd’hui dans le jeu électoral parce qu’il se sentirait davantage discriminé ? «Peut-être», même si Marwan souligne aussi que «pour de nombreux musulmans, Nicolas Sarkozy reste aussi celui qui aura mis Rachida Dati, Fadela Amara au pouvoir».[…]

«On ne voulait pas d’électorat musulman et voilà qu’une génération de musulmans arrive en âge de voter. Imaginez qu’on construise un lobby, une force de pression sur des entreprises ou des hommes politiques au niveau local, qui se structure autour de certaines questions de société.»

Rue 89

Saint-Gratien (95) : Pression d’une association musulmane pour obtenir une salle de prière

L’Association des musulmans de Saint-Gratien met la pression sur la maire (UMP), Jacqueline Eustache-Brinio, qui avait évoqué un «islam radical», afin d’obtenir une salle de prière. A la fin du ramadan, quatre hommes auraient refusé de lui serrer la main.

Après s’être vu interdire de prier au city stade, comme la semaine précédente, deux cents musulmans s’étaient réunis place du Forum. Après quoi la maire, Jacqueline Eustache-Brinio, avait pris un arrêté interdisant les rassemblements cultuels sur la voie publique.

Ali Mecis, le président de l’Association des musulmans de Saint-Gratien, préfère ne pas être pris en photo. Musulman pratiquant et barbu, il craint que le cliché soit détourné par des anti-musulmans. Ambulancier à Epinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis, il ne tient pas, non plus, à ce que le lien soit établi entre ses pratiques religieuses et son activité professionnelle. Karim, le secrétaire de l’association, lui, ne porte pas la barbe, mais il ne veut pourtant pas non plus apparaître en photo. Informaticien, il dit ne pas y être prêt. […]

Calmement, les deux hommes expliquent pourquoi ils réclament un lieu de prière dans leur ville. Ils veulent surtout réagir au discours formulé lors de ses vœux par la maire (UMP) Jacqueline Eustache-Brinio. Dans une salle Brassens archicomble, qui l’avait vivement applaudie, l’élue avait parlé d’un «combat à mener contre un islam radical avec lequel aucun dialogue n’est possible».

La Parisien

Aiat Fayez : «Je fais mes valises» (2)

Le 14 octobre, Libération avait publié un premier texte de Aiat Fayez intitulé «Je fais mes valises», dans lequel il expliquait qu’il allait quitter la France en raison «de la xénophobie ambiante» (Fdesouche). L’équipée se poursuit en Hongrie où il entreprend les démarches pour obtenir un titre de séjour.

« Elle constate que j’ai suffisamment d’argent sur un compte bancaire pour tenir quelques années en Hongrie »

Dans le taxi qui me mène de l’aéroport au centre-ville de Budapest, le chauffeur remarque mon anglais teinté d’accent français : il me regarde dans le rétroviseur avec un sourire. «J’adore la France !», dit-il en français. Je souris. Mais il insiste. Il énumère les villes qu’il aimerait visiter. Il s’essaie à l’accent français. «Vive la France !» J’essaie de regarder l’extérieur, de retrouver le calme. Pendant un feu rouge, au centre-ville, deux femmes font la manche entre les voitures. Le chauffeur me regarde dans le rétroviseur : «Nous, on a les Tsiganes. Vous, vous avez les étrangers.» Je ne sais pourquoi je me sens obligé d’acquiescer vaguement de la tête. (…)

Suite sur Libération (Merci à Grichka)

Aiat Fayez : «Je fais mes valises»

Aiat Fayez, écrivain, est arrivé en France il y a dix ans pour y faire des études de philosophie. Il ne supporte plus le «mépris», «l’atmosphère», la «pression» envers les étrangers devenus, d’après lui, insoutenables. Il fait ses valises.

 » Je ne vais plus demander le renouvellement de mon titre de séjour annuel. Je ne veux plus rester ici. Je ne peux plus affronter le regard des Français. »

Je fais mes valises. Je range mes affaires. Je débarrasse ce qui ne servira à rien. Je vends ce qui peut se vendre. J’emporte le minimum, qui est déjà de trop. J’aurai quatre valises en tout et pour tout. Ma vie se résume à quatre valises. A 31 ans. Dix ans après avoir foulé le sol français pour faire des études de philosophie. Le thésard abdique. Il n’a pas le temps de terminer sa thèse.
Des aléas ont assiégé ses projets. Des aléas presque subjectifs. Des aléas que le thésard perçoit, que je perçois (pourquoi me cacher ? Par peur de qui maintenant que je suis derrière l’ordinateur ?) un peu partout autour de moi. Il y a d’abord le sentiment que l’opinion publique se durcit jour après jour. Puis il y a la constatation que les gens dans la rue me regardent autrement. (…)

Suite sur Libération

Extrait de Cycle des manière de mourir, P.O.L. (2009) :

L’étranger aujourd’hui ne peut plus sortir de chez lui. S’il sort de chez lui, l’étranger est torturé rien qu’à l’idée de la haine qui l’entoure. Pour marcher dans la rue, l’étranger doit baisser la tête, se faufiler pour ne pas se faire remarquer. Pour arriver dans sa rue, pour atteindre sa maison, l’étranger en vient à marcher à quatre pattes.

Editions P.O.L

La remontée des inégalités en France…

… une évidence trop mal connue.

Que la situation des gens modestes et des classes moyennes se soit dégradée depuis le milieu des années 90, tout le monde en est conscient. Les ravages du chômage, la montée de la précarité, la pression sur les salaires, de nombreux facteurs ont contribué à cette dégradation. Mais la mesure exacte de cette dégradation et surtout l’évolution des situations relatives des français sont peu connus.

L’INSEE diffuse beaucoup de chiffres d’évolution des moyennes, ou d’évolution de la situation des bas revenus et de la pauvreté selon la définition officielle, mais peu de mesures par tranches de revenu, particulièrement vers les revenus élevés. De ce fait, la mesure des inégalités ne fait pas partie des paramètres de notre société qui sont facilement accessibles.

Le débat est également obscurci par le fait que les mesures les plus synthétiques ne traduisent pas à première vue une dégradation de la situation des salariés. D’une part le partage de la valeur ajoutée des entreprises ne semble pas se dégrader au détriment des salariés, d’autre part le pouvoir d’achat moyen (revenu corrigé de l’inflation) augmente régulièrement (1% à 2% par an depuis plus de 20 ans).

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France : le creusement des inégalités devrait continuer

Une étude de l’INSEE, parue le 02 avril 2010, illustre la très forte augmentation, entre 2004 et 2007, du nombre de personnes à très hauts revenus (information donnée hier sur Fortune). Plus généralement, l’augmentation des inégalités est mise en évidence par l’Institut. Selon lui, elle s’est poursuivie sur la période précitée et devrait s’amplifier encore.

A l’autre bout du spectre [des revenus], le taux de pauvreté connaît «une relative stabilité après une longue baisse», a expliqué Jean-Louis Lhéritier, un expert de l’INSEE, lors d’une conférence de presse. En 2007, le seuil de pauvreté correspond à un niveau de vie de 908 euros par mois et concerne 13,4% de la population, soit huit millions de personnes.

Pourquoi y a-t-il un creusement des inégalités ?

Parce qu’il y a une «déformation très importante de la hiérarchie des salaires».

D’une part, «il y a de plus en plus de bas salaires, de plus en plus d’embauches au SMIC», explique Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE, «car il y a une pression très forte pour réduire les coûts du travail». Un phénomène couplé avec l’externalisation des emplois les moins qualifiés, qui ne profitent pas des avantages sociaux de l’entreprise principale.

D’autre part, «pour ceux qui ont des compétences particulières, il y a une augmentation très importante des rémunérations», analyse Henri Sterdyniak. Pour éviter de voir ces cadres fuir à l’étranger, ils sont notamment rémunérés avec des stock options. Conséquence : ils ont intérêt à ce que la rémunération du capital soit la plus forte, en limitant [notamment] les salaires.

Plus globalement, pour Nicolas Bouzou, économiste et dirigeant de la société d’analyse Asterès, le «problème fondamental est celui de la croissance. Le PIB a peu augmenté, alors que la part des classes supérieures a beaucoup grossi». La part du gâteau à se partager, pour les classes moyennes et les plus pauvres, est donc plus mince.

«On assiste à un écrasement des classes moyennes, dont les salaires ont moins l’occasion de progresser», explique Nicolas Bouzou. «On est passé d’une société en pyramide à une société en sablier», selon un processus décrit par Jean-Marc Vittori. «C’est un phénomène très structurant pour l’économie, la consommation. On n’aurait par exemple pas un tel débat sur le bouclier fiscal, s’il n’y avait pas un problème» de redistribution, analyse l’économiste.

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