Christine Rodier est maître-assistante à l’Institut de sciences sociales des religions contemporaines, à l’Université de Lausanne. Elle est l’auteure d’une thèse de doctorat, soutenue en 2012 à l’Université de Strasbourg : Manger pour croire : le halal comme incorporation d’une norme. Étude transgénérationnelle de descendants de migrants berbères » :

Nous allons essayer dans notre propos suivant de déconstruire ce que nous appelons l’approche « essentialiste » des populations dites « musulmanes », forme de « catégorisation » de l’être musulman pour montrer au contraire que la consommation halal s’imbrique dans une libération des pratiques alimentaires définissant des appartenances et pratiques multiples [...]
Ces mangeurs que je qualifie de « mangeurs consommateurs » se différencient de leurs ainés en exprimant une grande lassitude pour les plats traditionnels de leurs parents. Au contraire, ces derniers désirent manger des plats dits « français » auxquels ils s’identifient (comme la plupart des jeunes de cette classe d’âge), étant eux-mêmes nés sur sol français. Pour le « mangeur consommateur », acheter des produits certifiés halal permet d’introduire de nouveaux aliments et de varier les pratiques alimentaires tout en ne s’opposant pas à la norme communautaire.
C’est pourquoi, manger halal traduit moins à un retour du religieux ou à un phénomène de communautarisation de la part de musulmans, mais plutôt une quête effrénée vers des pratiques alimentaires de plus en plus diversifiées dans la société française actuelle.
Le Monde (Merci à Bintz)
