Raphaël Liogier : «Les musulmans doivent descendre dans la rue»

Avec son dernier ouvrage «Le mythe de l’islamisation : essai sur une obsession collective», Raphaël Liogier, professeur de sociologie à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et directeur de l’Observatoire du religieux, réfute l’idée que les musulmans seraient sur le point d’envahir l’Europe. Plutôt que de faire naître l’islamophobie, ce «mythe» nourrit, selon le sociologue, le regard paranoïaque à l’égard des musulmans, sur un continent en pleine crise identitaire. Interview sur saphirnews.

L’extrême droite n’existe plus car elle est au milieu de l’échiquier politique avec Marine Le Pen. En 2012, ce mythe est arrivé à son summum. Mes vœux pour 2013 : qu’il y ait un changement majeur de ce côté

Comment lutter contre ce mythe ?

Il faut déjà faire le bon diagnostic, trouver la vraie maladie. Sans cela, on fait des choses dans le vide. Ce diagnostic doit être précis. Il n’y a pas vraiment de phobie de l’islam mais l’existence d’un théâtre paranoïaque. On suppose que les musulmans veulent imposer leur manière de vivre. C’était l’objectif de ce livre : montrer qu’il n’y a pas de complot des musulmans.

On suppose que les musulmans veulent imposer leur manière de vivre. C’était l’objectif de ce livre : montrer qu’il n’y a pas de complot des musulmans.

Il faudrait, en plus, qu’il y ait un mouvement social des musulmans, qu’ils sortent défiler dans les rues. On n’entend pas les musulmans. Ne pas les voir est plus suspect. Une mobilisation de leur part pourrait créer un nouveau rapport de force. La troisième solution est que l’on puisse s’identifier à des héros positifs musulmans. […]

saphirnews

Raphaël Liogier : Merah, «un individu qui n’est pas plus musulman que je suis curé de campagne»

Les Inrocks ont rencontré le sociologue des religions, Raphaël Liogier, auteur d’un essai «qui bat en brèche le fantasme d’une islamisation de la France» et dans lequel il affirme qu’il s’agit d’une «obsession collective».

Le discours majoritaire de ces gens que l’on pensait salafistes nous a surpris. C’est un salafisme new age, ultra-individualiste, un salafisme de distinction qui n’est donc pas prosélyte : si tout le monde fait pareil, ça n’a plus d’intérêt

Dans la paranoïa, on suppose une intention maligne même quand il n’y a rien. Dès que l’on voit un petit truc, on pense que c’est davantage que sa manifestation visible. C’est l’équivalent de l’hypocondrie. Comme un petit bouton sur le visage qui serait révélateur d’un cancer. C’est pour ça que l’islamisation est vécue comme la mise à mort de l’identité européenne, qui serait déjà métastasée.

On a trois sandwichs halal dans un Quick ou quatre filles voilées dans la rue et ça devient d’un seul coup un problème de société dont tout le monde s’empare. Le paranoïaque se croit dans une situation d’urgence qui justifierait n’importe quel moyen d’intervention (lois liberticides, etc.). […]

Les Inrocks (Merci à Zatch)