Le Maroc et l’abus des migrants noirs

Khadija Ryadi dirige l’Association marocaine des droits humains (AMDH), une ONG fondée en 1979 et membre de la fédération internationale des droits de l’homme.

Née en 1960 dans la ville hospitalière de Taroudant, elle dénonce « C’est une chasse aux noirs pas aux migrants, fustige-t-elle. Cette violence à leur encontre est préméditée et encouragée par les autorités qui incitent les populations à leur rendre la vie difficile. Tout cela pour les dissuader de venir au Maroc ! D’ailleurs, des Marocains vont jusqu’à affirmer que ce sont les noirs qui développent le sida et la prostitution dans le pays. Pis, insiste-t-elle, parfois des épiciers refusent de leur vendre quoi que se soit ! » (…)

En juillet, Médecins Sans Frontières, a indiqué qu’ils ont traité de nombreux migrants subsahariens au Maroc pour des blessures résultantes de violences corporelles. Les migrants ont affirmé avoir été battus par la police marocaine. Au cours d’incarcérations à Takadoum, de nombreux migrants ont déclaré qu’ils avaient été forcés à danser à la musique reggae devant des officiers qui se moquaient d’eux. Certains ont dit qu’ils avaient été victimes de sévices sexuels avec des objets et d’autres étaient obligés de faire une fellation.

« Nous rêvons tous de revenir dans nos pays », à lâcher une femme native du Niger qui a raconté avoir été agressée sexuellement par la police marocaine. « Je préfèrerais vivre l’enfer chez moi plutôt que de rester ici. »

Les immigrés de l’Afrique subsaharienne sont en effet souvent victimes d’agressions, parfois mortelles. En mars dernier, un étudiant guinéen a été tué à coups de couteau par un jeune marocain qui voulait lui dérober de l’argent et son téléphone portable. Le meurtre a eu lieu pendant la nuit. Au moins 29 immigrés sont descendus de chez eux pour défendre leur frère qui était déjà mort. Mais lorsque les policiers sont arrivés, ils les ont tous reconduits à la frontière, leur rappelant qu’ils n’étaient pas chez eux et qu’ils devaient accepter tout ce qui leur arrive. Quant au meurtrier, il n’a même pas été interpellé. (…)

L’Encrenoir