Israël: la contraception pour lutter contre l’immigration

Des Israéliennes d’origine éthiopienne affirment avoir été forcées à prendre un contraceptif de longue durée, il y a huit ans, afin de pouvoir immigrer en Israël. Y-a-t-il eu volonté d’une politique de contrôle des naissances sur la population juive éthiopienne?

L’affaire a fait scandale en décembre dernier, après la diffusion à la télévision israélienne d’un documentaire choc dans l’émission d’éducation Vacuum. Dans ce film, 35 femmes éthiopiennes reviennent sur les conditions de leur alya (montée en Israël), il y a huit ans. Elles affirment avoir été forcées à prendre du depo provera, un contraceptif de longue durée, faute de quoi elles n’étaient pas autorisées à immigrer en Israël.

Selon leurs témoignages, les injections avaient lieu dans des camps de transit, en Ethiopie. Parmi les diverses organisations juives sur place, le Joint (American Jewish Joint Distribution Committee) les aurait incitées à prendre ce contraceptif. Certaines racontent qu’elles étaient «effrayées» et qu’on leur faisait croire qu’il s’agissait d’un vaccin.

Quel était le but de ces injections? Il n’y a pas de réponses claires. Pour la journaliste Gal Gabbay, le racisme serait l’une des motivations:
 

«Le racisme est pernicieux. Ce n’est jamais officiel. Ce n’est pas une personne à proprement parlé qui a donné un ordre mais tout cela était très organisé, cela a pris des années : depuis 1994 jusqu’à aujourd’hui. Donc je ne peux pas dire qu’Israël ne voulait pas d’enfants noirs mais je peux dire que quelque chose de très mal est arrivé. S’il s’était agit de femmes européennes ou américaines, leur aurait-on donné cette injection aussi naturellement? Systématiquement?

L’immigration des juifs d’Ethiopie a depuis toujours représenté un défi pour l’Etat hébreu. Une grande majorité de la communauté éthiopienne vit dans des quartiers populaires, aux allures de ghetto. Les enfants fréquentent des écoles à part et les jeunes d’origine éthiopienne sont moins diplômés que le reste de la population, même si ces dix dernières années, l’écart s’est réduit.

En 2012, plusieurs incidents ont ravivé les tensions sur la question sensible de l’intégration de la communauté éthiopienne dans la société israélienne. Des habitants et des agents immobiliers de Kiryat Malachi dans le sud du pays ont notamment refusé de vendre ou de louer des appartements à des Éthiopiens. Des actes condamnés par le gouvernement israélien. Pour dénoncer ce racisme et ces discriminations dont ils sont victimes, plusieurs milliers de juifs d’Ethiopie sont descendus dans la rue pour réclamer une loi contre le racisme. Mais beaucoup avouent que ce sont surtout les mentalités qui doivent changer.

Dans l’afaire du Depo-Provera, plusieurs victimes ont annoncé vouloir porter plainte contre les autorités israéliennes. L’Etat hébreu vient de son côté d’ordonner une enquête.[...]

Slate

Israël pratique l’injection de contraceptifs de longue durée sur les migrantes éthiopiennes (Slate Afrique)


28/01/13

Une source gouvernementale a pour la première fois reconnu la pratique d’injection de contraceptif de longue durée sur des femmes d’origine éthiopienne, rapporte le site du quotidien Haaretz.

Israël admet des femmes éthiopiennes dont il pourra contrôler les naissances, résume le quotidien.

Le ministre de la Santé a demandé à tous les gynécologues et aux quatre organisations de santé du pays de ne pas injecter  le contraceptif de longue durée Depo-Provera , s’ils ne connaissent pas les raisons du traitement.

L’Etat était-il au courant de ces pratiques?

«Le ministère et d’autres organismes d’État avaient précédemment nié avoir eu connaissance  de ses pratiques, qui ont par ailleurs été signalées pour la première fois il y a cinq ans», précise le site du quotidien Haaretz.

Une lettre a été envoyée à tous les gynécologues. Le message est clair: ne pas renouveler les prescriptions de Depo-Provera pour les patientes d’origine éthiopiennes.

Six semaines plus tôt, sur un programme éducatif de la télévision israélienne, le journaliste  Gal Gabbay diffusait les témoignages de 35 migrants éthiopiens.

 «Les témoignages des femmes pourraient contribuer à expliquer la baisse de près de 50 pour cent du taux de natalité de la communauté éthiopienne d’Israël au cours de la dernière décennie», poursuit Haaretz.

Les migrantes éthiopiennes n’avaient pas encore foulé le sol israélien, qu’elles se voyaient contrainte d’accepter l’injection du contraceptif sous le coup de la menace. (…)

Slate Afrique


24/02/10