Alain Duhamel : «Mélenchon travaille d’arrache-pied à briser la gauche en deux.»

Chronique d’Alain Duhamel dans Libération.

Jean-Luc Mélenchon exagère toujours, c’est son tempérament, son style, son talent, sa méthode. [...] Sa grande réussite, c’est qu’il suscite à la gauche de la gauche un authentique culte de la personnalité.

Son grand échec est que ce phénomène se produit au détriment de la gauche réformiste, au bénéfice de la droite et de l’extrême droite. Il redonne des couleurs à la gauche de rupture mais rend l’espoir d’une revanche à l’UMP et offre celui d’une percée au Front national.

Jean-Luc Mélenchon draine des dizaines de milliers de manifestants et des millions de téléspectateurs, mais en un an son image s’est lourdement dégradée. Le terrible sondage Ifop-Journal du dimanche, publié le week-end dernier, établit qu’aux yeux des Français il apparaît nettement plus sectaire que Marine Le Pen, plus éloigné qu’elle de leurs préoccupations et moins novateur.

Marine Le Pen s’est affublée d’un masque, Mélenchon a préféré se costumer en capitaine Fracasse.

La présidente du FN revendique désormais un conservatisme ultranationaliste qui se veut protecteur et en apparence rassurant. Le coprésident du Front de gauche joue les épouvantails, brandissant un changement de régime (la VIe République), un bouleversement économique, une brusque rupture sociale. […]

Ce n’est pas le pire. Mélenchon travaille d’arrache-pied à briser la gauche en deux. A la gauche réformiste, il oppose une gauche de révolte. A la gauche de gouvernement, il oppose une gauche de protestation. […] Querelle qui ne cache pas son véritable objectif : construire son destin sur les ruines de la social-démocratie. Pour le plus grand bénéfice, cela va de soi, des libéraux et de l’extrême droite.

Libération

Manif de Mélenchon : l’Internationale chantée le poing levé, la Marseillaise aurait été sifflée… (MàJ)

Le discours se termine au son de l’Internationale, poing levé pour la moitié (communiste ?) de la foule. Suivie de La Marseillaise, sous les sifflets et les huées d’une partie de l’assemblée. Les autres chantent.

Rue89

Contrairement aux assertions de Rue89, il ne semble pas que la Marseillaise ait été sifflée…En tout cas, pas de manière significative.

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Le match des extrêmes : Le Pen convainc plus que Mélenchon

SONDAGE – les Français jugent plus crédibles les solutions de la présidente du FN face à la crise que celles de Jean-Luc Mélenchon.

Après Marine Le Pen, c’est au tour de Jean-Luc Mélenchon de battre le pavé parisien. Animateurs de la dernière campagne présidentielle, la patronne du Front national et celui du Front de gauche profitent à plein de l’impopularité de François Hollande, de l’aggravation de la crise économique et d’une opposition divisée. Un an après la victoire des socialistes, une partie de la gauche descend dans la rue pour protester… comme l’a fait l’extrême droite le 1er mai. Lancés dans une course pour séduire les couches populaires et les déçus du hollandisme, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon occupent le terrain et les médias.

Les deux progressent de manière différente. Selon le sondage Ifop pour Le Journal du Dimanche, la stratégie d’opposition de Mélenchon ainsi que son style sont loin d’être validés par les Français, notamment ceux de gauche. Il est jugé « sectaire » par 63% (+ 10 par rapport à mars 2012) des personnes interrogées, dont 67% au PS et quand même 31% au Front de gauche. Son « parler cru et dru » ne séduit pas toute la gauche. Plus embêtant, sa capacité à « changer les choses » chute en un an de 66% à 56%. Son aptitude à comprendre les problèmes des Français passe de 58% à 44%. Bref, ce sondage percute de plein fouet l’ambition de Mélenchon d’apparaître comme une alternative à l’intérieur de la gauche. Seuls 25% des sympathisants socialistes estiment qu’il a des solutions pour sortir le pays de la crise.

Marine Le Pen récolte de meilleurs résultats que le patron du Front de gauche. Ses solutions pour sortir de la crise – pourtant plus radicales, comme la sortie de l’euro – sont validées par 37% des sondés, (10 points de plus que Mélenchon). Dans le détail, seuls 30% des sympathisants UMP la jugent crédible. « Tout se passe comme si les électeurs de droite la voyaient plus comme un aiguillon que comme quelqu’un porteur d’une alternative crédible », note Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’Ifop. Attractive mais pas encore crédible, elle est minoritaire dans toutes les catégories sauf les ouvriers. La bataille des idées est loin d’être gagnée. De la même manière, 47% des Français la jugent apte à comprendre leurs problèmes. Un résultat surprenant qui traduit peut-être une forme de « banalisation » du FN.[...]

JDD

Manifestation : Le ministre Benoît Hamon met en garde Mélenchon, Vallaud-Belkacem et Désir raillent ses «vociférations» (MàJ)

Le ministre de l’Economie sociale, Benoît Hamon, met en garde les manifestants qui s’apprêtent à défiler dimanche à l’appel du Front de gauche contre un «échec de la gauche au pouvoir », qui serait «fatal». «Il faut faire preuve de discernement dans les motivations de toutes celles et ceux qui manifestent», estime sur le site du Journal du dimanche le ministre, membre de l’aile gauche du PS.

Addendum 05 05 02013 : Vallaud-Belkacem et Désir raillent les vociférations» de Mélenchon

La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, et le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, ont opposé samedi 4 mai le pragmatisme gouvernemental à «l’impuissance politique» de Jean-Luc Mélenchon et ses «vociférations», à la veille de la manifestation à Paris du Front de gauche.

«Si c’est pour renvoyer tout le monde dos à dos, si c’est pour mettre tous les responsables politiques, gauche, droite, dans un même sac, on sait à quoi cela conduit», a déclaré Najat Vallaud-Belkacem. […]

Le Nouvel Obs

«Tout ça préparerait le terrain à l’arrivée, non pas d’une autre gauche au pouvoir, mais d’une droite radicale voire de l’extrême droite», prévient le ministre.

Le Front de gauche et M. Mélenchon veulent faire du défilé «contre l’austérité, contre la finance et pour une VI République» de dimanche une démonstration de force. Ils estiment que le nombre de 100.000 manifestants serait «un triomphe».

Selon Benoît Hamon, «il peut y avoir la tentation pour certains de souhaiter l’échec de la gauche au pouvoir». « Je pense que ça serait fatal», met en garde M. Hamon à l’adresse du co-président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui multiplie les attaques contre le gouvernement

Il se montre plus compréhensif avec le Parti communiste qui, selon M. Hamon, «ne fait pas une manifestation contre la gauche mais pour un certains nombres d’idées». «Si ça doit passer par une mobilisation dans la rue, soit», dit M. Hamon.

Le Figaro

David Assouline (PS) : Mélenchon a «une stratégie absolument suicidaire»

Interrogé par Radio Classique et Public Sénat sur celui qui avait appelé à voter François Hollande dans l’entre-deux tours de 2012, le sénateur de Paris David Assouline a relevé que Jean-Luc Mélenchon avait «sonné la charge dès la fin du mois d’août l’année dernière, parce qu’il est dans une stratégie à mon avis absolument suicidaire».

Cette stratégie consiste «à miser sur l’échec de la gauche», selon David Assouline. «Il a tort parce que dans l’Histoire, à chaque fois que la gauche de la gauche a considéré que c’était la stratégie à employer, l’alternative a toujours été la droite».

« Il y a une gauche et une droite dans le pays, et la gauche, c’est François Hollande», selon le porte-parole socialiste.

Le Front de Gauche, dont Jean-Luc Mélenchon fut le candidat à l’Elysée, a appelé à une manifestation nationale dimanche à Paris.

Le Figaro

Vote FN des ouvriers : selon Le Monde, « Jean-Luc Mélenchon se trompe »

Invité de la matinale de France Inter mardi 30 avril, Jean-Luc Mélenchon a interpellé le présentateur de l’émission, Patrick Cohen, sur l’attention – démesurée selon lui, portée par les médias au vote frontiste des ouvriers.

Ce qu’il a dit : « La première chose que vous [les journalistes] trouvez à faire c’est de citer les ouvriers, combien y-a-t-il de patrons et proportionnellement combien cela représente par rapport au total du patronat ? Combien y-a-t-il de classes supérieures proportionnellement qui votent Marine Le Pen, les gens qui gagnent plus de 10 000 euros ? »

Pourquoi il a tort : Selon des études récentes, mais aussi les sondages de sortie des urnes du premier tour de la présidentielle, les ouvriers sont plus nombreux à voter Front national que les classes supérieures ou les « patrons ».

En 2013, Marine Le Pen séduit surtout les classes les plus pauvres

D’après un sondage Harris Interactive réalisé entre le 5 et le 8 avril 2013 sur les « traits d’image » de Marine Le Pen, 51% des CSP-, dont font partie les ouvriers, estiment que l’expression « a de bonnes idées pour la France » correspond « plutôt bien » à Marine Le Pen contre 33% des CSP+. [...]

Le Monde

Populisme. Mélenchon/Le Pen : «Ne pas mélanger les révoltés et les apprentis sorciers, les indignés et les bornés»

Jack Dion, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, s’indigne que Jean-Luc Mélenchon puisse être comparé à Marine Le Pen.

Quoi qu’on pense de Jean-Luc Mélenchon, il est reconnu comme un homme de gauche respectueux des valeurs républicaines.

Une campagne sournoise se fait jour qui consiste à diaboliser Jean-Luc Mélenchon et à l’assimiler en permanence à Marine Le Pen, au nom de la dénonciation des « populismes » (sic). Mais en quoi le FDG est-il comparable au FN ? Que cherchent ceux qui blanchissent ainsi la dirigeante de l’extrême droite ?

Maintenant, on ne dénonce plus l’extrême droite, ou rarement, mais «les extrêmes». C’est pratique, «les extrêmes». On peut y mettre tout et n’importe quoi. On peut notamment y mélanger le FDG et le FN, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. […]

En vertu de quoi on en conclut soit que les deux mouvements susdits sont également dangereux pour la démocratie, soit qu’ils sont tous les deux critiquables mais respectables. C’est injurieux pour l’un, inespéré pour l’autre, et dangereux pour tous.

En tout cas, rien de ce que dit le FDG ne peut être comparé à la démagogie d’un Front National qui détourne la colère populaire vers le rejet de l’autre, alimentant le réflexe xénophobe, le repli identitaire, voire le racisme larvé qui demeurent dans l’ADN de l’extrême droite.

Serait-ce trop demander que de plaider pour un retour à un minimum de sérénité afin de ne pas mélanger les choux et les carottes, les révoltés et les apprentis sorciers, les indignés et les bornés, les militants de la gauche radicale et les affidés de l’extrême droite pure et dure ?

Tout le monde y gagnera, à gauche comme dans la droite républicaine. La seule qui pourrait y perdre est Marine Le Pen. Mais qui s’en plaindra ?

Marianne