Jean-Claude Michéa à propos du décès d’Hugo Chavez (Vidéo)

« En Amérique Latine, contrairement à la gauche occidentale, les différentes gauches ont su conserver un rapport minimal avec la vieille tradition socialiste, dans laquelle la notion de patrie joue un rôle central. »

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Enracinement et universalisme, par Jean-Claude Michéa

1/ Pourquoi les élites font-elles l’éloge d’un mode de vie nomade et itinérant ?

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Contrairement à l’illusion que s’efforcent de répandre les classes dirigeantes, il faut rappeler, en effet, que le fameux « tourisme de masse » ne met en jeu que 4% de la population mondiale et que l’immigration, au sens strict, n’en concerne que 2% (même en comptabilisant les nombreux « expatriés » des pays riches). Si ce nouveau mode de vie sans frontière devait devenir la norme – comme le capitalisme global l’exige à présent – on se heurterait donc rapidement à des problèmes écologiques et énergétiques insurmontables (sans même prendre en considération le fait qu’il rendrait impossible tout investissement affectif durable et tout lien social solide).

L’ONU elle-même reconnaissait, dans un rapport récent, que d’ici 2050 il sera absolument indispensable de réduire de façon drastique « les transports automobile et aérien et le commerce international à longue distance ». Avec cet éloge du mode de vie migratoire et de la mobilité généralisée on retrouve donc, sous une autre forme, l’éternel problème que posera toujours le projet libéral d’une croissance infinie dans un monde fini.

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(…)2/ Comment articuler enracinement et universalisme ?

De ce point de vue, la critique des limites d’une vie purement locale – de son étroitesse culturelle et des risques de « repli identitaire » qu’elle inclut par définition – est forcément au cœur de toute démarche universaliste qui – à l’image de celle qui sous-tend le projet socialiste – entend bien élargir à des groupes humains toujours plus vastes, voire à l’humanité toute entière, le bénéfice de ces habitudes premières de loyauté, de générosité et de reconnaissance.

Toute la question est alors de déterminer quelle conception des rapports dialectiques entre l’universel et le particulier est la plus à même de favoriser l’avènement d’une société véritablement « ouverte » et qui ne renoncerait pas pour autant à encourager cet esprit du don et ces pratiques de solidarité qui ne peuvent surgir qu’à partir d’un enracinement culturel particulier. Or pour les libéraux (et particulièrement pour les libéraux de gauche) la réponse ne saurait faire aucun doute. Leur philosophie utilitariste les amène toujours, en effet, à saisir les impératifs traditionnels du don et de la réciprocité sous leur seul aspect « étouffant » et « culpabilisant» (un psychanalyste verrait sans doute dans cette forme d’affectivité un effet classique des ravages exercés dans l’enfance par une mère possessive et castratrice ou par un père absent).

(…) RageMag

Jean-Claude Michéa : « comprendre l’essence de la politique-spectacle moderne »

Le récent débat sur l’identité nationale apparaît comme un véritable cas d’école pour qui veut comprendre l’essence de la politique-spectacle moderne.

On a ainsi pu voir, l’espace de quelques mois, la droite libérale feindre (avec une jubilation perverse) défendre l’idée qu’aucune société au monde, quelle que soit la diversité ethnique et religieuse de ses composantes, ne pourrait vivre humainement sans un minimum de valeurs morales et culturelles partagées, dont une partie importante avait forcément été léguée par l’histoire (idée qui constituait, depuis le XIXe siècle, l’une des bases essentielles de la critique socialiste des théories du contrat social et de la commercial society).

Et, en même temps, la gauche tout entière (le pauvre Olivier Besancenot en tête) fondre aussitôt sur cette idée « nauséabonde » – comme le taureau sur la muleta – sans même s’apercevoir (du fait de son inculture historique abyssale) qu’elle se retrouvait, du même coup, médiatiquement contrainte de reprendre publiquement à son compte l’idéal de neutralité axiologique du Medef (lequel, comme chacun sait, n’a jamais été un partisan acharné de la fermeture des frontières, du protectionnisme économique ou de l’« exception culturelle »).

Moyennant quoi, la droite pouvait alors tranquillement battre en retraite (comme ses communicants l’avaient programmé dès le départ de l’opération) tout en engrangeant les bénéfices réels de cet habile psychodrame. Car cette initiative purement politicienne n’avait évidemment pas d’autre but que de prouver à l’électorat populaire que ce sont bien les élites de gauche (ses artistes, ses journalistes et ses intellectuels bien-pensants) qui sont les seules responsables des effets moraux et culturels désastreux de la mondialisation libérale – autrement dit‚ de la destruction capitaliste de toutes les identités existantes.

Comme le confiait d’ailleurs cyniquement Nicolas Sarkozy, « le theme de l’identité nationale, (c’est un débat très porteur pour nous. C’est un chiffon rouge. Il suffit de l’agiter pour que la gauche fonce dessus. Et c’est tout bénéfice pour nous » (Le Canard Enchaîné, 11 novembre 2009).

« Le complexe d’Orphée » de Jean-Claude Michéa