Ecole : «Les inégalités n’ont pas disparu, elles ont juste été repoussées plus loin»

En France, en 2013, 70 % des enfants d’ouvriers n’ont pas d’opportunités de promotion sociale. Face à ce constat, le sociologue Camille Peugny appelle à réinventer une école «vraiment démocratique», et non plus «méritocratique et élitiste» dans son ouvrage Le Destin au berceau – Inégalités et reproduction sociale (Seuil).

Nous sommes envahis par ces discours. «Quand on veut, on peut», entend-on sur toutes les lèvres. Ces discours sont dangereux : ils entretiennent l’idée selon laquelle les individus seraient les seuls responsables de leurs parcours, et donc de leurs échecs. Eh bien non.

L’école s’est largement massifiée mais cela ne s’est pas traduit par une augmentation de la mobilité sociale. C’est un constat qui doit interpeller la société tout entière. […]

Comment expliquer cet échec ?

D’abord, il ne faut pas exagérer la portée de la massification scolaire. Prenons l’exemple du baccalauréat : 50 % des enfants d’ouvriers aujourd’hui n’ont pas le baccalauréat ; seuls 20 % d’entre eux obtiennent le baccalauréat général. Contrairement à ce que l’on entend parfois, non, on ne “donne” pas le bac à tout le monde. Second point : qui dit massification ne dit pas démocratisation. Si les enfants des classes populaires ont des scolarités plus longues qu’avant, les enfants des milieux favorisés aussi. Les inégalités n’ont pas disparu, elles ont juste été repoussées plus loin dans le cursus scolaire.

L’élitisme de l’école n’est-il pas son principal vice ?

Oui, et c’est le troisième élément, fondamental : notre système éducatif est profondément élitiste. La France est l’un des pays de l’OCDE où l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires. […]

Quel regard portez-vous sur les politiques éducatives déployées ces dernières années ?

Le dernier rapport de l’OCDE a montré qu’entre 1995 et 2010 la France est le seul pays où le taux de scolarisation des 15-19 ans a baissé (de 89 % à 84 %). Ce décrochage est très inquiétant mais la nation a longtemps semblé consacrer toute son énergie à débattre des moyens pour envoyer davantage de boursiers dans les grandes écoles, alors que ces dernières ne concernent qu’une infime minorité d’étudiants ! C’est un non-sens. Il serait bien plus urgent de concentrer les moyens sur l’enseignement primaire. […]

Les Inrocks

L’État providence dépend largement de la cohésion ethnique

Dans un ouvrage traduit en français sous le titre « Combattre les inégalités et la pauvreté : Les États-Unis face à l’Europe » (Flammarion, 2006) (1), deux économistes de renom international, professeurs à Harvard, Alberto Alesina et Edward L. Glaeser, ont cherché à comprendre pour quelles raisons l’État providence est plus présent en Europe occidentale qu’aux États-Unis, alors que les pays concernés ont des racines culturelles et religieuses comparables. (…)

Réunion « flash mob » (via les réseaux sociaux) ayant dégénéré en émeutes à Philadelphie, États-Unis, en février-mars 2010 (photo : Philadelphia Inquirer via le New York Times)

L’ambition du livre est d’aller aux sources des différences entre les deux modèles. Il n’a pas pour propos d’analyser les impacts des politiques de redistribution sur le dynamisme économique et sur la croissance. Il ne s’agit donc pas d’évaluer les coûts et les avantages de l’État providence.

Après des observations liminaires sur les faits et les chiffres, Alesina et Glaeser montrent que la théorie économique pure explique très peu les écarts entre les politiques de redistribution aux USA et en Europe. Par contre, et ceci constitue l’essentiel de leur apport, ils montrent que la faiblesse de l’État providence en Amérique a deux causes fondamentales et de poids égal : la spécificité des institutions américaines et l’hétérogénéité de la population Outre-Atlantique. Ce deuxième aspect est largement traité à travers la question raciale et ethnique aux États-Unis. (…)

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Toulouse : Yazid Sabeg : « Il faut accroître la diversité sociale »

Hier Yazid Sabeg, commissaire à l’égalité des chances, animait une conférence à l’École supérieure de commerce de Toulouse, sur le thème : « Une Grande école, pourquoi pas moi ? »Un difficile obstacle semble empêcher la progression des milieux défavorisés. Comment le franchir ? Cela passe par une égalité d’accès à la formation selon ses désirs et talents.

Combien y a-t-il de fils d’ouvriers dans l’enseignement supérieur ? Il faut accroître la diversité sociale ! Les critères d’évaluation de la mobilité sociale doivent être remis en question. Pour les concours comme celui de l’ENA, les candidats doivent être jugés sur leur vision de l’avenir, non selon des critères académiques.

Demain, des gens issus de la diversité pourront-ils diriger la France ?
C’est ce que doit permettre une politique de diversité, elle doit corriger les inégalités existantes. Il faut faire des sacrifices pour la justice, c’est un vrai effort et cela ne sera pas spontané.[...]

La Dépêche

La «démocratisation» de l’enseignement ou «l’inégalité ensemble»

Pierre Jourde enseigne la littérature à Valence (Université de Grenoble III). Il est également écrivain et critique littéraire. Par ses écrits à contre-courant, il est souvent considéré comme «réactionnaire». Il analyse la «démocratisation» de l’enseignement et les conséquences qui en ont résulté.

 » Dans le pire des cas, le prof est l’ennemi. Simplement parce qu’il impose des contraintes. L’idée même de contrainte et d’effort est devenue insupportable, quasiment fasciste. »

Chaque fois qu’on a admis qu’il y avait un problème dans l’enseignement en France, et osé constater que seuls les enfants de la bourgeoisie parvenaient à s’en sortir, on a immanquablement donné les mêmes solutions, répété le mantra: démocratiser, démocratiser, démocratiser. Démocratiser, oui, mais qu’est-ce que ça signifie concrètement?

En France, la démocratisation est une opération très simple: elle consiste à augmenter la quantité de diplômes. L’échec scolaire n’est pas un vrai problème, il suffit de le supprimer par non-redoublement et délivrance du bac à 75% des non-redoublés. Comme ça, on aura l’air démocratique. Tout le monde il réussit, tout le monde il est égal. Que ces diplômes ne recouvrent aucune compétence, c’est accessoire. Qui casse le thermomètre ne voit plus qu’il a la fièvre.

Sauf que les bourgeois, comme moi, savent ce que cela vaut. Et ils placent leurs enfants dans l’enseignement privé pour éviter le désastre du public. Enfants qu’on retrouvera dans les grandes écoles, ce qui leur épargnera le naufrage de l’université. Entre mes principes et l’avenir de mes enfants, le choix est vite fait. Je ne vois pas pourquoi ils paieraient toute leur vie pour les errements démagogiques de quelques théoriciens pédagogistes qui ont réussi à ruiner un système qui fonctionnait bien. Je ne vois pas pourquoi je devrais leur faire subir les classes en état d’agitation permanente, l’impossibilité de faire cours, le langage zyva considéré comme norme linguistique, le sympathique débat à la place de l’apprentissage des fondamentaux, le livre jeunesse traduit de l’anglais à la place de Molière et Maupassant. (…)

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Le  »système capitaliste » est décrié par les Français

Le « système capitaliste » est jugé inégalitaire et incompatible avec le développement durable par une large majorité des Français, qui appellent de leurs voeux, sans trop y croire, un modèle plus efficace, selon un sondage publié mardi par l’Institut de France.

Pour 71% des personnes sondées par l’institut Opinionway, le terme « capitalisme » évoque quelque chose de négatif, un sentiment qui transcende les générations et les catégories sociales et qui est même partagé par 47% des sympathisants de droite.

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La remontée des inégalités en France…

… une évidence trop mal connue.

Que la situation des gens modestes et des classes moyennes se soit dégradée depuis le milieu des années 90, tout le monde en est conscient. Les ravages du chômage, la montée de la précarité, la pression sur les salaires, de nombreux facteurs ont contribué à cette dégradation. Mais la mesure exacte de cette dégradation et surtout l’évolution des situations relatives des français sont peu connus.

L’INSEE diffuse beaucoup de chiffres d’évolution des moyennes, ou d’évolution de la situation des bas revenus et de la pauvreté selon la définition officielle, mais peu de mesures par tranches de revenu, particulièrement vers les revenus élevés. De ce fait, la mesure des inégalités ne fait pas partie des paramètres de notre société qui sont facilement accessibles.

Le débat est également obscurci par le fait que les mesures les plus synthétiques ne traduisent pas à première vue une dégradation de la situation des salariés. D’une part le partage de la valeur ajoutée des entreprises ne semble pas se dégrader au détriment des salariés, d’autre part le pouvoir d’achat moyen (revenu corrigé de l’inflation) augmente régulièrement (1% à 2% par an depuis plus de 20 ans).

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France : le creusement des inégalités devrait continuer

Une étude de l’INSEE, parue le 02 avril 2010, illustre la très forte augmentation, entre 2004 et 2007, du nombre de personnes à très hauts revenus (information donnée hier sur Fortune). Plus généralement, l’augmentation des inégalités est mise en évidence par l’Institut. Selon lui, elle s’est poursuivie sur la période précitée et devrait s’amplifier encore.

A l’autre bout du spectre [des revenus], le taux de pauvreté connaît «une relative stabilité après une longue baisse», a expliqué Jean-Louis Lhéritier, un expert de l’INSEE, lors d’une conférence de presse. En 2007, le seuil de pauvreté correspond à un niveau de vie de 908 euros par mois et concerne 13,4% de la population, soit huit millions de personnes.

Pourquoi y a-t-il un creusement des inégalités ?

Parce qu’il y a une «déformation très importante de la hiérarchie des salaires».

D’une part, «il y a de plus en plus de bas salaires, de plus en plus d’embauches au SMIC», explique Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE, «car il y a une pression très forte pour réduire les coûts du travail». Un phénomène couplé avec l’externalisation des emplois les moins qualifiés, qui ne profitent pas des avantages sociaux de l’entreprise principale.

D’autre part, «pour ceux qui ont des compétences particulières, il y a une augmentation très importante des rémunérations», analyse Henri Sterdyniak. Pour éviter de voir ces cadres fuir à l’étranger, ils sont notamment rémunérés avec des stock options. Conséquence : ils ont intérêt à ce que la rémunération du capital soit la plus forte, en limitant [notamment] les salaires.

Plus globalement, pour Nicolas Bouzou, économiste et dirigeant de la société d’analyse Asterès, le «problème fondamental est celui de la croissance. Le PIB a peu augmenté, alors que la part des classes supérieures a beaucoup grossi». La part du gâteau à se partager, pour les classes moyennes et les plus pauvres, est donc plus mince.

«On assiste à un écrasement des classes moyennes, dont les salaires ont moins l’occasion de progresser», explique Nicolas Bouzou. «On est passé d’une société en pyramide à une société en sablier», selon un processus décrit par Jean-Marc Vittori. «C’est un phénomène très structurant pour l’économie, la consommation. On n’aurait par exemple pas un tel débat sur le bouclier fiscal, s’il n’y avait pas un problème» de redistribution, analyse l’économiste.

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Le nombre de personnes à très hauts revenus a explosé

Entre 2004 et 2007, le nombre de personnes gagnant plus de 500.000 euros a augmenté de 70 %, observe l’INSEE. Par le jeu des niches, leur taux moyen d’imposition est assez faible. La crise a sans doute stoppé le phénomène.

(…) le nombre de riches a  » explosé «  entre 2004 et 2007, la période de référence observée par l’INSEE. Ainsi,  » le nombre de personnes dépassant les 100.000 euros de revenus annuels s’est accru de 28 %, celui dépassant les 500.000 euros de 70 % « , note l’INSEE. Les effectifs de cette catégorie sont passés sur la période de 6.500 personnes à 11.000.

Sur la période 2004-2007, ce sont les revenus du patrimoine (+ 46 %) et les revenus exceptionnels (+ 55 %), par exemple les plus-values ou les levées d’option, qui ont tiré l’ensemble. Les revenus directs du travail n’ont, eux, progressé  » que «  de 11 % sur la période. Le revenu moyen des 90 % de Français les moins dotés ayant progressé de 9 % sur la période,  » c’est une augmentation des inégalités par le très haut « , souligne Julie Solard, de l’INSEE.

Alors qu’ils devraient, compte tenu du barème progressif de l’impôt sur le revenu, subir une imposition d’environ 36 %,  » pour les personnes très aisées et les personnes les plus aisées, le poids de l’imposition [...] est de l’ordre de 25 % seulement « , note l’INSEE. En moyenne, les ménages fiscaux les plus aisés acquittent 270.000 euros d’impôt sur le revenu. Pour l’ensemble du 1 % de très hauts revenus, le taux moyen d’imposition est de 20 %.

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