Progrès social, religion et identité européenne : Jaurès serait-il socialiste aujourd’hui ?

Alors que François Hollande se rend mercredi 23 avril à Albi et Carmaux pour rendre hommage à Jean Jaurès, le philosophe Claude Obadia combat les idées préconçues à l’égard du député du Tarn, notamment sur le progrès social, la religion et l’identité européenne.

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. On ne s’étonnera donc guère que le Président de la République ait décidé, à l’occasion du centenaire de la mort du député de Carmaux, de rendre hommage à la figure tutélaire du socialisme français. […]

Si le député du Tarn ne croit pas aux vertus de la révolution et de la violence, c’est qu’il est convaincu qu’il n’y a de société que dans l’unité de ses composantes. Et c’est exactement la raison pour laquelle, contre Auguste Comte pour qui la religion n’est que l’enfance de la raison, Jaurès affirme qu’il n’y a «pas de société sans religion»,c’est-à-dire sans la reconnaissance d’un infini, dit-il, dont toutes les âmes procèdent et qui puisse conférer à la société la solidité lui permettant d’être solidaire. De fait, s’il faut une nouvelle fois rendre à Jaurès ce qui est à Jaurès, alors il convient, non pas seulement de dénoncer le cléricalisme, mais de rendre à la religion ce qui est à la religion et à l’Europe ce qui est à l’Europe.

Cela veut dire trois choses. Premièrement, qu’on ne peut réduire la religion chrétienne à l’histoire de l’Église catholique romaine. Deuxièmement, et comme Jaurès l’écrit dans l’ouvrage déjà cité, que «la vocation du socialisme est d’accomplir l’histoire de l’Europe chrétienne», donc que l’histoire de l’Europe est bien liée à l’influence dominante de la spiritualité religieuse. Troisièmement, aujourd’hui contre Ulrich Beck (4)et les partisans du cosmopolitisme, que l’Europe a une identité propre, et qu’elle est davantage une culture et une histoire qu’un territoire.

François Hollande va rendre hommage à Jean Jaurès? Puisse-t-il d’abord lui rendre ce qui lui appartient. Contre les marxistes, une certaine idée du progrès social et de la société. Contre les positivistes, une certaine idée de la religion et du christianisme. Contre ceux pour qui le “vieux continent” ne doit pas avoir d’identité, une certaine idée de l’Europe en marche.

S’il y parvient, le Président aura été au rendez-vous de l’Histoire. Il aura honoré la pensée du député du Tarn. Mais il aura aussi montré qu’on peut se demander si, aujourd’hui, Jean Jaurès serait socialiste…

Le Figaro

Petit extrait du livre de référence des antis SMIC : Homo Economicus de Daniel Cohen

Le premier exemple donné par Daniel Cohen lors de l’introduction de son livre Homo Economicus :

Une anecdote permettra de saisir ce qui est en jeu. Le directeur d’un centre de transfusion sanguine, souhaitant accroître ses stocks, eut un jour l’idée d’offrir une prime aux donneurs de sang. À sa stupéfaction, le résultat fut exactement inverse : leur nombre chuta. La raison n’en est pas très mystérieuse. Les donneurs font preuve de générosité. Ils sont habités par un comportement moral, de souci de l’autre. Le fait de les rémunérer change tout. S’il ne s’agit plus d’aider les autres mais de gagner de l’argent, leur participation change de nature. Un autre lobe de leur hémisphère est sollicité. L’homme moral quitte la salle quand l’Homo economicus y entre. Les deux ont certainement leur rôle, mais on ne peut pas les asseoir à la même table. Pour atteindre ses objectifs, le directeur du centre n’a en fait que deux options : soit il renonce à son dispositif et essaie de revenir à la situation antérieure, soit il s’engage dans une fuite en avant, augmentant les primes pour inciter les donneurs à venir quand même. Depuis une trentaine d’années, le monde contemporain a choisi la seconde branche de cette alternative. Pour fonctionner sous l’égide du seul Homo economicus, il accroît les récompenses et durcit les peines. Pour tenir ses promesses, il crée un monde plus inégal.

Daniel Cohen sur wikipédia :
Daniel Cohen est un économiste français né le 16 juin 1953 à Tunis. Ancien élève de l’École normale supérieure. Il est notamment membre du Conseil d’analyse économique (CAE) auprès du Premier ministre. Spécialiste de la dette souveraine, il est également conseiller à la banque Lazard avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Geórgios Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de leur dette internationale. Cette fonction au sein d’une banque privée lui est cependant parfois reprochée comme présentant un risque de potentiel conflit d’intérêts et lui rapporterait, selon Médiapart, entre un et deux millions d’euros par an, somme qu’il conteste. Il a également participé, avec la Banque mondiale, à l’ « initiative de réduction de la dette des Pays Pauvres Très Endettés ». Sur le plateau de LCP, il reconnaît, en décembre 2011, être l’un des soutiens et des conseillers économiques de François Hollande. Lors de l’élection présidentielle française de 2012, il signe l’appel des économistes en soutien du candidat François Hollande.

Daniel Cohen est l’une des personnalités critiqués par le film documentaire français sorti en janvier 2012 Les Nouveaux Chiens de garde, lui même tiré de l’essai éponyme de Serge Halimi paru en 1997, qui explore les collusions entre les médias français et le pouvoir politique et économique français. Le film montre notamment une extrait de l’émission Face à Minc présentée par Alain Minc sur la chaîne Direct 8 le 7 juin 2008, où Daniel Cohen déclare que « La crise financière est à priori passée. Le risque que la crise financière dérape en crise systémique où les banques tomberaient comme des dominos, ça, ça semble écarté ». Trois mois plus tard, la crise des subprimes déclencha la crise bancaire et financière de l’automne 2008.

Daniel Cohen est une cible récurrente de l’association française de critique des médias, Acrimed.

Aquilino Morelle mis en cause pour conflit d’intérêts démissionne. La tache sur la «République exemplaire» (Edito du Monde) (maj 6)(vidéo)

Addendum 19.04.2014 19h :

Edito du Monde : L’affaire Morelle, la tache sur la «République exemplaire»

Mais, comme dans l’affaire Cahuzac, même à un moindre degré, on ne peut que déplorer que le président ne se soit pas assuré de la probité de ceux qui l’entourent. Sauf à nourrir la suspicion toujours plus grande à l’égard des responsables publics, ceux-ci devraient être exemplaires. Et le chef de l’Etat en être le garant.

Le Monde

Addendum 19/04/2014 : Sihem Souid : « Pourquoi je défend Aquilino Morelle ».

Sihem Souid, qui a mené campagne aux côtés d’Aquilino Morelle, juge que le conseiller de Hollande est victime d’un règlement de comptes :

Pour ma part, j’ai rencontré Aquilino Morelle en 2010, alors qu’il était directeur de campagne d’Arnaud Montebourg, dans le cadre des primaires socialistes. En menant pendant un an à ses côtés une campagne sans relâche, j’ai appris à le connaître. […]

Tandis que les guerres qui font rage dans le monde font sans cesse plus de victimes, et que l’extrême droite gagne de plus en plus de terrain dans toute l’Europe, nos éditions spéciales portent sur des accusations basées sur des rumeurs, et dénoncent un homme politique qui se ferait cirer les chaussures ! Mais où est donc passé notre sens des priorités, dans un contexte national et international actuellement plus que délicat ? Notre pays est tombé bien bas…

Le Point

Dans une précédente tribune, Sihem Souid défendait les primes confortables distribuées aux collaborateurs de Jean-Marc Ayrault . Primes gouvernementales : scandale ou simple mesure de justice sociale ?

Addendum 18/04/2014 à 18h38 :

Dans un nouvel article, l’indulgence initiale de Bruno Roger-Petit semble s’être émoussée après la démission d’ Aquilino Morelle :

Aquilino Morelle a fait cirer ses chaussures dans une annexe de l’Élysée, c’est le symbole que l’histoire retiendra. Un symbole promis à un bel avenir. Et il est bien embarrassant pour François Hollande, si discret depuis que Manuel Valls a été installé par lui à Matignon.

En 2014, il n’est plus possible de ne pas faire ce que l’on dit, ne pas dire ce que l’on fait, et surtout, faire (ou laisser faire) le contraire de ce que l’on dit.

Nouvel Obs

Addendum du 18/04/14 à 13h30 :

Le conseiller de François Hollande est au centre de l’attention médiatico-politique. On vous résume l’affaire.

Le conseiller de l’ombre n’aura pas tenu 24 heures après les révélations de Mediapart dénonçant ses relations avec l’industrie pharmaceutique alors qu’il était rattaché à l’Igas (l’inspection générale des affaires sociales). Aquilino Morelle, le conseiller politique du président a démenti tout conflit d’intérêts, mais l’Igas assure qu’elle n’avait pas été mise au courant. Et la démission du conseiller politique de François Hollande n’a pas tardé. Aquilino Morelle l’a annoncée vendredi dans un communiqué à l’AFP.

Ce que dit Aquilino Morelle après sa démission. « Je veux redire que je n’ai commis aucune faute. Je n’ai jamais été en situation de conflit d’intérêts« , affirme M. Morel qui souhaite toutefois « mettre fin à (ses) fonctions » de conseiller du président à l’Elysée pour « être entièrement libre de répondre (aux) attaques »…

Ce que dit l’Igas. Le grand corps de l’Etat qui supervise les politiques sanitaires et sociales a très vite pris ses distances avec Aquilino Morelle. Et, vendredi dans un mail adressé au Monde, elle a confirmé ce qu’elle avait laissé entendre dans la journée de jeudi : « il n’y a pas eu de demande d’autorisation portant sur les activités d’expertise ou bien de consultation au bénéfice de l’industrie pharmaceutique dans les années récentes« , et « dans le cas particulier des activités extérieures de Monsieur Aquilino Morelle, le service n’a retrouvé dans les archives que les autorisations portant sur une activité d’enseignement à l’université Paris I. » Un coup dur pour la défense d’Aquilino Morelle.

Ce qu’on en disait à l’Elysée. Pour l’heure, il n’est pas question pour François Hollande de lâcher ou de se séparer de sa plume. Il a d’ailleurs passé lui même les consignes sur ce sujet sensible : pas de condamnation a priori…

                                                      

mise à jour du 18 avril 2014 à 12H00 :


source : On ne va pas se mentir – ITélé – 17 04 2014


mise à jour du 18 avril 2014 à 7H00 :

Le portrait d’Aquilino Morelle par Mediapart s’ouvre par cette anecdote, dévastatrice et destructrice pour un homme de gauche qui se présente comme un intransigeant :

« La première fois que David Ysebaert a ciré les chaussures d’Aquilino Morelle, c’était au Bon marché, dans le VIIe arrondissement de Paris. Il lui a laissé sa carte. Et quelques semaines plus tard, raconte le cireur, une femme, probablement sa secrétaire, m’a appelé pour prendre rendez-vous ». Au Palais même. Depuis, tous les deux mois environ, « le temps de garantie pour un glaçage », il revient à l’Élysée s’occuper des souliers du conseiller politique de François Hollande, également directeur de sa communication. « Aquilino Morelle a 30 paires de souliers de luxe faites sur-mesure, pour son pied qui a une forme particulière. Des Davison, des Weston… »

Bruno Roger-Petit est assez indulgent envers le conseiller : «Considérées comme telles, ces anecdotes ne valent rien, et, si l’on veut bien prendre un peu de distance adéquate, elles n’ont aucune portée publique. Elles ne disent que le caractère privé d’un homme, ses petites faiblesses, ses petits travers, ses petits abus… Ni plus, ni moins. Elles n’engagent en rien le destin du pays. Elles ne sont rien.»

Nouvel Obs

Une enquête de Médiapart révèle que le conseiller du président de la République Aquilino Morelle, né d’une famille d’immigrés espagnols, aurait notamment travaillé pour des laboratoires pharmaceutiques alors qu’il était rattaché à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). Sur son profil Facebook, Aquilino Morelle a publié jeudi après-midi une longue réponse à Mediapart. Il reprend en détail les faits énoncés et réfute toute situation de conflit d’intérêts.

Inspecteur de l’Igas et conseil pour des laboratoires privés, «ça n’a pas de sens. C’est comme si on accordait le droit à un directeur d’hôpital entré à l’Igas de travailler pour une clinique privée, comme si un inspecteur du travail conseillait une entreprise privée.»

Au journaliste de Mediapart , l’ancien chef de service d’Aquilino Morelle, André Nutte, certifie qu’il ne se souvient pas avoir signé d’autorisation. Ce que confirment les archives de l’Inspection générale des affaires sociales.

Les faits révélés par le journal en ligne remontent à 2007. La plume de François Hollande vient de réintégrer l’Inspection générale des affaires sociales, un service interministériel de contrôle, d’audit et d’évaluation des politiques sociales et sanitaires, destiné à «éclairer la décision publique». À ce titre, il est fonctionnaire et tenu de se consacrer pleinement à sa fonction.

Pourtant, Aquilino Morelle cherche alors à offrir ses services et à ouvrir ses réseaux à l’industrie pharmaceutique. Il y parvient auprès du laboratoire Lundbeck, selon Mediapart. Il permet aux cadres du laboratoire privé d’entrer directement en contact avec les bons interlocuteurs au sein du comité économique des produits de santé. Une mission pour laquelle il aurait perçu 12.500 euros hors taxes. […]

Selon les informations du Scan, les accusations décrites par Mediapart auraient été lancées par les laboratoires Servier dès le printemps 2011 pour discréditer Morelle. Ce dernier avait alors confié au Figaro qu’il avait hésité à porter plainte. En réalité, Aquilino Morelle travaillait à l’époque pour l’agence de conseil en communication Euro-RSCG/Havas et aurait par ailleurs offert ses services à d’autres laboratoires privés que Lundbeck.

Selon le Code pénal, ces activités pourraient s’apparenter à une prise illégale d’intérêts. Selon les archives de l’Igas, le conseiller du président n’aurait jamais reçu d’autorisation pour exercer une telle activité. S’il est inquiété par la justice, Aquilino Morelle risque au minimum de devoir rembourser les sommes perçues, au pire 75.000 euros d’amende et cinq ans de prison. […]

Le Figaro

François Hollande : «Aucune raison d’être candidat si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017»

Selon des propos rapportés par l’Agence France-Presse, François Hollande a déclaré vendredi, lors d’un déjeuner avec des salariés de Michelin, ne pas vouloir signer pour un deuxième mandat si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017.

C’est la première fois que le président évoque ouvertement les élections de 2017 et la possibilité de se représenter. Lors de sa conférence de presse du 16 janvier dernier, François Hollande avait tout de même évoqué l’année de la prochaine présidentielle à cinq reprises, ce qui avait été interprété comme un signal, et une volonté de se représenter. La promesse d’inverser la courbe du chômage avant la fin 2013 avait été faite par François Hollande lors de ses vœux aux Français le 31 décembre 2012. Une promesse qui n’avait pas pu être tenue. […]

A noter que cette promesse n’est pas sans rappeler celle faite par Nicolas Sarkozy en janvier 2007, lors d’un entretien avec Arlette Chabot. La journaliste interroge: «Vous dites: objectif 5% pour le chômage. Si vous êtes élu, au bout de votre mandat, au bout de cinq ans, vous n’arrivez pas à ce chiffre, vous dites : Je ne peux pas me représenter ?» Nicolas Sarkozy répond alors: «Je dis aux Français: «C’est un échec et j’ai échoué. Et c’est aux Français d’en tirer les conséquences». […]

Le Figaro

Hollande/Valls : «Cela peut mal finir, c’est une forme de cohabitation qui ne dit pas son nom»

La cote de popularité du président français François Hollande a chuté de cinq points en avril, à 18%, le plus bas niveau jamais atteint depuis deux ans, tandis que celle de Manuel Valls, tout nouveau premier ministre, s’affiche à 58%, selon le baromètre mensuel Ifop pour le Journal du dimanche.

«Hollande pense qu’il va user Valls, et Valls pense que Hollande ne pourra jamais plus remonter. Valls n’est pas naïf (…) Il va s’énerver. Quand il sentira que Hollande l’emmène trop vers le bas, il s’en ira. Cela peut mal finir, c’est une forme de cohabitation qui ne dit pas son nom». Cette analyse cinglante, le JDD du 13 avril la prête à un proche de l’exécutif resté anonyme. […]

Surtout, relève l’Ifop, un tel écart de 40 points entre les cotes de popularité du président de la République et du premier ministre n’a jamais été vu depuis 1958 (hors cohabitations). Le plus important jusqu’alors était le différentiel de 21 points enregistré entre Nicolas Sarkozy (37) et François Fillon (58) en mars 2008. […]

Le Figaro

Ce soir sur France 3 : Que se passe-t-il dans la tête de François Hollande ?

France 3 diffuse ce soir à 20h 45 une enquête intitulée « Que se passe-t-il dans la tête de François Hollande ? »

Malgré une cote de popularité au plus bas, François Hollande garde son masque de la jovialité. Franz-Olivier Giesbert est parti à la rencontre de ceux qui le connaissent bien pour tenter de comprendre qui est vraiment l’homme que les Français ont élu en mai 2012.

Avec entre autres intervenants les politiques François Rebsamen, Manuel Valls, Julien Dray, Stéphane Le Foll, Jack Lang, le philosophe Michel Onfray et les journalistes Catherine Nay, Serge Raffy et Edwy Plenel. Ils commentent les trente ans du parcours politique sans tapage de François Hollande et son action à l’Elysée.

programme-tv

Un collectif de gauche appelle à refuser le vote de confiance au nouveau gouvernement

Dans une tribune intitulée « François Hollande et la rupture irrémédiable du PS avec la gauche », un collectif de chercheurs, d’écrivains et d’artistes appelle à refuser le vote de confiance au nouveau gouvernement.

L’élection de François Hollande en 2012 n’avait pas suscité d’enthousiasme démesuré. Pour beaucoup d’électeurs de gauche le vote témoignait d’une volonté de rompre avec la sarkozie plus que d’une adhésion au projet bien falot du candidat.

C’est aux députés de gauche et écologistes, majoritaires à l’Assemblée nationale, que nous nous adressons donc. Refuser de voter la confiance au nouveau gouvernement peut être le premier acte. Mais c’est une motion de censure qui pourrait vraiment contraindre notre cacique présidentiel à revoir ses choix.

Le changement, ce devait être maintenant. Rapidement pourtant c’est le constat de la continuité avec la politique de la droite qui s’est imposé. Ainsi en matière de sécurité où les coups de menton de Manuel Valls ont rappelé ceux de M. Guéant, les deux ministres de l’intérieur prouvant leur autorité et leur fermeté dans leur chasse aux roms. Il est beaucoup d’autres secteurs, on pourrait citer l’enseignement supérieur, la politique étrangère etc., où le changement s’est fait dans la continuité, pour reprendre l’expression pompidolienne. Mais c’est incontestablement la ligne économique suivie qui traduit le plus, à la fois dans le symbole et dans ses effets, cette continuité. A peine installé, le gouvernement Ayrault a fait du libéralisme économique sans le proclamer. Jusqu’aux vœux présidentiels du 31 décembre dernier où l’annonce d’un « pacte de responsabilité », salué par la droite, a confirmé la conversion du gouvernement à la politique de l’offre, explicitement libérale. Les effets sont connus. Loin de restaurer la croissance et de réduire le chômage, ce type de politique creuse les inégalités. […]

Anaïs de Courson, comédienne ; Keith Dixon, angliciste ; Susan George, écrivaine ; Thomas Lacoste, cinéaste ; Bernard Lahire, sociologue ; Christophe Mileschi, italianiste ; Frédéric Neyrat, sociologue ; Louis-Georges Tin, essayiste.

Le Monde

La dernière chance de François Hollande

Au lendemain de municipales désastreuses, le cap est fatidique pour le nouveau gouvernement du chef de l’Etat.

Le succès de Marine Le Pen aura joué un rôle non négligeable dans ce retour au réalisme. Elle-même en a senti la nécessité. Elle a abandonné le discours idéologique de son père, ses ambiguïtés malsaines, et les dérives d’un Mégret. Pragmatique, elle a axé sa campagne sur quatre thèmes : chômage, sécurité, immigration, Europe. On n’est plus dans les nuées mais dans l’existence quotidienne.

Pour Hollande voici venu le quart d’heure de Rabelais. Ce moment désagréable où, faute d’échappatoire, il faut prendre les décisions qu’impose la nécessité. Il n’a plus la ressource de la tergiversation et de la procrastination, qui lui ont été reprochées. Il doit agir vite, dans le sens de la clarification et de la cohérence. Il y est condamné s’il ne veut pas voir s’accroître le rejet dont sa politique et, par voie de conséquence, sa personne elle-même sont l’objet. […]

Les grands mots creux, les envolées lyriques, la menace fasciste, aussi intempestive que le « CRS : SS » de Mai-68, l’appel à l’esprit républicain, déjà démonétisés, ne font plus recette auprès des électeurs : ceux-ci, touchés dans leur mode de vie, leur pouvoir d’achat, au portefeuille pour dire les choses crûment, menacés dans leurs retraites et les avantages dans lesquels ils ont été dorlotés, regardent la vie politique avec un sens des réalités qui est nouveau. […]

Paris Match

Municipales : Hollande «sait qu’il joue sa survie»

L’inquiétude est grande chez les proches de Hollande. Le chef de l’État attend de mesurer dimanche soir l’ampleur de la défaite du PS. Il décidera ensuite du sort de Jean-Marc Ayrault.

«Il sait qu’il joue sa survie», raconte un socialiste partisan du président au Journal du dimanche. Les premiers chiffres de la participation de ce second tour des municipales sont mauvais, et les spéculations sur un prochain remaniement vont bon train.

La déroute des socialistes au premier tour va-t-elle se transformer, dimanche soir, en débâcle? Ou bien la gauche parviendra-t-elle à atténuer la défaite grâce à un sursaut de la mobilisation? Les élections municipales se suivent et se ressemblent pour les partis au pouvoir. Il y a six ans, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, l’UMP essuyait un de ses plus sérieux revers électoraux. Deux ans après son accession à l’Élysée, c’est François Hollande qui risque, à son tour, de subir pareille sanction. […]

Le Figaro ; Le JDD

Les «musulmans de gauche», une nouvelle famille politique ?

Dans une étude qui vient de paraître, le directeur de la Fondation Jean-Jaurès, Gilles Finchelstein, révèle la naissance d’une nouvelle famille dans le paysage politique français. Un groupe favorable à l’immigration et au droit de vote des étrangers mais «conservateur» sur les questions de société.

Pourquoi «de gauche» ? Parce qu’ils ont massivement voté pour François Hollande (72%) en mai 2012.

Vous dites avoir hésité à publier cette étude. Est-ce l’expression d’un doute sur les conclusions auxquelles vous êtes parvenu ? Ce qui expliquerait d’ailleurs le point d’interrogation qui accompagne le titre de votre note : « Des musulmans de gauche ? » Ou avez-vous craint les interprétations auxquelles elle pouvait donner lieu ?

- La question des musulmans est instrumentalisée à tort et à travers dans le débat public. Alors, oui, je me suis demandé si cette étude qui manipule des objets explosifs et bouscule beaucoup d’idées reçues ne risquait pas d’être utilisée dans je ne sais quel combat douteux. Mais la réalité doit être regardée en face et la connaissance étayée des mouvements qui traversent la société française ne saurait être un handicap pour ceux qui, comme moi, croient à la République. |…]

Je ne vous étonnerai guère en vous disant que des groupes idéologiquement cohérents ont émergé et, pour certains d’entre eux, ont confirmé des stéréotypes traditionnels : je pense aux «bobos de gauche», mais aussi aux « mondialisés libéraux » ou aux «conservateurs assumés» de droite ou encore à ceux que l’on peut appeler «les anxieux désorientés» et qui sont proches de l’extrême droite. […]

Mais alors pourquoi […] qualifier ce groupe comme vous le faites ?

- […]Pourquoi «musulmans » ? Parce que ce groupe se distingue des autres en ce qu’il rassemble des populations fragilisées socialement – c’est très important – mais aussi parce que sa véritable singularité tient dans le fait que la moitié des musulmans appartiennent à cette famille et que cette famille est composée à moitié de personnes qui se déclarent elles-mêmes de religion musulmane. C’est une surreprésentation que l’on ne constate dans aucune autre famille pour aucune autre catégorie… […]

Quant à la gauche, ce que montre cette étude, c’est l’impasse de la stratégie électorale qui avait été portée, il y a deux ans, par mes amis de Terra Nova. L’alliance privilégiée des bobos et des populations issues de l’immigration – le plus souvent musulmanes – ne serait pas seulement une erreur politique grave parce qu’elle négligerait le poids des seniors et des milieux populaires, elle se heurterait en outre, on le voit, à la difficulté de rassembler durablement des familles diamétralement opposées sur les questions culturelles. En politique, il y a une seule façon de surmonter ces clivages : c’est de porter un projet qui sache transcender les différentes familles, groupes ou communautés, et s’adresse à chacun. C’est cela la République !

Nouvel Obs

Cécile Duflot veut « remettre à l’ordre du jour » le droit de vote des étrangers après les municipales

Elle dit avoir le « cœur serré » à chaque fois qu’elle rencontre un étranger non communautaire, en France depuis des années, et dans l’impossibilité de voter pour son maire.

Invitée d’Europe 1 ce 28 mars, Cécile Duflot a redemandé à François Hollande d’appliquer sa promesse de campagne en mettant en œuvre le droit de vote des étrangers aux élections municipales, une fois cette échéance de 2014 passée :

Moi qui ai fait campagne d’arrache-pied ces dernières semaines, je peux vous dire que ça me sert le cœur quand des gens à qui je distribue un tract ou à qui je parle de la vie politique locale me disent « vous savez, ça fait 35 ans que j’habite ici mais j’ai pas le droit de voter ».

Il faut que, comme cela avait été promis, et comme le président de la République l’avait annoncé, on puisse remettre ce dossier à l’ordre du jour après les municipales, comme ça personne n’aura de crainte sur l’instrumentalisation.

François Hollande avait relancé la perspective d’une loi sur le vote des étrangers le 16 mai lors de sa grande conférence de presse :

Après les élections municipales, comme cela il n’y aura plus d’enjeu, il sera soumis au Parlement et le Parlement en fera l’adoption s’il le souhaite…

Le Lab

Relire :

Paris : l’accord EELV/PS accorde 18 conseillers de Paris aux Verts

Emploi : 31500 chômeurs de plus en février, nouveau record

Un coup de massue pour le gouvernement en plein entre-deux tours des municipales. Dévoilé ce mercredi par le ministère du Travail, le nombre de demandeurs d’emplois inscrits fin février à Pôle emploi en catégorie A (sans aucun emploi) s’est établi au niveau record de 3347700, soit 31500 (+0,9%) de plus que fin janvier 2014.

«Même si on a réussi à ralentir les choses» sur le chômage, «on ne l’a pas inversé, chacun le sait (…) c’est normal que les Français soient dans une forme de colère», avait reconnu mardi le ministre du Travail, Michel Sapin. «Même si on a réussi à ralentir les choses» sur le chômage, «on ne l’a pas inversé, chacun le sait (…) c’est normal que les Français soient dans une forme de colère», avait reconnu mardi le ministre du Travail, Michel Sapin. […]

Le Parisien