Apocalypse – La 1ère Guerre Mondiale : « Délivrance » (Vidéo 5/5)

En octobre 1917, à Caporetto, les Italiens s’engagent dans une bataille sanglante qui les oppose aux Austro-Hongrois et aux Allemands. C’est une défaite cuisante pour les Italiens. Au même moment, en Russie, Lénine, à la tête des bolcheviks, déclenche la Révolution d’octobre.

Les nouveaux maîtres communistes de la Russie signent une paix séparée avec les Forces centrales à Brest-Litovsk en mars 1918. Les Allemands vont alors pouvoir concentrer leurs troupes sur le front occidental. Ils réunissent leurs hommes et se mettent en marche vers la France.

Les Parisiens apeurés fuient la capitale. Mais les renforts américains sont sur le pied de guerre, les « Sammies », en juillet 1918, sont désormais 1.300.000 sur le sol européen. Les grandes offensives allemandes, qui prévoyaient la victoire finale, essuient alors un échec cuisant. Les forces Alliées, épaulées par l’Oncle Sam, vont de succès en succès : Saint-Mihiel, Bois Belleau, Vittorio Veneto ou la Marne. L’Alsace, la Lorraine, et tous les territoires pris à la France au début de la guerre sont libérés.

Cette suite de victoires va précipiter la chute de l’Allemagne. Pendant ce temps, les armées britanniques enchaînent les victoires en Orient : la Palestine, la Syrie, l’Anatolie, l’Iran, l’Irak sont autant de territoires pris aux Ottomans, qui finissent par capituler. Le 11 novembre 1918, sur les champs de bataille de France, le clairon sonne l’armistice: le combat cesse, les soldats vont enfin rentrer dans leurs foyers…

Mais certaines de ses cicatrices, très vite, vont s’ouvrir à nouveau : le règlement de la paix sera humiliant pour l’Allemagne. La « Conférence de la Paix », qui s’achève le 28 juin 1919, à Versailles, porte en elle les germes de la Seconde Guerre mondiale… Et l’Europe en deuil, décimée, va devoir panser ses plaies et se reconstruire un avenir.

Histoire : Le papyrus évoquant la «femme de Jésus» serait-il authentique ?

papyrus Christ

Une nouvelle étude scientifique publiée jeudi affirme que le document, présenté en 2012 comme le seul évoquant une concubine du Christ, date de la même époque que l’Évangile selon Saint Jean.

Ce papyrus a au moins quinze siècles d’âge. Voilà la certitude à laquelle mène une nouvelle étude menée par une équipe de scientifiques américains. Mais l’âge n’est pas la principale raison de l’intérêt suscité par ce petit rectangle de 3,8 cm sur 7,6 cm. Une courte phrase, lisible dans les lignes coptes qu’il comporte, suscite nombre de questionnements religieux et historiques: «Jésus leur a dit: “Ma femme”» ainsi que «elle pourra être ma disciple».

L’existence de ce document suggérant que le Christ était marié a été révélée en 2012 par Karen King, professeur d’histoire à la Harvard Divinity School. [...]

Reste que ces nouvelles conclusions n’emportent pas l’adhésion de tous les historiens. Parmi eux, Leo Depuydt, égyptologue à l’Université Brown, est cité par la même revue.

Le Figaro (Merci à Renaud de Montauban)

Histoire : Le « mystère Louis XVII » en voie d’élucidation ? La thèse Naundorff relancée (MàJ vidéo)

Addendum 09/04/14 : Au Coeur de l’Histoire, émission du 08/04/14, avec Bruno Roy-Henry.

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Addendum 02/04/14 :

[Les] travaux scientifiques complémentaires et nécessaires, évoqués ici et là, ils portent sur des cheveux de Naundorff remis gracieusement par M. Christian Crépin [...] Pour l’instant, nous nous contenterons de dire que lesdits travaux sont très prometteurs- Bruno Roy-Henry

Extraits de Secrets d’Histoire sur l’énigme Louis XVII/Naundorff :

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tombe Naundorff
Tombe de Karl-Wilhem Naundorff.

Addendum 30/03/14 : Ph. Delorme conteste l’analyse ADN du Pr. Lucotte.

Voir son post Facebook (aussi présent sur Le Figaro).

NDLR : Philippe Delorme est aussi connu pour contester l’authenticité de la tête de Henri IV, dont l’ADN mitochondrial ne correspond pas à celui d’Anne de Roumanie. L’ADN mitochondrial d’Anne de Roumanie a servi de base au Pr. Cassiman pour écarter Naundorff. – Le Point

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« l’identité entre Naundorff et Louis XVII est démontrée. En effet, la probabilité pour qu’un autre Bourbon (enfant légitime ou naturel) ait été Naundorff, est infime ! » – Bruno Roy-Henry, historien.

Le Figaro du 29/03/14 :

Les résultats d’une nouvelle analyse accréditeraient l’hypothèse que le fils de Marie-Antoinette et de Louis XVI ne serait pas mort en 1795 à la prison du Temple, mais cinquante ans plus tard en Hollande.

Grâce à l’ADN, l’un des plus grands mystères de l’Histoire, l’un des plus polémiques aussi, est peut-être en train de s’éclaircir. Le mythe de Karl-Wilhelm Naundorff, mort en Hollande en 1845, qui prétendait être Louis XVII, le fils de Marie-Antoinette et de Louis XVI emprisonné à l’âge de 7 ans au Temple et décédé officiellement en 1795, est relancé par une nouvelle révélation.

Alors que des études ADN commandées par les Bourbons il y a une quinzaine d’années – pour en finir avec ce fantasme historique et cet «imposteur» – avaient «définitivement» attesté que Naundorff n’était pas Louis XVII, de nouvelles analyses démontreraient que son descendant direct est bien un Bourbon.

Cette découverte inédite revient au Pr Gérard Lucotte, généticien et anthropologue, et à l’historien Bruno Roy-Henry, à l’initiative de cette enquête dans les profondeurs moléculaires. C’est le descendant mâle de la branche aînée de Naundorff, un libraire de 40 ans vivant en France, qui a soumis ses gènes au microscope du Pr Lucotte. Il s’agit d’Hugues de Bourbon – la lignée des Naundorff porte le nom des Bourbons par «une courtoisie de la cour de Hollande», explique un historien, légalisée par plusieurs jugements de la justice française mais toujours très contestée par les Bourbons. Il est le fils de Charles Louis Edmond de Bourbon, descendant très médiatique de Naundorff, décédé en 2008, que beaucoup de gens appelaient «Monseigneur» en soulignant sa ressemblance criante avec Henri IV.

Hugues de Bourbon, descendant de Naundorff, «fait partie de la famille».
- Le professeur Lucotte, généticien et anthropologue

Les prélèvements sur le jeune Hugues ont eu lieu à La Rochelle, il y a deux ans. L’étude a porté sur les marqueurs du chromosome Y (spécifique de la lignée mas­culine). Au contraire de la précédente, il y a 15 ans, qui portait sur l’ADN mitochondrial (spécifique de la lignée féminine), prélevé sur Anne de Roumanie, descendante de Marie-Antoinette par la branche Habsbourg, et avait été comparé à l’ADN contenu dans un os de Naundorff. Ces ­recherches, conduites par le Pr Cassiman, avaient alors exclu toute parenté maternelle Habsbourg. Cette fois, l’analyse du chromosome Y du descendant Naundorff a été comparée avec l’haplotype des Bourbons grâce à «un profil du chromosome Y» de la maison royale établi en octobre dernier par le Pr Cassiman. Résultat: «On retrouve chez lui l’essentiel des marqueurs du chromosome Y des Bourbons, il fait partie de la famille», conclut le Pr Lucotte. Publiés dans la revue scientifique International Journal of Sciences, ces résultats seront présentés samedi par le généticien devant le Cercle d’études Louis XVII.

Outre la vérité historique, les enjeux et passions sont de taille, compte tenu des intérêts patrimoniaux et de la prétention symbolique au trône de France. Selon son entourage, Hugues n’aurait toutefois «pas du tout les revendications» de son défunt père qui prétendait au trône de France en cas de retour de la monarchie.

Que le jeune Naundorff soit un Bourbon n’établit pas pour autant que «l’enfant du Temple» a survécu et qu’il est le fruit de sa descendance. Enfin pas encore. Cette découverte de Lucotte et Roy-Henry n’est que la première étape d’une série de travaux à venir. Pour savoir si Naundorff était bien Louis XVII, il faudrait établir son ADN complet. Or, il y a quatre mois, des cheveux de Naundorff ont été ré­cupérés par des scientifiques. Qui chercheront à prouver que l’ADN mitochondrial Habsbourg – démenti il y a quinze ans – est bel et bien dans ses cheveux. Ces scientifiques remettent en cause la qualité et l’authenticité des prélèvements d’os sur Naundorff, lors de ces tests anciens, car le cercueil avait été ouvert en 1950 lors de la restauration du tombeau.

Le Figaro

Tribune de Bruno Roy Henri (l’un des deux signataires de l’étude)

L’article scientifique (en anglais)

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Wikipédia : Karl-Wilhelm Naundorff, présumé Louis XVII.

Naundorff
Karl-Wilhem Naundorff.

Karl-Wilhelm Naundorff, mort le 10 août 1845 à Delft, est un horloger prussien. Il fut le plus célèbre de ceux qui au XIXe siècle déclarèrent être le dauphin, fils de Louis XVI lequel, d’après ces prétendants, ne serait pas mort à la prison du Temple en 1795.
De 1810 à 1845, Karl-Wilhelm Naundorff essaya en vain de se faire reconnaitre par la famille royale comme Louis XVII. Il se constitua une cour, nomma des aides de camps, des officiers d’ordonnance, un ministère, etc.
Expulsé par les gendarmes de Louis-Philippe Ier, il trouva refuge en Angleterre, puis en Hollande, où il mit au point la « Bombe Bourbon » et devint directeur des ateliers de Pyrotechnie de Delft. [...]

Wikipédia

Apocalypse – La 1ère Guerre Mondiale : « Rage » (Vidéo 4/5)

Les soldats sont au bord du gouffre. Ils veulent que ça s’arrête. Ils veulent rentrer dans leurs foyers. Chez eux, à l’arrière, la colère gronde, la faim tiraille les populations. La guerre a répandu son malheur dans tous les foyers, elle est présente dans chaque instant de la vie quotidienne. Il faut trouver une solution. Il faut que la guerre se termine.

Alors les révoltes commencent : en Allemagne, l’agitation sociale fait craindre pour l’avenir du Reich. L’Empire austro-hongrois vacille : François-Joseph est mort, et son jeune successeur Charles Ier entame des tentatives de paix. Sur le front, la bataille du Chemin des Dames va déclencher des mutineries chez les poilus. Les soldats russes, fatigués d’être tiraillés par la faim et la peur, sr joignent à la Révolution. Le Tsar abdique
et se prépare à l’exil.

Mais l’Etat-major allemand commet une faute stratégique qui va changer le cours du conflit : dans une guerre sous-marine « à outrance », il a décidé d’attaquer tous les navires présents en Atlantique, y compris les bateaux américains. Les USA entrent dans la guerre aux côtés des Alliés, et en juin 1917, le général Pershing débarque en France avec les premiers effectifs.

Un mois après leur arrivée, alors que les renforts américains sont encore à l’entraînement, débute en Belgique la bataille de Passchendaele : sous une pluie torrentielle, des milliers de soldats de l’Empire britannique se noient dans une mer de boue. Un nouvel échec, une nouvelle hécatombe vide de sens.

Apocalypse – La 1ère Guerre Mondiale : « Enfer » (Vidéo 3/5)

Septembre 1915. Des millions d’hommes sont pris dans le piège d’une guerre immense. Des tranchées de France aux montagnes italiennes ou des Balkans, jusqu’aux portes de l’Orient, l’Europe entière s’est enflammée.

Nouvelles armes, nouvelles défenses, la guerre est désormais industrielle et chimique. Les combats atteignent une violence jusque-là inconnue. L’artillerie pilonne. Les attaques se font au gaz, aux lance-flammes, aux Schrapnels, mélange de poudre et de billes de plomb qui fracassent les visages et les corps. Les assauts sont terrifiants, suicidaires. Des orages d’acier brisent les tympans et rendent fous les soldats. Les blessures sont affreuses, les conditions de vie et d’hygiène dans les zones de combat sont catastrophiques, les épidémies font des ravages… C’est l’enfer.

En France, les Allemands lancent en février 1916 une grande offensive sur Verdun. Les Français tiendront coûte que coûte. Dans la Somme, la bataille la plus sanglante de la guerre commence le 1er juillet 1916. En quelques heures l’armée britannique perd 30.000 hommes. 5 millions d’hommes sont déjà morts en 16 mois. Mais, pour les grands chefs, le coût humain et matériel est tellement élevé qu’il faut que l’ennemi paie et que la guerre continue. Comment arrêter cette folie ? Comment mettre fin à cette rage ?

Histoire d’un mensonge : Napoléon III n’a pas perdu l’Alsace et la Moselle !

siège de Paris
Le siège de Paris en 1870 par Jean-Louis-Ernest Meissonier (1884).

La guerre de 1870 et la perte de l’Alsace-Moselle qui en a découlé est le principal reproche formulé à l’égard de Napoléon III. Or, la perte des trois départements est davantage le fait de la République naissante que de l’Empereur alors prisonnier, car la perte de ces provinces fut avant tout la sanction infligée par l’Allemagne à la France pour la guerre à outrance voulue par les républicains.

I. Napoléon III et l’impératrice hostiles à la guerre

Il faut rappeler d’abord que Napoléon III, alors usé par la maladie, était hostile à la guerre et a cherché à l’éviter jusqu’au bout. Le Corps législatif l’a votée sous ses yeux catastrophés, ce même Corps législatif qui avait repoussé la loi Niel de 1867 visant à mettre l’armée française au niveau de l’armée prussienne avec un renforcement des effectifs mobilisables. Il faut rappeler aussi que c’est Bismarck qui voulait la guerre, et non la France.

La princesse de Metternich, épouse de l’ambassadeur d’Autriche en France, rapporte dans ses Mémoires l’état d’esprit de Napoléon III :
« l’empereur me parla de ses préoccupations au sujet de la guerre qui menaçait d’éclater ! L’impératrice s’en montrait tout aussi affectée, et on en a menti impudemment en prétendant qu’elle y poussait avec acharnement. Je puis affirmer que tous deux en étaient également effrayés, et qu’ils éprouvaient le plus grand et le plus ardent désir de voir ce fléau évité à leur pays. « On fera tout au monde, disait l’empereur, pour empêcher que la guerre n’éclate, je crains seulement que les esprits ne s’échauffent, et qu’on ne puisse pas endiguer le torrent d’un enthousiasme dangereux qui, s’il se répand, forcera la main au gouvernement. L’opinion publique ne se laisse guère maîtriser par le temps qui court ! » […]
« Nous allons à l’encontre d’événements d’une gravité extrême, et le meilleur serait d’éviter toute collision ! ». L’impératrice abonda dans son sens et s’écria : « Ah ! que Dieu fasse qu’il n’y ait pas de guerre, mais la paix achetée au prix du déshonneur serait un malheur égal, et la France ne s’en accommoderait pas ! ». Voilà comment l’impératrice Eugénie voulait la guerre. » (Souvenirs). (1)

II. Les républicains repoussent des propositions de paix avantageuses

Le 19 juillet, la guerre fut déclarée, puis vint les défaites successives dues à l’infériorité numérique, aux désaccords entre les généraux sur la stratégie à suivre, et à leur incompétence sur le champ de bataille.

Jules Favre
Jules Favre.

Le 4 septembre 1870, deux jours après la capitulation de Sedan, les républicains, appuyés par la trahison de Trochu, proclamèrent la République à l’Hôtel de ville de Paris. La défaite fut une divine surprise pour les républicains comme l’avouèrent certains d’entre eux.

Voici alors ce que rapporte le baron Eugène Eschassériaux, député bonapartiste, dans ses Mémoires :
« Le gouvernement du 4 septembre voulant se maintenir à tout prix, avait résolu de ne pas faire la paix et de se lancer dans une guerre à outrance. Le moyen était de tromper le pays et de lui faire croire que la Prusse voulait continuer la guerre. […] Le refus d’armistice était un odieux mensonge sur lequel s’est appuyée toute la politique des gens du 4 septembre et dont la fausseté a été reconnue plus tard par Jules Favre lui-même ». (2)
Le 18 septembre 1870 eut lieu l’entrevue secrète de Ferrières entre Bismarck et Jules Favre. Bismarck ne demanda que la cession de la ville de Strasbourg et sa banlieue : « [La sécurité de l'Allemagne] ne peut être garantie que par une cession de territoire. Strasbourg est une menace perpétuelle contre nous. Il est la clef de notre maison et nous la voulons. » (3)
« Nous demandons l’occupation de toutes les forteresses assiégées dans les Vosges, celle de Strasbourg et la garnison de cette place prisonnière de guerre. » (4). Le républicain fit pourtant croire et publier que Bismarck réclamait déjà l’Alsace-Moselle. Jules Favre avouera lui-même son mensonge, comme on le verra par la suite. Par ailleurs, les deux dernières citations de Bismarck sont tirées des écrits de Favre lui-même. Les républicains craignaient un renversement s’ils acceptaient les conditions. « Il n’y avait qu’un moyen d’entraîner le pays, c’était de lui cacher la vérité, et de lui présenter une peinture si exagérée des exigences de la Prusse, que les cœurs se soulevassent d’indignation, et qu’il ne sortît de toutes les poitrines qu’un même cri : la guerre ! » (Paul de Cassagnac, 5).

Le 20 septembre, Favre déclara que le gouvernement ne céderait « pas un pouce de nos territoires, pas une pierre de nos forteresses ». Le Journal officiel du 22 septembre porta la déclaration mensongère aux Français, lesquels purent y lire que la Prusse réclamait l’Alsace-Lorraine.

Le 1er novembre 1870 eut lieu une nouvelle rencontre, Bismarck imposa des conditions plus dures qu’à Ferrières : l’Alsace (pas encore la Moselle) et deux milliards de francs-or, ainsi que la convocation immédiate d’une Assemblée nationale. Adolphe Thiers essaya de convaincre, en vain, le gouvernement provisoire de faire la paix, sans quoi la France risquait de subir des pertes plus dures encore, notamment la Lorraine. Le gouvernement républicain resta sourd.

Finalement, la paix ne fut signée que le 10 mai 1871, la France cédant alors l’Alsace (à l’exception de Belfort) et la Moselle, et versant une indemnité de guerre de 5 milliards de francs-or.

Quant au mensonge de Jules Favre sur l’entrevue de Ferrières, il ne fut éventé que le 17 février 1871 dans un bureau de l’Assemblée nationale. M. de Valon, député du Lot, alors secrétaire, consigna les propos de Favre. Il les divulgua le 16 juin 1871 à la Chambre. Voici ce qu’écrit le bonapartiste Paul de Cassagnac à ce propos : « Cette révélation était foudroyante. Elle apprenait tout à coup au pays qu’il avait été odieusement trompé par le gouvernement du 4 septembre ; et qu’il aurait pu conclure la paix six mois plus tôt sans céder deux provinces, et sans répandre inutilement le sang de tant de malheureux. » (6). Jules Favre donna alors à la Chambre des députés le 17 juin 1871 une autre version de l’entrevue de Ferrières (7), ce qui revenait à admettre son mensonge. Il affirma que de toute façon, qu’aucun Français n’était prêt à concéder Strasbourg aux Prussiens (!!!) …

Le député Adolphe Granier de Cassagnac (le père de Paul) conclura que « L’histoire dira que c’est à la République que l’on doit la perte de deux provinces et qu’à l’Empire, au contraire, on est redevable de trois départements. Voilà la vérité. » (Souvenirs du Second Empire, 8).

III. Pourquoi les républicains ont menti

Bismarck ne considérait pas les républicains comme représentants légitimes de la France en 1870-1871. C’est pour cela qu’il demandait comme condition non négociable à la paix la tenue de nouvelles élections. Or, en septembre 1870, les républicains craignaient d’essuyer une large défaite (et de perdre ainsi le pouvoir) dans le cadre d’élections législatives : quatre mois auparavant, plus de sept millions de suffrages venaient encore acclamer l’Empire !
Les rapports des préfets adressés au gouvernement insurrectionnel en 1870 assuraient d’autre part que les populations rurales étaient restées fidèles à la dynastie impériale.

Le camouflet pour les républicains aux élections ne vint qu’en février 1871, quand il ne fut plus possible de repousser la paix. A défaut de bonapartistes (Gambetta les empêcha de se présenter par son arrêt du 31 janvier), ce sont les royalistes que les Français envoyèrent en masse à la Chambre des députés.

L’Empereur eut bon dos pour la perte des trois départements …
Rappelons qu’il fut favorable à la paix moyennent Strasbourg et sa banlieue.

Notes :
1. METTERNICH Pauline (von), « Je ne suis pas jolie, je suis pire ». Souvenirs. 1859-1871, Paris, Le Livre de Poche, 2010, pp. 176-177.
2. ESCHASSÉRIAUX Eugène (baron), Mémoires d’un grand notable bonapartiste, 1823-1906, présentées par François Pairault, Saintonge, Sire de Pons, 2000, p. 109.
3. FAVRE Jules, Gouvernement de la Défense nationale, tome I, Paris, Plon, 1871, p. 165.
4. Ibid., p. 183. Voir aussi page 440.
5. CASSAGNAC Paul (de), Histoire de la Troisième République, Paris, Lachaud et cie, 1876, p. 101.
6. Ibid., pp. 106-107.
7. « Assemblée nationale » (rapport des débats du 17 juin) dans Journal des débats politiques et littéraires, n° du 18 juin 1871, pp. 2-3. « Je demande quel est le Français qui au 18 septembre aurait accepté la paix en cédant Strasbourg. Strasbourg qui versait son sang, Strasbourg qui était incendiée et qui donnait l’exemple du plus patriotique courage ! » (Favre) – Consulter sur Gallica.
D’autre part, Journal officiel du 17 juin 1871 :
De Valon : « M. Jules Favre ne s’est pas contenté de nous déclarer que, contrairement à ce qui avait été mentionnné dans des documents antérieurs, la Prusse, à la date du 17 février, n’avait pas exigé la cession de l’Alsace et de la Lorraine ; il nous a dit qu’à Ferrières, c’est-à-dire le 18 septembre, il avait été question d’autre chose que de l’armistice, que le mot de paix avait été prononcé. Il nous a dit qu’à Ferrières, le 18 septembre, M. de Bismarck lui avait proposé de faire la paix, moyennant la cession de Strasbourg et de sa banlieue. »
Plusieurs membres : « Oui, oui, c’est vrai » !

8. GRANIER DE CASSAGNAC Adolphe, Souvenirs du Second Empire, troisième partie, Paris, Dentu, 1882, p. 191.

Apocalypse – La 1ère Guerre Mondiale : « Peur » (Vidéo 2/5)

27 août 1933. Prusse orientale. Hitler et Goering, anciens combattants de 14/18, rendent hommage au Maréchal von Hindenburg, dans le cadre démesuré du monument à la bataille de Tannenberg. Hitler dit : « Tannenberg est un symbole. C’est là, en 1914, que s’est joué le destin de l’Allemagne. »

Pour Hindenburg, cette bataille a été, vingt ans plus tôt, le moment le plus important de son existence et de la 1ère Guerre mondiale. Alors que les Russes avancent en territoire prussien, provoquant l’exode massif de populations allemandes qui fuient la zone des combats. Hindenburg les arrête à Tannenberg.

A l’Ouest, la percée allemande est stoppée, in extremis, par les Français à la bataille de la Marne. Après que chaque armée ait essayé, en vain, de déborder l’adversaire, le front occidental se fixe et s’enterre de la mer du Nord à la Suisse. Plus au Sud, Italiens, Turcs (alors Ottomans) entrent aussi dans le conflit.

Les alliés britanniques et français font alors appel à leur empire : Canadiens, Australiens, Néo-Zélandais, Sénégalais, Marocains, Algériens, Annamites s’engagent dans la guerre. L’embrasement est maintenant mondial. L’hémorragie semble inéluctable. Les champs de bataille sont un véritable enfer.

Apocalypse – La 1ère Guerre Mondiale : « Furie » (Vidéo 1/5)

11 novembre 1918. 11h du matin. Soudain, c’est le silence. Le soldat canadien George Price, vient de tomber, l’un des derniers tués d’un immense carnage qui a fait près de 10 millions de morts chez les militaires, 9 millions chez les civils et 21 millions de blessés.

Comment en est-on arrivé là ? Quelle est l’origine de cette furie qui va s’emparer du monde pendant quatre ans ? Qui va ruiner les pays et provoquer la chute de plusieurs empires ? En ce début de XXème siècle, en Europe, c’est encore la Belle Époque. Mais le 28 juin 1914 à Sarajevo, l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, est assassiné.

Cet événement, met le feu aux poudres des vieilles rancœurs nationales et patriotiques des monarchies européennes. Les grands industriels préfèrent sans doute le conflit armé à celui larvé qui monte d’une classe ouvrière. Quelques semaines après l’attentat de Sarajevo, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie et active ainsi le jeu des alliances entre États.

Le départ des troupes au combat est le miroir d’une inconscience collective qui pense que la guerre va être courte et glorieuse. En août 1914, les Allemands ne sont pas loin de Paris. Leur victoire semble proche, et l’enthousiasme devient peur.

Histoire : Décès du médiéviste Jacques Le Goff, à 90 ans

Jacques Le Goff

Disparu à Paris ce 1er avril à l’âge de 90 ans, il était sans conteste l’un des plus grands médiévistes français. Ses nombreux ouvrages contribuèrent à modifier profondément la connaissance d’un Moyen Âge qu’une tradition séculaire s’évertuait à considérer comme une période obscurantiste.

La Civilisation de l’Occident médiéval, L’imaginaire médiéval, La Naissance du purgatoire… Jacques Le Goff, grand héritier de l’Ecole des Annales de Lucien Febvre et de Marc Bloch fut l’un des principaux initiateurs de la «nouvelle histoire», une discipline anthropologique, non plus spécifique mais globale, communiquant avec les autres sciences sociales, et dont le projet consistait à mettre en regard, pour mieux les comprendre, le passé et le présent. [...]

Jacques Le Goff excelle à repérer et à décrire les mouvements qui, tout en la travaillant, composent l’Histoire. Prompt à penser l’ère médiévale en termes de civilisation et à adopter la perspective d’un «long Moyen Age», il s’attache à mettre au jour les rapports, en termes d’héritages comme de changements de paradigmes, qui se tissent entre le Moyen Age et le monde d’aujourd’hui. Pour ce qui est des ruptures, Le Goff insiste sur le tournant du XIIIe siècle, véritable apogée de la Chrétienté à ses yeux. L’historien y situe l’essor d’une société urbaine où les différents groupes (marchands-banquiers, artistes, «intellectuels») se rapprochent dans la mesure où ils se découvrent une communauté d’intérêts. Quant aux continuités, c’est surtout celle de l’Europe qui retient Le Goff: une idée européenne dont il montre, à travers plusieurs livres (L’Europe est-elle née au Moyen Age ?, 2004), qu’elle est en gestation durant le Moyen Age. [...]

Le Figaro

Histoire : « Le martyre du Kosovo », mensonges et mystifications de l’OTAN

Le livre de Nikola Mirkovic ne se contente pas de démonter mensonges et mystifications.

Par Jean-Baptiste Noé.

Le Kosovo nous rappelle les guerres balkaniques de ces dernières décennies : Yougoslavie (1992), Serbie (1999), puis indépendance du Kosovo (2010). Si nous en avons connu l’avers du décor, le livre de Nikola Mirkovic nous en présente l’envers.

Mirkovic Kosovo

D’origine serbe et vivant en France, Nikola Mirkovic travaille dans une association humanitaire qui œuvre pour les habitants du Kosovo. Il connaît donc très bien la région et le sujet, et s’exprime ici en expert. [...]

Ce qu’il nous montre dans ce livre, c’est l’ensemble des mensonges orchestrés par l’OTAN pour organiser une guerre qui n’avait pas lieu d’être. Comment de faux charniers ont été créés, des massacres inventés de toutes pièces, et comment les forces de l’OTAN, appuyées par des médias moutonniers, ont présenté les Serbes comme des agresseurs, alors qu’ils défendaient leur région contre les attaques albanaises. Les mensonges de l’OTAN ont été éventés avec la fameuse fiole d’armes de destruction massive, armes irakiennes qui n’ont jamais été trouvées. Puis en Libye, de fausses images de liesse tournées aux États-Unis. Le Kosovo fut le champ d’expérimentation de ces mensonges répétés, qui ont abouti à une guerre funeste pour les populations locales. [...]

Nikola Mirkovic, Le martyre du Kosovo, Édition Jean Picollec, 2013, 200 pages.

Lire l’analyse complète sur Contrepoints

Blog Histoire

Histoire. Jean Sévillia : « Apocalypse, des lieux communs sur le plan historique »

poilus Grande Guerre
Poilus dans une tranchée de la Main de Massiges, 1916.

INTERVIEW. – Écrivain et journaliste, Jean Sévillia est aussi historien, auteur de nombreuses biographies et d’essais comme, tout ­récemment, L’Histoire passionnée de la France, éd. Perrin.

[...] je trouve décevant que certaines phrases ressortent des vieux mythes de gauche, des lieux communs risibles sur un plan historique. Globalement, on a l’impression que c’est la caste dirigeante : les rois, les généraux et les patrons qui ont déclenché la guerre, et que les peuples sont victimes de ce système. Ceci est la vision marxiste classique, quasiment léniniste et même jaurésienne. Jaurès est d’ailleurs cité. Il est absurde de dire que les patrons français voulaient la guerre pour faire taire les ouvriers. C’est de la propagande CGT de 1920 !

La guerre ­résulte d’une multiplicité de facteurs, dont le jeu des alliances. Ce sont les nations qui ont préparé cela. Les peuples n’ont pas seulement subi, ils ont aussi été acteurs dans ce jeu-là. [...]

Au moment de la bataille de la Marne, en septembre 1914, je relève cette phrase : «Le nombre inouï de morts n’arrête pas les grands chefs.» Mais qu’est-ce qu’il fallait faire ? Arrêter la bataille et laisser les Allemands entrer ? Autre phrase choquante : «Étrangement l’immensité du carnage ne décourage pas le patriotisme des combattants.» Ce qui signifie que les auteurs trouvent étrange le fait que les soldats soient patriotes. Il y a là un point de vue idéologique qui est fort. D’autre part, à propos de la ­bataille de Tannenberg, les auteurs ­disent: «Les Russes qui sont écrasés par le tsarisme et la religion.» Là encore c’est un point de vue idéologique, ­comme si le tsarisme et la religion avaient abruti le peuple. [...]

Le Figaro

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