La crise, moteur du capitalisme

L’histoire du capitalisme se confond avec l’histoire de ses crises. Sur la période 1970-2007, on ne compte pas moins de 124 crises bancaires, 208 crises de change et 63 crises de la dette souveraine !

Devant de tels chiffres, l’idée d’une autorégulation par les marchés apparaît comme insuffisante. Pour comprendre comment le capitalisme gère ses excès, il semble que l’hypothèse alternative d’une régulation par les crises ne manque pas d’arguments. Pour s’en convaincre, il n’est que de considérer ce qu’on nomme les « grandes crises » ou crises structurelles. Parce qu’elles sont des périodes de profonde mutation, leur rôle dans l’évolution historique du capitalisme est crucial.

Il s’agit de crises profondes, non seulement quantitativement par leur intensité, mais également qualitativement par l’ampleur des transformations institutionnelles qu’elles initient. Ces crises ont pour origine l’épuisement d’un modèle de croissance qui ne réussit plus à contenir ses déséquilibres.

Pour repartir, le système économique a besoin de nouvelles règles du jeu, de nouvelles institutions, de nouveaux compromis. Tel est l’enjeu des grandes crises : réinventer un nouveau modèle de croissance.

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2000 milliards créés à partir de rien

En une décennie d’existence, la Banque Centrale Européenne a créé 2000 milliards d’euros. Cette somme colossale dépasse l’entendement. Un millier d’euros représente déjà une somme conséquente. Un million d’euros, c’est la richesse. Un milliard d’euros, c’est le pouvoir, la gloire et l’accès à l’élite. Alors que peuvent bien représenter deux mille milliards d’euros ?

Pour parler clair, cette injection correspond à un doublement de la masse monétaire : la Banque Centrale Européenne a créé autant d’euros en dix ans qu’il en existait à sa naissance en 1999. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Quoi qu’il en soit, cette information est trop importante pour être reléguée au rang de « détail technique ». Il est donc essentiel d’identifier qui bénéficie et qui pâtit de cette création monétaire. L’Essai sur la nature du commerce en général de l’économiste Richard Cantillon fournit quelques clés de compréhension.

Nous vivons dans une ère nouvelle : celle du papier-monnaie. Pendant presque toute l’histoire de l’humanité, de l’époque des Pharaons à la Première Guerre Mondiale, la monnaie était un métal rare : or ou argent. Ces métaux s’étaient imposés spontanément comme les plus aptes à faire fonction de monnaie d’échange, sous tous les cieux et à toutes les époques. Lire la suite