Presse de gauche : Le politiquement correct, ce «virus mortel»

Tribune de Marcela Iacub dans Libération sur la « débandade » de la presse de gauche.

Ce qui est en train de tuer la presse de gauche – car celle de droite se porte plutôt bien – c’est le politiquement correct. Et Libération, hélas, n’échappe pas à cette maladie post-coloniale. Car c’est bel et bien ainsi qu’il faut appeler ce virus mortel.

Les journalistes et les intellectuels qui s’expriment dans les journaux de gauche se sentent investis d’une fonction civilisatrice envers les masses. Ils croient que ces dernières ont besoin d’être guidées dans la vie sociale, politique et culturelle.

Qu’il faut leur dire comment traiter sa femme, son compagnon, ses enfants, ses voisins, les immigrés, les Arabes, les Juifs, les homosexuels, les harcelés, ceux qui sont discriminés pour de mauvaises raisons. Qu’il faut leur indiquer les choix politiques qui s’ouvrent à eux de sorte qu’ils ne sombrent pas dans la barbarie ou dans l’infantilisme. Qu’il faut leur donner à lire des livres véhiculant des messages massifs et clairs – pourvu qu’ils soient écrits d’une certaine manière, bien entendu – voir des films dont leurs auteurs se sont donné un mal fou pour qu’ils existent grâce au système français d’aides au cinéma. Et si les masses auxquelles ils s’adressent n’achètent plus cette presse-là, il faut dire que c’est la faute d’Internet, des tablettes, etc. Comme si le papier était le coupable et non pas ce qu’on y lit.

Sauf à devenir entièrement financée par l’Etat, on peut imaginer que la presse de gauche disparaîtra définitivement du paysage français d’ici quelques années. Et ce sera la presse de droite dont la panoplie idéologique ne cessera de s’étendre qui occupera la place laissée vacante par la gauche.

Or, le plus étonnant c’est que ces masses auxquelles on attribue tant d’ignorance et une telle nécessité de guidage sont de plus en plus éduquées. Ces «indigènes» sont capables de se faire une opinion propre sur un grand nombre de choses et s’ils boudent la presse de gauche, c’est parce qu’ils pensent, en revanche, que les journalistes et les intellectuels qui s’y expriment n’en sont pas capables.

En effet, si l’on passe en revue l’ensemble de la presse de gauche on y retrouve des points de vue identiques sur presque tout. Il suffit qu’un quelconque événement un peu hors du commun arrive pour deviner presque littéralement ce que la presse de gauche va dire à l’unisson, telle une meute de perroquets ou de singes. […]

Marre qu’on ne l’invite pas à réinventer la société, la politique, la réalité, la langue. Marre que la lecture d’un journal ne soit jamais une expérience forte, enivrante, affolante. Marre.

Libération

Alain Finkielkraut élu à l’Académie française, l’analyse de Zemmour (vidéo)(màj 2)

Addendum 11/04/14 23H30


Addendum 11/04/14 11H30


source : iTélé – On ne va pas se mentir – 10 avril 2014


Addendum 10/04/14

Il a divisé l’Académie. Avec son livre L’Identité malheureuse et les débats passionnés qu’il a suscités, Alain Finkielkraut est une personnalité «clivante», selon certains de ses détracteurs.

Après un mois de discordes, le verdict est enfin tombé. Le philosophe controversé vient d’être élu au fauteuil de Félicien Marceau avec 16 voix sur 28 dès le premier tour. Trois voix à Gérard de Cortanze, une voix à Athanase Vantchev de Thracy et huit bulletins blancs. [...]

Le Figaro

04/04/14

L’auteur de La Défaite de la pensée triomphera-t-il à l’Académie française ? Le 10 avril, Alain Finkielkraut saura s’il occupera le fauteuil n° 21, celui de l’écrivain Félicien Marceau, qui fut au moins aussi antimoderne que lui. Face à « Finki », cinq autres candidats, bien moins médiatiques, ne devraient pas lui faire de l’ombre.

Ce contempteur de la « pensée 68″ bénéficie du soutien des influents Jean d’Ormesson et Pierre Nora, mais il compte aussi de farouches ennemis sous la Coupole. « Avec Finkielkraut, c’est le FN qui entre à l’Académie », risque un Immortel. « Finki », 64 ans, ne fait certes pas l’unanimité sur le plan des idées, mais le « coeur intelligent » de ce passeur de grands textes, récompensé en 2010 par le prix de l’Essai de l’Académie, suscite moins de débats. [...]

Le Point

14/03/14

Le philosophe a déposé, jeudi, sa lettre de candidature au fauteuil de l’écrivain Félicien Marceau à l’Académie française.

Hebergeur d'imageIl a certainement dû réfléchir un long moment avant de se jeter à l’eau. Mais Alain Finkielkraut a fini par accepter de poser sa candidature à l’Académie française, au fauteuil de Félicien Marceau, décédé en mars 2012. L’Académie, notamment à travers les voix de Jean d’Ormesson et Marc Fumaroli, sollicitait depuis un certain temps «Finky» à venir rejoindre les rangs des immortels. Le succès de son dernier livre, L’Identité malheureuse (Stock), qui l’a installé non seulement en tête des ventes mais dans toutes les conversations, n’a sans doute pas été étranger à sa décision. Sa candidature posée, reste à se faire élire lors d’un scrutin, qui aura lieu le 10 avril prochain, quai de Conti à Paris.

L’homme a plusieurs atouts en poche. À commencer par sa position au cœur du débat intellectuel français. Il faut reconnaître que L’Identité malheureuse l’a propulsé au centre du débat intellectuel et politique. [...]

Le Figaro

Mathieu Hanotin (PS) : «Entendons l’ultimatum des habitants de la Seine-Saint-Denis, dans 3 ans il sera trop tard!»

Le socialiste Mathieu Hanotin s’interroge sur le basculement à droite de nombreuses villes de Seine-Saint-Denis et déclare désapprouver les grandes orientations économiques qui ont été prises lors des deux dernières années.

Les résultats des élections municipales en Seine-Saint-Denis doivent être perçus comme un ultimatum pour toute la gauche. En 2012, plus de 65% des électeurs ont voté pour François Hollande, 11 députés de gauche ont été élus sur les 12 circonscriptions du département. Et pourtant, depuis dimanche, en Seine-Saint-Denis, 20 villes sur 40 sont dirigées à droite. Six villes, et non des moindres, ont basculé : Bobigny, Saint-Ouen, Le Blanc-Mesnil, Livry-Gargan et Aulnay-sous-Bois et Villepinte.

Que s’est-il passé, en moins de deux ans ? Comment en sommes-nous arrivés là? Ce vote signifierait-il que la droite serait désormais mieux placée pour répondre aux attentes des habitants des quartiers populaires? Bien évidemment, la réponse est non. Tout ce que la droite a à offrir, c’est toujours plus de stigmatisation, de repli sur soi, de casse des acquis sociaux, de remise en cause des services publics. […]

Soyons au rendez-vous pour que les enfants de la Seine-Saint-Denis aient enfin le service public d’éducation auquel ils ont droit, renforçons la présence des forces de l’ordre afin de garantir aux populations les plus fragiles le droit à la sécurité, engageons la lutte contre la pauvreté en relançant l’emploi et le pouvoir d’achat.

Il nous reste trois ans pour démontrer aux habitants des banlieues que leur voix est prise en compte. Trois ans pour retrouver la confiance de ceux qui nous ont placés aux responsabilités. Nous devons renouer avec les aspirations de l’électorat populaire. Entendons l’ultimatum des habitants de la Seine-Saint-Denis, dans 3 ans il sera trop tard !

Libération

Municipales : la droite a-t-elle séduit les électeurs musulmans ?

Des villes populaires, où la droite avait ciblé les électeurs musulmans, sont tombées dans son escarcelle lors des municipales, relançant l’hypothèse d’un « vote musulman » en train d’échapper à la gauche.

A Marseille, le candidat socialiste malheureux, Patrick Menucci, a imputé une partie de sa défaite à la perte d’électeurs musulmans après une campagne dure sur le mariage homosexuel. [...]

Hebergeur d'imageObservant cette crispation, le patron de l’UMP Jean-François Copé avait appelé ses troupes à partir à la conquête des électeurs musulmans, qui avaient voté à 85% pour François Hollande au second tour de la présidentielle.

Plusieurs candidats de Seine-Saint-Denis l’ont pris au mot. A Aulnay-sous-Bois, le représentant de l’UMP a distribué le livre « Mehdi met du rouge à lèvres »; au Blanc-Mesnil, le candidat UMP a adressé un courrier aux électeurs mettant en garde contre « la théorie du genre »…

Selon M’hammed Henniche, secrétaire général de l’Union des associations musulmanes du département (UAM93), la campagne de « séduction » s’est aussi traduite par des marques de « respect », destinés à faire oublier les polémiques sur le halal, la burqa ou les prières de rue qui avaient marquées la présidence de Nicolas Sarkozy.

« Il y a eu plein de petits signes destinés à dire +Sarko c’est fini, oubliez les folies islamophobes de sa fin de règne+ », dit-il, en citant la présence de femmes voilées sur les listes d’Aulnay-sous-Bois et d’Argenteuil (Val d’Oise) ou des visites dans des lieux de culte comme à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine). [...]

Philippe Velilla, auteur de « la République ou les tribus », y voit la preuve de l’émergence d’un « vote musulman ». « En déplaçant au niveau national 20% de ce vote qui représente 5% des suffrages exprimés à son avantage, la droite gagnerait un point, les élections se jouent parfois à cela », dit-il. [...]

Vincent Tiberj, chercheur à Sciences Po, conteste l’idée même d’un vote lié à l’islam. Les musulmans sont souvent issus du Maghreb, d’Afrique ou de Turquie, souligne-t-il : « ce n’est pas leur religion mais leur origine, leur visibilité qui crée le vote à gauche ». [...]

Le Point

Les «musulmans de gauche», une nouvelle famille politique ?

Dans une étude qui vient de paraître, le directeur de la Fondation Jean-Jaurès, Gilles Finchelstein, révèle la naissance d’une nouvelle famille dans le paysage politique français. Un groupe favorable à l’immigration et au droit de vote des étrangers mais «conservateur» sur les questions de société.

Pourquoi «de gauche» ? Parce qu’ils ont massivement voté pour François Hollande (72%) en mai 2012.

Vous dites avoir hésité à publier cette étude. Est-ce l’expression d’un doute sur les conclusions auxquelles vous êtes parvenu ? Ce qui expliquerait d’ailleurs le point d’interrogation qui accompagne le titre de votre note : « Des musulmans de gauche ? » Ou avez-vous craint les interprétations auxquelles elle pouvait donner lieu ?

- La question des musulmans est instrumentalisée à tort et à travers dans le débat public. Alors, oui, je me suis demandé si cette étude qui manipule des objets explosifs et bouscule beaucoup d’idées reçues ne risquait pas d’être utilisée dans je ne sais quel combat douteux. Mais la réalité doit être regardée en face et la connaissance étayée des mouvements qui traversent la société française ne saurait être un handicap pour ceux qui, comme moi, croient à la République. |…]

Je ne vous étonnerai guère en vous disant que des groupes idéologiquement cohérents ont émergé et, pour certains d’entre eux, ont confirmé des stéréotypes traditionnels : je pense aux «bobos de gauche», mais aussi aux « mondialisés libéraux » ou aux «conservateurs assumés» de droite ou encore à ceux que l’on peut appeler «les anxieux désorientés» et qui sont proches de l’extrême droite. […]

Mais alors pourquoi […] qualifier ce groupe comme vous le faites ?

- […]Pourquoi «musulmans » ? Parce que ce groupe se distingue des autres en ce qu’il rassemble des populations fragilisées socialement – c’est très important – mais aussi parce que sa véritable singularité tient dans le fait que la moitié des musulmans appartiennent à cette famille et que cette famille est composée à moitié de personnes qui se déclarent elles-mêmes de religion musulmane. C’est une surreprésentation que l’on ne constate dans aucune autre famille pour aucune autre catégorie… […]

Quant à la gauche, ce que montre cette étude, c’est l’impasse de la stratégie électorale qui avait été portée, il y a deux ans, par mes amis de Terra Nova. L’alliance privilégiée des bobos et des populations issues de l’immigration – le plus souvent musulmanes – ne serait pas seulement une erreur politique grave parce qu’elle négligerait le poids des seniors et des milieux populaires, elle se heurterait en outre, on le voit, à la difficulté de rassembler durablement des familles diamétralement opposées sur les questions culturelles. En politique, il y a une seule façon de surmonter ces clivages : c’est de porter un projet qui sache transcender les différentes familles, groupes ou communautés, et s’adresse à chacun. C’est cela la République !

Nouvel Obs

Brignoles : le candidat de gauche se retire et propose une union avec l’UMP

En début d’après-midi, Jean Broquier (DvG) proposait à Josette Pons (UMP – UDI) de créer une liste de rassemblement républicain. La députée, arrivée deuxième à 117 voix de Laurent Lopez (FN), refuse cette initiative.

Hebergeur d'imagePour Josette Pons, il est hors de question de céder à la pression de Jean Broquier. « Dimanche dernier, les électeurs de Brignoles ont pris clairement, la décision de sanctionner la gestion de l’équipe municipale en place, ainsi que la politique nationale menée par le gouvernement socialiste. Aujourd’hui, après avoir largement perdu, il me demande de fusionner nos listes. Je refuse catégoriquement, les électeurs ne veulent définitivement plus de ces arrangements et de ces magouilles entre partis politiques. De plus, j’ai un projet cohérent et réaliste que j’ai proposé, avec l’ensemble de mes colistiers unis et solidaires, je tiens à aller au bout de cette aventure avec eux. » [...]

Var Matin

Portrait : Taubira, «l’ancienne militante indépendantiste extrémiste devenue une notable molle des Radicaux de gauche» …

Le politologue Alexandre Vatimbella revient sur le parcours politique de la Garde des Sceaux, ancienne indépendantiste guyanaise devenue égérie du mariage gay. Et si Christiane Taubira n’était finalement qu’une bulle médiatique ?

Christiane Taubira est restée, pendant des années, un ovni politique multipliant les déclarations à l’emporte-pièce, les positionnements incongrus et collectionnant les échecs électoraux.

Quand une ministre affirme n’avoir pas été mise au courant d’une affaire qui concerne son domaine d’intervention alors que des documents existent pour prouver le contraire, cela s’appelle, au mieux, une gaffe politique.

Quand une ministre brandit des documents pour prouver sa bonne foi devant une flopée de journalistes et une multitude de caméras et que ceux-ci démontrent le contraire de ce qu’elle est en train d’affirmer, cela s’appelle, au mieux, une gaffe politique.

Quand les deux gaffes sont commises par la même ministre sur une même affaire, cela s’appelle au mieux une faute politique, au pire un mensonge. […]

Déjà, son arrivée à la tête du ministère de la justice avait déjà été une réelle surprise pour ne pas dire comprise comme une erreur de casting de la part de François Hollande et qui étonna jusqu’à ses propres amis. […]

Sans aucune référence à faire valoir pour ce poste, elle multiplia les bourdes et les déclarations à l’emporte-pièce se mettant à dos nombre de professionnels de la justice, jusqu’à ses collaborateurs de son cabinet où le turn-over fut particulièrement important.

Qu’on se rappelle, par exemple, cette déclaration d’un député socialiste dans Le Monde la qualifiant de «dernier phare de la gauche dans la brume» (sic). Ou de la défense lyrique de l’écrivaine Christine Angot dans Libération demandant à François Hollande de la nommer premier ministre…

Politiquement parlant (et si aucune nouvelle révélation ne la fragilise), son départ serait un coup dur pour Hollande.

D’une part parce que Taubira est ce poids lourd évoqué plus haut mais aussi elle est ce symbole que nous avons expliqué pour de nombreux électeurs de gauche. Son renvoi serait perçu par ceux-ci comme le lâchage inadmissible de celle qui a affronté face à face la droite et l’extrême-droite ainsi que tous les populismes fascisants. Une reculade quasi-impossible en ces temps de tensions politiques et d’échéances électorales où l’on doit envoyer des gages à son propre camp. […]

Reste que ces gaffes à répétitions ne sont peut-être pas des affaires d’une extrême gravité mais elles démontrent une nouvelle fois l’amateurisme extrême d’une partie de l’équipe au pouvoir, ce qui jette un doute raisonnable sur ses capacités à réellement gérer les affaires du pays…

Le Figaro

Jean-Pierre Le Goff : «Nous assistons à l’autodestruction de la politique»

A la veille des municipales et après une semaine marquée par la succession des affaires, le sociologue Jean-Pierre Le Goff a accordé un long entretien à FigaroVox. Il analyse la profonde crise morale et politique que vit la France.

Ce qui me frappe dans les réactions de Christine Taubira, c’est ce mélange de subjectivité débridée et ce point aveugle de certitude consistant à se croire constamment dans le camp du Bien.

On ne brandit pas la morale contre ses adversaires impunément. La gauche se prévaut d’une supériorité morale en se voulant le dépositaire attitré d’une certaine idée du Bien. Cette prétention s’est effondrée à travers une série d’affaires dont les plus récentes et les plus marquantes ont été l’affaire DSK et l’affaire Cahuzac, mais cela ne l’empêche pas de continuer à faire semblant. […]

Quant aux leçons tirées de l’«affaire Taubira»par des commentateurs, elles en disent long sur la façon dont ils conçoivent la politique aujourd’hui: «amateurisme», «manque d’habileté», «erreur de communication, comme si la politique se résumait désormais à des problèmes de management et de communication. Dans ces domaines, les conseillers ne manquent pas et ils font payer très cher leurs prestations avec les résultats que l’on sait… La compétence ou l’incompétence dans le cynisme politicien, telle semble être le nouveau critère pour évaluer la politique dans l’«essoreuse à idées» des grands médias audio-visuels et de nombre d’entreprises de conseils et de communication. […]

L’histoire retiendra que pour fêter le bicentenaire de la Révolution française, le président de la République fit appel à un publicitaire pour organiser le grand défilé des Champs Elysées. Le marché, le management et la communication vont être érigés en modèles de référence et la politique n’y a pas échappé. C’est dans ce contexte, qu’ont été formées de nouvelles générations marquées par le culte de l’ego et le modèle du perpétuel gagnant. La droite et la gauche n’y ont pas échappé. […]

Si l’on ne reviendra pas en arrière vers un supposé «bon vieux temps», il conviendrait de rompre clairement avec le mélange des genres entre la politique, les affaires et les médias, voire le show-biz. C’est l’une des conditions pour renouer le lien de confiance entre gouvernants et gouvernés. Nous vivons la fin d’un cycle historique ; il est temps de passer à autre chose et d’entamer un long travail de reconstruction. Quel homme politique saura désormais s’élever à la hauteur de ces enjeux ?

Le Figaro

Roms : Pour le gouvernement, il s’agit d’un problème de logement, pas d’immigration

Alors que les campements illicites de Roms sont devenus un sujet récurrent de crispations politiques, c’est dans une relative discrétion, lundi 10 mars, qu’une convention entre le gouvernement et la société d’économie mixte Adoma (ex-Sonacotra), spécialisée dans le logement des plus démunis, a été signée, afin d’aider à la résorption de ce qu’il est désormais convenu d’appeler des «bidonvilles».

Relire Cyril et Sophie, bientôt à la rue

A deux semaines des élections municipales, ce changement n’est pas que sémantique. Il révèle une nouvelle approche. Alors que, sous Nicolas Sarkozy, les Roms étaient d’abord considérés comme des migrants en situation irrégulière à expulser s’ils n’étaient pas autonomes financièrement – soit une application stricte de la législation européenne en matière de séjour –, la gauche semble de plus en plus considérer qu’il y a moins un problème d’immigration à régler que de logement.

En signant ce nouveau partenariat pour trois ans avec Adoma, le gouvernement s’aligne sur une analyse défendue par le monde associatif : celle selon laquelle la proximité géographique entre la France, la Roumanie et la Bulgarie risque de maintenir longtemps des bidonvilles aux abords des grandes agglomérations. Une situation source de tensions multiples à laquelle il conviendrait mieux de mettre fin en relogeant progressivement leurs occupants. D’autant que ceux-ci ne seraient pas plus de 20 000 en France, soit 3 000 à 4 000 familles. […]

Pour tenter de sortir de cette impasse, le gouvernement a, en plus d’Adoma, missionné depuis septembre 2013 un sous-préfet spécialement chargé du suivi des campements illicites à la préfecture d’Ile-de-France, Jérôme Normand. […] M. Normand est par ailleurs engagé dans une évaluation de la quinzaine de villages d’insertion de la région. Ces villages fonctionnent relativement bien, mais sont très onéreux. En Seine-Saint-Denis, pour 500 personnes réparties dans cinq villages, il a fallu plus de 5 millions d’euros. Le travail de M. Normand devrait donner lieu à des propositions d’ici à l’été.

Toute la difficulté pour M. Normand comme pour Adoma, devrait être de faire adhérer à des programmes d’insertion un public très précarisé, concentré sur une vie au jour le jour. Même dans les villages d’insertion, le taux d’assiduité en cours des enfants ne dépasse pas 40 %. Et ce, alors que les parents s’engagent en principe à les scolariser en échange du logement.

Le Monde (Merci à rastignac )

«En famille, on garde son vote secret pour éviter la discorde»

Près d’un Français sur cinq ne révèle pas à son conjoint ce qu’il vote. Anne Muxel, directrice de recherche au Cevipof, analyse les rapports entre les relais familiaux et la politique.

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LE FIGARO. – Près de 20% des Français ne révèlent pas à leur conjoint pour qui ils votent. Comment expliquer cette discrétion dans notre société actuelle, où plus aucun sujet ne semble tabou ?

Anne MUXEL - L’isoloir conserve une fonction symbolique forte et bien précise: on y est libre de ses choix et d’y exprimer ses convictions les plus intimes, qu’elles soient d’ordre politique, moral ou religieux.

Les couples qui ne se révèlent pas leur vote sont souvent dans une situation de désaccord politique. [...] Préserver le secret du droit de vote, c’est se préserver d’une discorde possible. C’est d’autant plus vrai lorsque les extrêmes sont en jeu. [...]

La politique est-elle vécue de la même manière dans les familles de gauche et de droite ?

Les familles de gauche et de droite ont beaucoup de points communs. Elles sont toutes très différentes des familles sans filiation politique ou peu intéressées par la chose. Elles s’impliquent plus dans les élections, se déplacent plus souvent pour aller voter.

S’il y a une différence entre elles, c’est que chez les gens de gauche, il y a une plus grande allergie aux différences de choix politiques. On rejette plus les orientations divergentes des siennes qu’à droite.

Sinon, au niveau des extrêmes, il y a une différence majeure entre l’extrême gauche et l’extrême droite. La première est beaucoup mieux acceptée que la seconde dans les cercles familiaux. Le FN n’a pas levé entièrement les tabous dont il fait l’objet. Dans la famille, c’est la même chose. Dès le moment où le FN vient dans la discussion, il peut y avoir danger pour la cohésion.

Le Figaro

France. Ron Refaeli : «Un climat permanent de harcèlement et de menace contre la communauté juive»

Comme chaque année à la veille du dîner du Crif, le Service de Protection de la Communauté Juive a publié son rapport sur l’antisémitisme en France. Pour Ron Refaéli, le directeur du Service de Protection de la Communauté Juive (SPCJ), les chiffres de 2013 sont en baisse «mais la situation est loin d’être satisfaisante». La volonté des pouvoirs publics d’éradiquer l’antisémitisme est manifeste, mais le travail de prévention demeure insuffisant.

Nous avons désormais affaire à des dirigeants qui comprennent les enjeux et qui reconnaissent qu’il s’agit là d’une lutte prioritaire.

«L’antisémitisme doit être traité de manière différente que le racisme en général»

Cela signifie-t-il qu’au-delà des chiffres, l’antisémitisme est devenu ambiant et donc plus difficilement combattable ?

Cela signifie que l’antisémitisme s’est malheureusement installé dans une dimension structurelle et c’est pour cela que même si les chiffres sont plus bas que ceux de 2012, ils restent supérieurs à ceux de 2011. Ainsi, nous sommes toujours dans une moyenne sept fois plus élevée que les chiffres des années quatre-vingt ou quatre-vingt-dix. Après quatorze ans d’un antisémitisme virulent, on ne peut donc plus le considérer comme étant «nouveau» et l’on ne peut que constater qu’il s’installe dans un climat permanent de harcèlement et de menace contre la communauté. […]

Il y a effectivement une bonne volonté, de même qu’il y a de très bonnes actions qui sont menées sur le plan judiciaire, tant au niveau de la police qu’à celui de la justice. […] L’action gouvernementale est plus faible en matière de prévention et d’éducation. Or, c’est uniquement par ces biais-là que les chiffres de l’antisémitisme pourront baisser. […]

Depuis quatorze ans, on n’a vu ni de création particulière ni de soutien particulier de l’Éducation Nationale à des programmes de prévention en matière de lutte contre l’antisémitisme tout spécifiquement.

La gauche est au pouvoir depuis maintenant deux ans. Quelle analyse faites-vous de son approche de l’antisémitisme ?

Il y a une prise de conscience complète et totale du phénomène antisémite en France. Les mauvaises analyses qu’avaient pu faire certains dirigeants socialistes au début des années 2000 ne sont absolument plus de mise aujourd’hui.

Actualité Juive