La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe

Par Bernard Conte, Maître de conférences à l’université de Bordeaux

La cure d’austérité drastique à laquelle la Grèce est sommée de se soumettre trouve son modèle dans les politiques d’ajustement structurel qui ont été imposées par le FMI aux pays du sud après la crise de la dette déclenchée par la remontée des taux de la Fed en 1982, note l’économiste Bernard Conte. A l’époque, comme aujourd’hui, la véritable difficulté consistait à faire accepter aux peuples de supporter le coût de la crise.

Mais depuis lors, les politiques permettant de faire passer ces purges amères ont été peaufinées, prévient-il, rappelant que l’OCDE a rédigé à toutes fins utiles un guide décrivant les stratégies à employer en de telles circonstances.

On peut par exemple y lire que « si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement. » Cela ne vous évoque rien ?

A l’instar des pays du Tiers-Monde à partir des années 1980, la Grèce va se voir imposer un programme d’ajustement économique et social drastique, traduisant sa Tiers-Mondialisation qui préfigure sans doute celle d’autres pays européens.

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Aujourd’hui sur Fortune…

Le fabuleux lobbying de la finance américaine

Par Hélène Rey, professeur à la London Business School

Le lobby (vestibule, couloir) de la Chambre des Communes (Angleterre), 1886

Les universitaires commencent à se pencher attentivement sur le lobbying des institutions financières aux Etats-Unis. Un récent article de recherche pose une question importante : pourquoi la régulation du marché des prêts immobiliers a-t-elle été si défaillante avant la crise ?

La réponse des auteurs est simple et riche d’enseignements : les principales institutions impliquées dans les excès des marchés des « subprimes » sont également celles qui ont dépensé le plus d’argent dans le lobbying des députés américains. Entre 2000 et 2006, les institutions financières américaines ont investi de 60 à 100 millions de dollars par an pour faire du lobbying.

Il ne paraît pas exagéré de penser que ces institutions ont influé sur la qualité de la régulation mise en place sur ces marchés. La puissance de feu des institutions financières américaines en termes de lobbying est énorme. Dans la dernière décennie, le profit du secteur financier a constitué environ 40 % des profits totaux de l’industrie américaine, alors qu’il n’avait jamais excédé 16 % de 1973 à 1985.

Le secteur financier est engagé à présent dans un lobbying forcené pour limiter la réglementation sur les produits dérivés, et sur le marché des « credit default swaps » en particulier, au coeur de bien des stratégies spéculatives.

Durant les neuf premiers mois de 2009, les institutions financières ont dépensé aux Etats-Unis 126 millions de dollars pour influencer le Congrès.

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L’or, gage de liberté et d’efficacité économiques

La thèse selon laquelle le libéralisme, voire « l’ultralibéralisme » serait à l’origine de tous nos maux ne résiste pas à l’examen. Les interventions systématiques et répétées des autorités publiques dans la vie économique et sociale montrent que l’étatisme est au moins aussi important.

Que ce soit la socialisation des pertes du système bancaire ou les politiques de relance de l’activité, les dernières initiatives du gouvernement américain ont de quoi faire enrager les libéraux. Pour comprendre pourquoi et comment les États (et derrière eux, l’oligarchie financière) ont pu pervertir à ce point le fonctionnement des économies, un article écrit par Alan Greenspan en 1966, et bien connu des défenseurs de l’or, est éclairant.

Surtout qu’en amont, la crise financière elle-même a été causée par une politique monétaire expansionniste : c’est à une stimulation artificielle du crédit et de l’endettement que l’on doit les célèbres bulles spéculatives dont l’éclatement a provoqué le krach Internet en 2000 et l’énorme collapsus de la fin 2008. Il faut bien l’admettre : les manipulations monétaires engendrent des crises financières et, par voie d’entraînement, économiques, de plus en plus rapprochées.

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La revanche de l’or physique

Par Pascal Roussel, analyste au sein de la Banque Européenne d’Investissement (BEI).

Le comportement de l’or est un indicateur de la fragilité actuelle du système financier construit intégralement sur des dettes. L’or lance une mise en garde et incite à la plus grande vigilance: plus que jamais les apparences boursières sont trompeuses.

Aux États-Unis, une personne sur huit survit grâce aux cartes d’alimentation et chaque jour quelques 20 000 personnes supplémentaires en dépendent. Les entreprises n’investissent pas par peur des taxes à venir ou du chômage qui grandit et par manque d’accès au crédit. Néanmoins, la plupart des économistes qui se concentrent essentiellement sur le PIB voient une reprise alors qu’il n’y a que des interventions gouvernementales massives pour éponger les pertes des banques ou pour acheter indirectement à crédit ce que les consommateurs réels n’achètent plus (par exemple en distribuant du cash pour acheter des voitures ou des maisons). Les analystes financiers voient eux aussi une reprise économique en observant la bourse atteindre de nouveaux sommets. Alors qu’il n’y a qu’un afflux de liquidités qui trouve sa source dans la Fed et qui s’écoule vers quelques banques américaines qui utilisent leurs High Frequency Trading Programs (HFTP) pour gagner de l’argent en bourse et justifier des bonus ahurissants.

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Combien d’or reste-t-il vraiment à Fort Knox ?

Selon le département du Trésor des États-Unis, la chambre forte située sous le camp militaire de Fort Knox conserve actuellement un peu plus de 4 000 tonnes de lingots d’or; ce pactole se veut un symbole de la solidité du dollar américain.

Apparemment, ces millions de kilos de métal précieux attestent également de la force de l’euro ; en effet, l’été dernier, le journaliste Max Keiser a obtenu l’aveu d’un officiel selon lequel « presque tout l’or appartenant à la Bundesbank » est entreposé aux États-Unis.

L’analyste Jim Willie a révélé que, en octobre, des banquiers de Hongkong auraient découvert des lingots en provenance des États-Unis contenant en grande majorité du tungstène recouvert d’or. Pas du tout surpris, l’auteur Rob Kirby a proposé l’explication suivante : il y a une quinzaine d’années, sous la houlette du président Clinton, environ un million et demi de tels lingots factices (d’un poids total de 16 000 tonnes) auraient été fabriqués sur l’ordre du gouvernement. La moitié de ces lingots aurait été transférée à Fort Knox.

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