Grèce : doublement de la pauvreté en un an

Le taux de pauvreté est passé de 11,8 % de la population en 2012 à 23,7 % en 2013. Une hausse record dans l’UE.

La Grèce a beau se réjouir d’avoir obtenu de l’Eurogroupe, à Athènes, le déblocage d’une tranche d’aide de 6,3 milliards d’euros, le dernier rapport de la Commission européenne sur la progression de la pauvreté en Europe a de quoi lui saper le moral.

En 2013, la Grèce détenait le triste record du pays européen où la pauvreté a le plus progressé entre 2012 et 2013. La pauvreté touche 23,7 % de la population en 2013, contre 11,8 % en 2012. Entre 2008 et 2013, le revenu des ménages a baissé de 14,8 % et, sur la même période, le chômage des jeunes a triplé. La cure d’austérité imposée au pays depuis quatre ans n’y est pas pour rien. Evdokia Androulaki, 25 ans, est diplômée d’économie de l’université d’Athènes, elle fait partie de ces jeunes chômeurs.

Elle parle quatre langues mais derrière ses cheveux noirs frisés et ses yeux pétillants, elle cache beaucoup amertume. «J’ai passé des nuits à réviser pour obtenir mes diplômes et je me dis que ça ne sert à rien. La Grèce est en train de devenir la Côte d’Azur de l’Europe mais avec des salaires asiatiques. Au final, je ne serai jamais professeur et je vais finir serveuse tout comme mes camarades de classe à gagner 300 euros par mois.» La classe politique grecque se fait l’écho de ce désespoir ambiant qui risque de s’exprimer avec violence lors du double scrutin des élections municipales et européennes des 18 et 25 mai prochain. Cela pourrait affaiblir le gouvernement, dont la majorité parlementaire ne tient plus qu’à deux députés…

Dans ce contexte compliqué politiquement et fragile économiquement, les autorités sont prêtes à tout pour célébrer le déblocage d’une tranche de 6,3 milliards d’euros sur les 8,5 milliards d’euros accordés par l’Union européenne et la BCE. Somme à laquelle il faut ajouter les 3,5 milliards d’euros octroyés par le Fonds monétaire international (FMI).

Le Figaro

Unique en Europe : La France et ses centaines de milliers d’élus (vidéo)

Avec près de 37’000 mairies, la France compte presque la moitié des communes d’Europe! Cela peut paraître étonnant mais ce n’est qu’une seule des strates administratives que compte le pays. On appelle cela le « mille-feuille administratif ».


lien direct de la vidéo sur : VK
source : rts.ch

Nombres de conseillers municipaux par tranche démographique (wikipédia) :

Laurent Joffrin : Le FN, un «parti comme les autres partis… d’extrême droite»

Laurent Joffrin, Directeur du Nouvel Observateur, s’interroge : «Comment lutter contre le ‘gentil’ Front national ?».

Faut-il admettre cette politique du bouc émissaire quand les exemples étrangers montrent que les pays les plus ouverts à l’immigration ne sont pas ceux qui vont le plus mal, bien au contraire ?

Les habits neufs d’enfant de Marine rendent moins simple la bataille contre le parti d’extrême droite. Mais il reste tout de même des armes.
C’était tout de même plus simple quand il avait l’air méchant, quand sa vraie nature était bien visible, quand il multipliait les provocations xénophobes ou antisémites. […]

Alors faut-il ranger les drapeaux de l’antifascisme, faire taire toute indignation, mettre au rancart manifs, tracts vengeurs, conférences pédagogiques, rappel des «heures les plus noires de notre histoire», bref accorder au Front national, comme il le demande à cor et à cri, son brevet de parti comme les autres ? C’est là où tout se complique.

Bien sûr les leçons de vertu tombent à plat. Bien sûr les envolées morales sonnent le creux. […]

Mais en attendant que l’économie se rétablisse, que l’Europe se ressaisisse, que le civisme renaisse, que les tensions communautaires s’apaisent, que l’ouverture des frontières fasse moins peur – et tout cela prendra un certain temps – faut-il rester les bras croisés ? Faut-il vraiment banaliser un parti qui fait des immigrés la cause principale des difficultés françaises, au mépris de la réalité ?

Faut-il consentir à un programme qui prévoit de ramener le droit d’asile, pilier des valeurs démocratiques universelles, à la portion congrue, qui préconise les moyens les plus durs pour lutter contre les sans-papiers, allant jusqu’à proscrire toute manifestation de soutien à ces damnés de la mondialisation ? Faut-il sortir de l’euro et de l’Europe pour rétablir la fermeture des frontières, et détruire ainsi l’oeuvre de plusieurs générations, alors que cette construction fragile et improbable garantit, tant qu’elle est là, la paix aux générations futures ?

Ceux qui apprécient, malgré la perte de mémoire contemporaine, ce formidable documentaire sur la guerre de 1914 intitulé « Apocalypse », comprendront de quoi on parle…

Faut-il se rallier à une politique étrangère qui ferait de la France l’alliée de Poutine, l’amie d’Assad, la Ponce Pilate de tous les massacres, l’adversaire des révolutions arabes et la nostalgique de tous les dictateurs déchus, qui ferait de Paris la Mecque de tous les national-populistes d’Europe, la nouvelle Rome des xénophobes ? Le Front national est effectivement un parti comme les autres. Comme les autres partis d’extrême droite…

Ceux qui prétendent le contraire ne le font pas par lucidité, par réalisme, ou par une suprême habileté. La plupart du temps, ils veulent favoriser sans le dire l’intégration du FN au jeu républicain, c’est-à-dire, à terme, l’alliance entre les frontistes et l’UMP, en bloc ou en détail, qui donnerait à la droite très dure une majorité dans le pays. […]

Nouvel Obs

Alain Duhamel : «Le parfum aigre des années 30»

Extraits d’une tribune de Alain Duhamel intitulée «Le parfum aigre des années 30» évoquant «cette régression démocratique, cette rechute nationaliste dégagent une sale odeur d’années 30». Le 27 mars 2013 il avait publié une tribune : «L’aigre parfum des années 30»

PS ou UMP, les deux principaux partis sont semblablement atteints et déconsidérés à travers les figures mises en cause ou démasquées. L’effet est dramatique, parce qu’il ouvre la voie aux populismes et à la démagogie. Il est consternant, parce que la démocratie française ne parvient décidément pas à se montrer vertueuse.

Depuis que l’on observe une montée incontestable des populismes et de l’extrême droite en Europe, la comparaison avec les années 30 suscite un débat. Les uns insistent sur la parenté des deux périodes, les autres jugent le rapprochement exagéré, voire artificiel. Les derniers événements donnent cependant manifestement raison aux tenants de la ressemblance. Un parfum aigre des années 30 ne cesse de se renforcer. La crise économique en constitue le décor décisif. Elle avait fait des ravages au tournant des années 30. […]

La technologie moderne noircit encore plus le climat que jadis Gringoire, Candide ou l’Action française.

La longueur de la crise, sa dureté suscitent un périlleux désenchantement : à travers les alternances et les spécificités nationales, le sentiment de l’impuissance du politique s’enracine. Ils essaiment en Europe, notamment en Europe méditerranéenne et dans les Balkans, ils triomphent en France, plus qu’ailleurs. Le scepticisme vis-à-vis du personnel politique et souvent le mépris s’intensifient. La tentation de l’abstention ou de l’extrémisme se renforce. Le pessimisme devient le premier caractère national, le ressentiment le suit de près. Personne ne peut raisonnablement en douter : la démocratie française est malade et seules les institutions empêchent que la dégradation ne s’amplifie encore. Ce dernier point constitue d’ailleurs une des rares différences positives avec les années 30. […]

On pouvait espérer, jusqu’à ces derniers mois, qu’au moins l’Europe constituerait un stabilisateur et un rempart. Il faut déchanter. Comme durant les années 30, la montée des populismes et des extrémismes s’accompagne mécaniquement d’une montée des protectionnismes, des nationalismes et des xénophobies. Dans une première phase, on a pu croire qu’il s’agissait de phénomènes avant tout internes.

Ils ont néanmoins permis à l’extrême droite ou au populisme de participer à un moment ou à un autre au gouvernement en Autriche, aux Pays-Bas, en Slovaquie, en République tchèque, aujourd’hui en Serbie et surtout en Hongrie. On constate maintenant que des tensions croissantes entre Etats se manifestent, qu’une agressivité nouvelle affleure, que des prétentions territoriales apparaissent.

La Russie n’appartient certes pas à l’Europe démocratique mais l’Ukraine, si. On l’ampute de la Crimée avec un argument ethnique et culturel qui reproduit dramatiquement celui qui était employé avant la Seconde Guerre mondiale.

Libération

Immigration: l’Espagne en appelle à la responsabilité de l’UE

Le gouvernement espagnol en a appelé une nouvelle fois vendredi à la responsabilité de l’Union européenne dans la lutte contre l’immigration clandestine, alors que l’enclave de Melilla (nord du Maroc) est débordée par l’arrivée de vagues de clandestins.

« Nous demandons à l’Union européenne que le phénomène de l’immigration soit considéré comme une question touchant l’ensemble » des Européens, a déclaré le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, devant la presse après le Conseil des ministres.

Les deux enclaves de Ceuta et Melilla, sur la côte nord du Maroc, « sont des frontières extérieures de l’Espagne mais ce sont des frontières de l’Union européenne. C’est pour cela que nous ne pouvons ni ne devons répondre seuls à l’extraordinaire pression migratoire à laquelle nous sommes confrontés », a ajouté le ministre.

La ville de Melilla, séparée du Maroc par une frontière grillagée censée faire barrage à l’immigration clandestine venue d’Afrique subsaharienne et du Maghreb, est confrontée ces dernières semaines à de nouvelles arrivées massives de migrants, sans précédent depuis 2005.

[...] L’apparition cette semaine d’un cas de méningite chez un jeune immigré gabonais dans le centre a suscité des inquiétudes à Melilla, les autorités locales soulignant que les mesures sanitaires nécessaires avaient été prises.

L’action ce jour-là des forces de l’ordre espagnoles, accusées d’avoir utilisé des balles en caoutchouc contre les migrants, avait soulevé une vive polémique et l’Espagne avait été rappelée à l’ordre par la Commission européenne. Depuis, la Garde civile a reçu pour consigne de ne plus utiliser de balles en caoutchouc pour repousser les assauts. Les tentatives d’entrée en force se sont parallèlement multipliées, en particulier à Melilla.

Atlas Info

Immigration : l’Europe (aussi) construit des murs

Il n’y a pas que les Etats-Unis qui construisent des murs : pour empêcher le passage des migrants clandestins, l’Espagne ou la Grèce le font aussi.

Des grillages et des barbelés pour empêcher des migrants d’entrer : l’image évoque la barrière de séparation entre les Etats-Unis et le Mexique. Mais l’Europe aussi a ses barrières, plus ou moins poreuses, comme dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Tour d’horizon de ces murs, barrières et grillages, construits ou en projet.

Les deux enclaves espagnoles au Maroc (Ceuta et Melilla.) ont fait les gros titres des médias en 2005, quand une dizaine de migrants ont perdu la vie en tentant de traverser cette frontière vers l’Union européenne. L’Espagne a ensuite décidé de renforcer sa frontière, composée de trois grillages encerclant les deux villes. Depuis le début de l’année, la pression s’accentue sur Ceuta et Melilla. Mardi matin, quelque 500 migrants ont ainsi pénétré dans l’enclave de Melilla. En réaction, le gouvernement a annoncé un nouveau renforcement des barrières pour tenter de décourager les clandestins.

A l’est aussi, l’Europe se barricade : en 2012, le gouvernement grec a lancé la construction du mur d’Evros, à la frontière avec la Turquie, alors l’un des points de passage les plus prisés des migrants. La barrière de fils barbelés court le long de ces 10.600 mètres qui séparent Nea Vyssa, en Grèce, d’Edirne, en Turquie. Montant de la facture : 3,2 millions d’euros, selon The Guardian.

Bientôt en Bulgarie. A l’automne 2013, c’est la Bulgarie qui a, à son tour, annoncé un projet de barrière à la frontière avec la Turquie. Le but ? Faire face à l’afflux grandissant de réfugiés syriens. Haute de trois mètres, cette clôture couvrira 30 des 259 kilomètres de frontière entre la Turquie et la Bulgarie, précise Le Monde. Le projet doit être terminé au printemps. Au total, la facture s’élève à 5 millions d’euros pour Sofia, qui ne bénéficie d’aucune aide de Bruxelles.

Europe 1

À Rotterdam, l’enjeu du vivre ensemble au cœur des municipales

Les élections municipales se tiennent aujourd’hui mercredi 19 mars aux Pays-Bas.

En glissant leur bulletin dans l’urne, les électeurs rotterdamois sauront que le dynamisme affiché de la ville « la plus moderne des Pays-Bas » cache une réalité sociale plus morose : un taux de chômage à 14,5 %, – record du pays –, des problèmes de sécurité, de délinquance et de logements insalubres. Tout comme les électeurs des 402 autres communes néerlandaises, ils auront également en tête une perspective claire : leur municipalité devra, dès 2015, « faire plus avec moins ».

Dans le premier port d’Europe, troisième ville des Pays-Bas, les conséquences de cette décentralisation et la future politique de la ville en matière d’allocations à la jeunesse, d’aide aux personnes âgées et de soutien à l’emploi ont constitué les thèmes majeurs de la campagne de ces élections municipales. Selon les derniers chiffres de la ville, près de 50 % des 620 000 habitants de Rotterdam sont des « allochtones », et plus de 30 % des « allochtones non occidentaux ».

« L’intégration reste un véritable défi.10 % des enfants de cinq ans qui entrent à l’école primaire n’ont jamais entendu un mot de néerlandais et, dans certains quartiers, le chômage des jeunes atteint 30 à 40 % », assure Ronald Buijt, conseiller municipal depuis 2006 de la liste « Leefbar Rotterdam » (Rotterdam vivable) qui a pris la suite du mouvement de Pim Fortuyn, le leader populiste assassiné en mai 2002.

Dans ce contexte, la levée, au 1er janvier dernier, des restrictions au marché du travail pour les travailleurs roumains et bulgares, n’a pas été du goût de tous les Rotterdamois. Et, comme à La Haye, l’équipe municipale, jusqu’ici majoritairement travailliste, a décidé de passer outre le droit communautaire en conditionnant, pour les « travailleurs migrants de l’Est », l’octroi d’un permis de travail au contrôle préalable d’un logement décent.

Pour Hamit Karakus, actuel adjoint travailliste au maire de Rotterdam chargé du portefeuille du logement, et tête de liste du parti travailliste pour ces élections, cette mesure constitue juste « une différence d’interprétation » du droit communautaire. Tout comme ses challengers, il a dans cette campagne, surfé sur les questions sociales et identitaires pour prôner la priorité aux Rotterdamois « indépendamment de leur religion ou de leur provenance ».

La Croix

A vendre : citoyenneté européenne

En échange de 180 000 euros, des migrants extra-européens peuvent acheter un passeport bulgare. Ainsi, ils peuvent s’installer n’importe où en Europe, s’inquiète The Daily Telegraph à la suite d’une enquête menée discrètement par ses journalistes.

A la suite d’une opération menée en Bulgarie par des journalistes qui se sont fait passer pour les représentants d’un homme d’affaires indien, le quotidien révèle que des migrants extraeuropéens peuvent acheter un passeport bulgare sans être obligés de vivre ou de travailler en Bulgarie. Le prix : 150 000 livres, l’équivalent de 180 000 euros.

Le journal explique la procédure : la personne intéressée emprunte 425 000 livres (508 000 euros) à une banque bulgare et paie tout de suite des intérêts de l’ordre de 150 000 livres, le ‘prix’ de l’obtention de la nationalité bulgare qu’elle obtiendra au bout de cinq ans. « Il semblerait que des centaines de personnes étrangères aient déjà demandé la citoyenneté de l’UE de cette manière », note de son côté The Telegraph, qui note que pour les agences de conseil il s’agit d’une affaire très lucrative. Arton Capital, une agence possédant des locaux à Sofia, à Londres et à Dubai, facture 50 000 livres de commission aux personnes intéressées, afin de « faciliter la procédure » ! Une des prestations serait de fournir une adresse virtuelle sur le territoire bulgare.

« Même une personne qui s’est vu refuser un passeport britannique à cause de son casier judiciaire peut être éligible à la citoyenneté bulgare », s’inquiète le journal. « Si la personne [condamnée] a été réhabilitée, il n’y a pas de problème », aurait déclaré aux enquêteurs un avocat de Tsvetkova Bebov & Partners, une agence associée à Price WaterHouse Coopers Bulgarie.

Le journal estime que ce phénomène de vente de passeports contribue aux inquiétudes concernant l’immigration au sein de l’UE et plus précisément la décision controversée de la levée des restrictions [depuis janvier 2014] sur les entrées au Royaume-Uni depuis la Roumanie et la Bulgarie.

La Bulgarie n’est pas un cas isolé : plusieurs pays membres de l’UE proposent des procédures simililaires aux migrants extra-européens. Récemment, les autorités de Malte ont été critiquées pour proposer le sésame européen pour 650 000 euros.

The Telegraph et le Courrier International

Jean-Pierre Chevènement : « Sans la Russie, il manque quelque chose à l’Europe »

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro, samedi 8 mars 2014. Propos recueillis par Eugénie Bastié et Vincent Tremolet de Villers.

Le Figaro : Quelle issue voyez-vous à la crise ukrainienne ? 

Jean-Pierre Chevènement : Dans ce genre de crise, on fait souffler tour à tour le chaud et le froid. Une phase de désescalade, verbale en tout cas, semble toutefois avoir été amorcée par les déclarations du président Poutine. Celui-ci a mené une opération de « gesticulation calculée », comme disent les militaires. Ce qui importe maintenant, c’est de définir des axesde sortie de crise. Il n’y a plus aucune raison idéologique et militaire à une nouvelle guerre froide en Europe. Personne n’y a intérêt. Il y a trop d’interdépendance entre nous pour qu’on ne puisse pas chercher la voie d’une solution durable.

Ce n’est pas le chemin que nous empruntons… 

Dès le départ, il y a un grand malentendu : la politique de l’Union européenne visant à associer l’Ukraine tout en lui faisant miroiter une perspective d’adhésion, comme l’avait déclaré le commissaire européen Olli Rehn, est une perspective qui ne peut pas se réaliser dans des délais raisonnables. Une adhésion n’est d’ailleurs pas souhaitable. Il ne fallait et il ne faut pas mettre l’Ukraine devant cette alternative manichéenne : soit la Russie, soit l’UE. C’est un dilemme insoluble pour l’Ukraine compte tenu de son histoire. La réalité de l’Ukraine, c’est son hétérogénéité. Il y a à l’Est les russophones et à l’Ouest des populations catholiques uniates dont certaines ont fait partie de l’Autriche-Hongrie. Il n’est pas raisonnable de concevoir l’alternance démocratique en Ukraine comme étant tantôt le pouvoir des uns, tantôt le pouvoir des autres, comme on l’a vu depuis 1991 : Kravtchouk en 1991, Timochenko, puis Ianoukovitch. Je ne vois pas pourquoi l’Ukraine ne pourrait pas être un pays fédéral. Il paraît que c’est la thèse russe : ce n’est pas une raison suffisante pour disqualifier cette proposition, si elle correspond au bon sens. Quant à la Crimée, personnene peut contester qu’historiquement elle est russe. Sa population est majoritairement russe. Une autonomie substantielle est dans la nature des choses. Comme disait le général de Gaulle : « Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. »

 

Dans votre dernier livre, vous écrivez : « Sans la Russie, il manque quelque chose à l’Europe »… 

La Russie est un grand pays européen. Elle s’étend sur un espace à la fois européen et asiatique, mais son peuple est incontestablement un peuple européen : il manquerait quelque chose d’essentiel à notre culture sans le roman russe, Tolstoï, Dostoïevski, sans le théâtre de Tchekhov, la danse de Diaghilev, la musique de Tchaïkovski, la peinture de Soutine. Et puis, historiquement, la France est bien placée pour savoir tout ce qu’elle doit à la Russie : en 1914, nous étions bien contents d’avoir le front russe pour tenir sur la Marne, et plus encore pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes redevables à la Russie des sacrifices immenses qu’elle a alors consentis pour briser l’échine de l’Allemagne nazie. On ne peut pas biffer l’histoire d’un trait de plume.

Est-ce une démocratie ? 

La Russie est un État de droit depuis vingt-deux ans, certes imparfait mais qui comporte des éléments de démocratie en gestation : pluralisme politique, liberté d’expression – au moins de la presse écrite et sur le Net -, élections que l’opposition peut gagner, par exemple à Iekaterinbourg, quatrième ville du pays, en septembre dernier. La Constitution de 1993, toujours valable, a été suivie ; en France, vingt ans après 1789, nous avions usé au moins sept ou huit Constitutions. Il faut faire confiance au développement économique, au temps, à l’essor des classes moyennes : la démocratie procédera du peuple russe lui-même. La thèse d’une exportation de la démocratie est une thèse dangereuse : l’idéologie selon laquelle l’Occident devrait exporter ses valeurs, ses normes, ses standards, ne peut qu’alimenter des remugles de guerre froide. Il faut toujours essayer de comprendre ce qu’il y a dans la tête de l’autre : les Russes considèrent que les Occidentaux et particulièrement les États-Unis n’ont pas renoncé à la politique du « regime change ».Ils n’ont pas oublié le Kosovo, l’Irak, la Libye, etc. La Russie défend ses intérêts géopolitiques mais elle n’est pas l’URSS. Celle-ci a disparu depuis vingt-trois ans. Il faut accepter que chaque pays évolue à son rythme et choisisse lui-même son destin. Je me réfère toujours à Jacques Berque qui disait que chaque peuple doit trouver en lui-même et dans ses motivations les raisons d’emprunter des concepts qui lui sont de prime abord étrangers, mais qu’on ne peut les lui imposer de force.

L’Europe a besoin de la Russie ? 

Puisque de l’autre côté il y a un projet de zone de libre-échange eurasiatique, pourquoi ne pas essayer de penser le problème dans son ensemble, de Brest à Vladivostok ? C’était l’esprit du partenariat stratégique conclu entre l’Union européenne et la Russie en 2003 : créer un vaste espace de libre circulation de l’Atlantique au Pacifique. Et depuis lors les intérêts se sont interpénétrés : il y a beaucoup d’investissements occidentaux, allemands et français en Russie, des interdépendances énergétiques et industrielles de toute nature. Il faut essayer de voir comment on peut aller vers cet espace de libre circulation qui doit, bien sûr, inclure l’Ukraine.

Vous dénoncez également la « russophobie ambiante »…

La Russie est devenue un très grand pays à la fin du XVIIIe siècle, avec la Grande Catherine et Alexandre Ier , Napoléon l’apprit à ses dépens. Mais la Russie a longtemps fait peur. Chez les Allemands et les Anglo-Saxons, il y a eu une russophobie politique, rivalité géopolitique de la Grande-Bretagne avec l’Empire russe, comme l’ont manifesté au XIXe siècle la guerre de Crimée et le « Grand Jeu » en Asie centrale. Entre les États-Unis et l’URSS, ce fut la guerre froide de 1917 à 1990.

Les Allemands en 1918 et 1941 ont eu la tentation de s’étendre à l’Est en refoulant les Slaves, selon la vieille thèse pangermaniste. Cette tentation a heureusement disparu et la politique allemande vis-à-vis de la Russie est devenue infiniment plus sage.

En France, il y a une russophobie idéologique. Elle a été formulée en 1839 par le marquis de Custine dans sa célèbre formule : « La Sibérie commence à la Vistule. » Cette russophobie idéologique est profondément contraire à l’intérêt de notre pays, et j’ajoute à celui d’une Europe pacifique. Dans Le Monde par exemple, l’historienne Françoise Thom parle de « choix de civilisation » s’agissant de l’Ukraine : allons-nous revenir à la guerre des civilisations dont parlait Samuel Huntington en 1994 ? Si Bernard-Henri Lévy et quelques autres pouvaient ressusciter Staline, ça leur donnerait enfin des raisons de vivre !

Comment jugez-vous Vladimir Poutine ? 

Après l’effondrement économique de la Russie dont le PNB avait diminué de moitié dans la décennie qui a suivi la fin de l’URSS, Poutine a considérablement amélioré la situation économique (croissance moyenne de 7 % l’an de 2000 à 2010). Il a pris des mesures socialement appréciées. Paradoxalement, il a contribué à développer une classe moyenne qui ne lui est d’ailleurs pas particulièrement favorable. Il a enfin rétabli le rôle international de la Russie. L’opinion publique russe l’apprécie. Les médias français pour la plupart donnent une vision au mieux réductrice de la réalité russe. Des choses peuvent nous choquer bien sûr : la « propagande homosexuelle » à l’égard des mineurs est réprimée par la loi. C’est une formulation qui prête à beaucoup d’interprétations. Mais on oublie qu’en France il y a trente ans, les atteintes aux mineurs étaient plus lourdement sanctionnées pour les homosexuels. Ça ne peut pas être le seul étalon sur lequel juger un pays. La peine de mort n’a pas été abolie en Russie, mais il y a un moratoire, et pas d’exécutions. On ne peut pas en dire autant de tous les pays, y compris certains de nos alliés les plus proches. Une majorité de la population soutient Vladimir Poutine, l’opposition est divisée. M. Navalny, chef de file des opposants, a fait 28 % des voix à Moscou.

Vladimir Poutine aime à se présenter comme l’héritier des racines chrétiennes de l’Europe…

Est-ce que nous sommes dans l’affrontement entre chrétiens d’Orient et chrétiens d’Occident ? Interrogés par sondage, 74 % des Russes de moins de 30 ans ignorent la signification du « filioque », la querelle théologique qui en 1054 a abouti au schisme entre l’Église byzantine et l’Église catholique de Rome. Il s’agissait de savoir si le Saint-Esprit procédait du Père ou à la fois du Père et du Fils. Ce qui m’étonne, c’est que 26 % des jeunes Russes savent encore de quoi il retourne ! La société russe est plus religieuse que la nôtre : il suffit de se promener dans les basiliques de l’Anneau d’Or pour voir de très nombreux fidèles, toutes générations confondues, prier avec ferveur devant les icônes.

La vérité est que la Russie a un problème d’identité, elle a été ramenée à ses frontières du XVIe siècle, elle voit que l’Otan s’est étendue bien au-delà des frontières de l’Allemagne occidentale, contrairement à l’accord de 1990. Les Russes se souviennent que l’Otan a voulu s’étendre à la Géorgie et à l’Ukraine en 2006 – la France et l’Allemagne s’y étant alors opposées. Ils considèrent que leur statut de grande puissance serait menacé par l’extension de l’Otan à ces deux pays. Ils exagèrent probablement la menace, mais ils ne rentrent pas facilement dans les raisonnements des dirigeants occidentaux. On a vu beaucoup de ceux-ci, il y a quelques semaines, se propulser place Maïdan en tenant des propos déraisonnables, ou en s’affichant en compagnie de personnages fort peu recommandables. Était-ce bien prudent ? L’accord passé avec Ianoukovitch et paraphé par les trois ministres des Affaires étrangères d’Allemagne, de France et de Pologne a été ensuite vidé de sa substance.

Et on parle d’ingérence !

Vous parlez dans votre livre de l’inéluctabilité de cette « Europe à géométrie variable », seule solution pour gérer une Europe à 28 et plus… 

Pourquoi ne pas imaginer des liens entre l’euro – monnaie unique ou commune – et le rouble : l’Europe représente plus de la moitié des importations-exportations russes. On a une forte interdépendance en matière énergétique et économique : peu de Français savent que plus d’un million d’automobiles construites en Russie, soit un tiers du total, sont produites par des marques françaises… Peu de gens ont l’idée des énormes investissements faits dans la péninsule de Yamal pour mettre en valeur des gisements de gaz naturel. Ce sont des investissements considérables (30 milliards) dans lesquels Total notamment intervient. La Russie est un pays réémergent proche, Moscou est à trois heures de Paris. Les entreprises françaises installées en Russie ne souhaitent pas du tout que la crise s’envenime.

Et l’alliance américaine ? 

Nous devons maintenir l’alliance avec les États-Unis, mais une alliance ne se confond pas avec une subordination. Le XXIe siècle ne doit pas se résumer au tête-à-tête de la Chine et des États-Unis. Il est souhaitable que l’Europe s’organise pour exister par elle-même. On doit réfléchir à une Europe à géométrie variable associant différents pays, chacun choisissant la manière dont il veut faire converger sa politique vers un intérêt général européen commun.Depuis huit mois, Européens et Américains négocient un accord commercial baptisé « Traité transatlantique », qui vise à améliorer les conditions du libre-échange entre les deux rives de l’Atlantique : avons-nous quelque chose à gagner dans cet accord ?Ma critique fondamentale, c’est que la parité de l’euro avec le dollar peut varier dans une proportion qui va de 1 à 2. L’euro était à 0,82 dollar en 2000, et en 2006 à 1,60 dollar. Alors que signifie dans ces conditions la suppression de ce qui reste de nos droits de douane (3 à 4 %) et l’harmonisation des normes ?Aujourd’hui, l’euro est à 1,40, un niveau très élevé pour l’économie française à la différence de l’économie allemande excédentaire sur les États-Unis. Derrière cet accord, il y a la volonté des États-Unis de regrouper tous les pays des bords de l’Atlantique comme ceux du Pacifique pour isoler la Chine.

Il y a enfin la volonté de certaines grandes firmes multinationales d’aller s’installer dans des plates-formes à bas coût : Mexique, mais aussi États-Unis pour des raisons monétaires. Je ne vois vraiment pas ce que la France peut y gagner.

Que pensez-vous des sanctions prises jeudi par l’Union européenne ?

Les sanctions européennes sont une arme à double tranchant. Elles visent l’ensemble des nationaux russes, à la différence des mesures américaines qui concernent les responsables, en dehors de Vladimir Poutine toutefois… La seule qualité que je vois à ces sanctions européennes est qu’elles sont aisément réversibles…

Chevenerment.fr

Ukraine : l’Europe va observer le comportement des « Russes de souche » envers les minorités

Le Conseil de l’Europe, qui veille au respect des droits de l’homme sur le continent, se propose d’enquêter sur le traitement des minorités en Ukraine, a déclaré l’Autriche, qui préside actuellement l’organisation paneuropéenne.

Sebastian Kurz, le ministre autrichien des Affaires étrangères, se rendra lundi à Kiev avec le secrétaire général du Conseil, le Norvégien Thorbjorn Jagland, pour présenter cette offre aux autorités ukrainiennes. « Nous savons que les Russes de souche sont tout sauf une minorité mais néanmoins, pour une coexistence pacifique en Crimée, il est crucial de savoir comment les gens se traitent entre eux en Ukraine, comment les droits de l’homme sont respectés et comment les minorités sont protégées et soutenues.  Il n’y a pas eu de voix négatives au sein du Conseil de l’Europe émanant de la partie russe», a-t-il déclaré.

Les Echos, merci à Joe Arpaio

La France placée sous surveillance renforcée par la Commission européenne

La Commission européenne a décidé mercredi 5 mars de placer Paris sous surveillance renforcée après avoir une nouvelle fois épinglé son manque de compétitivité et le niveau élevé de sa dette.

Pour l’exécutif européen, la France souffre de nombreux déséquilibres macroéconomiques qui n’ont pas été suffisamment corrigés et nécessitent désormais ce type de surveillance qui sera également appliquée à l’Espagne et à l’Irlande, deux pays qui viennent tout juste de sortir de leur plan d’assistance financière.

Deuxième économie de la zone euro, la France se retrouve donc au côté de pays qui ont été en grande difficulté au plus fort de la crise de la zone euro et ont eu besoin d’un plan d’aide.

L’annonce de Bruxelles vient s’ajouter à une longue liste de griefs à l’encontre de la France, à qui est reproché un manque de compétitivité, un coût du travail trop élevé et une dette publique qui ne cesse d’enfler.

« Le déficit commercial qui ne cesse de se creuser reflète la perte continue des parts de marché à l’exportation, analyse la Commission. Malgré les mesures prises pour favoriser la compétitivité, jusqu’à présent, le rééquilibrage est limité. [...] Le coût du travail reste élevé et pèse sur les marges des entreprises. »

Concernant le niveau de la dette, le risque est que la France se retrouve « exposée à des turbulences sur les marchés financiers, qui auraient des retombées sur l’économie réelle ». Des problèmes pour la santé de la France, mais aussi pour celle de la zone euro dans son ensemble, « compte tenu du poids économique » du pays…

Le Monde